Changement climatique

Entrée en vigueur de l’Accord de Paris aujourd’hui

Une loi internationale impose au monde une nouvelle civilisation

Manuel Marchal / 4 novembre 2016

C’est aujourd’hui qu’entre en vigueur l’Accord de Paris adopté lors de la COP21 au Bourget il y a moins d’un an. Respecter son objectif ambitieux suppose un changement de civilisation. La Réunion sera concernée.

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Depuis 2010, la politique menée par la Région Réunion favorise l’automobile. L’Accord de Paris condamne cette politique.

L’Accord de Paris a été adopté lors de la COP21 en décembre 2015. Parmi les mesures inscrites, c’est l’engagement de limiter la hausse de la température moyenne du globe à 1,5, voire 2 degrés, au-dessus de celle qui existait dans le monde en 1850, avant que l’Occident ne commence à utiliser massivement le charbon et le pétrole pour faire croître son industrie. Les signataires se sont accordés autour de cette valeur car au-delà, les conséquences sur le climat dépasseront les prévisions les plus pessimistes.

A l’heure de l’adoption, la température moyenne avait déjà augmenté d’un degré. Cette hausse est déjà à l’origine d’importants bouleversements du climat : sécheresses, cyclones. Elle favorise la fonte des glaciers, ce qui fait monter le niveau de la mer. L’année 2016 bat tous les records établis pourtant seulement l’an passé. Cette année, la moyenne des températures se situe 1,25 degré au-dessus de la référence de l’époque préindustrielle. C’est dire l’urgence d’agir.

Rôle décisif des pays en développement

L’adoption de l’Accord de Paris avait marqué une prise de conscience. À la différence du Protocole de Kyoto, les États occidentaux, les pollueurs historiques, ne sont plus les seuls à devoir respecter des engagements chiffrés. L’Accord de Paris est un traité mondial qui impose à tous de faire des efforts significatifs. Les pays en développement n’ont pas attendu cette signature pour dépasser l’Occident en termes d’exemplarité énergétique. La Chine est ainsi devenue le leader mondial des énergies renouvelables en quelques années, alors qu’elle construisait auparavant plusieurs centrales à charbon par mois.

Cette prise de conscience a été saluée à sa juste valeur. Elle a été suivie dans les actes. En effet, pour entrer en vigueur et devenir donc force de loi, l’Accord de Paris devait être ratifié par au moins 55 pays représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre. Les Fidji ont ouvert le bal des signataires, en même temps que les États insulaires et la Palestine.

L’impulsion décisive est venue de la Chine qui a ratifié l’accord début septembre. Cela a amené les États-Unis à faire de même. À la veille de l’ouverture du sommet du G20 en Chine, les deux États ont présenté leurs instruments de ratification au secrétaire général de l’ONU. Ils ont été suivi peu de temps après par l’Inde. L’Union européenne a fini par faire de même le mois dernier. Les conditions de l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris étaient réunies. Elle sera effective aujourd’hui, et sera annoncée par le secrétaire général de l’ONU.

La route en mer condamnée

Cela va imposer des changements radicaux. Une étude du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUE) indique que pour limiter la hausse des températures de 2 degrés, il faudra réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cette baisse devra correspondre à l’équivalent de 40 années de pollution créées par les transports dans l’Union européenne. Respecter l’Accord de Paris veut donc dire abandonner rapidement l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz.

Jadis leader dans cette démarche, La Réunion fait aujourd’hui le contraire. En effet, le principal investissement est la construction d’une route en mer qui favorisera la croissance du parc automobile. Plus grave, ses promoteurs ont détourné l’argent prévu pour la construction d’un train électrique afin de lancer le chantier. Or, le changement de civilisation s’imposera dans le monde entier, La Réunion n’y échappera pas. L’entrée en vigueur de l’Accord de Paris sonne comme une condamnation définitive de la route en mer voulue par Didier Robert, et soutenue par Huguette Bello et Gilbert Annette.

M.M.