Changement climatique

Investir dès maintenant dans une nouvelle politique de l’eau à La Réunion

Après le premier trimestre, un mois d’avril également plus chaud que la normale : nécessité d’anticiper les effets du changement climatique à La Réunion

Manuel Marchal / 19 avril 2019

L’annonce d’un mois d’avril plus chaud que la normale confirme la tendance d’un été exceptionnellement chaud à La Réunion. Ceci risque d’avoir un impact sur la ressource en eau, et rappelle que les très coûteux investissements imaginés voici une trentaine d’années n’avaient pas anticipé cette situation. Autant dire qu’anticiper une nouvelle politique de l’eau est nécessaire, car l’eau n’est pas une marchandise que l’on jette après une seule utilisation, c’est une ressource indispensable à la vie, et disponible en quantité limitée.

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Sur ce graphique, la prévision de température est tracée en bleu et le trait noir représente la normale saisonnière pour les températures maximales à la station située Pointe des Trois Bassins. (Source Météo France)

Depuis le début de l’année, Météo France relève à La Réunion des températures plus élevées que la normale. Les trois premiers mois ont été plus chauds jamais mesurés dans notre île. Avril suit la même tendance. Mercredi, Météo France indiquait ceci : « Les températures restent chaudes et supérieures à la normale saisonnière pour le mois d’avril. Ce phénomène s’explique principalement par une température de surface de mer élevée environ 28 °c ». Ceci est lié notamment à l’influence d’El Niño.
Dans l’immédiat, cette situation a des répercussions sur les ressources en eau, car la saison sèche est encore à venir. Des restrictions pour les habitants sont donc à prévoir, avec sans doute des coupures durant une partie de la journée.

Pour les agriculteurs, de telles perspectives ne sont pas réjouissantes. L’année dernière, la campagne sucrière avait été une des plus catastrophiques depuis ces 50 dernières années en raison d’une récolte de cannes à sucre très inférieure à la moyenne. Les planteurs avaient dû faire face au passage successif de trois tempêtes tropicales qui leur ont causées de lourdes pertes. S’ils étaient confrontés cette année au manque d’eau, alors les rendements seraient encore en dessous de la moyenne. Cela signifierait alors de nouvelles pertes pour la deuxième année consécutive, soit une menace pour la survie d’exploitations agricoles et de leurs salariés.

L’Est sera-t-il toujours le château d’eau ?

Voici plus de 20 ans, le choix de détourner une partie de l’eau des rivières de l’Est vers l’Ouest avait pour but de développer l’agriculture dans la partie la plus sèche de l’île. Cette décision s’appuyait sur le fait que l’Est était une zone bien plus arrosée, avec donc un excédent d’eau qui pouvait être transféré vers une région déficitaire afin de créer de nouvelles activités agricoles.

Cette idée du transfert de l’eau avait été notamment formulée par Raymond Vergès. Il avait pensé à puiser de l’eau dans la rivière de l’Est et de l’amener vers l’Ouest par un canal à ciel ouvert passant par les hauts de l’Est et de Saint-Denis. La construction de la centrale hydroélectrique de Sainte-Rose a fermé la porte à cette proposition, car elle aurait concurrencé les besoins en eau d’EDF. Mais d’un autre côté, elle aurait évité le gaspillage que constitue le rejet dans la mer chaque jour d’importantes quantités d’eau douce qui n’ont servi qu’à une seule utilisation : faire tourner une turbine.

Le Conseil général a ensuite mis en avant une autre idée : creuser des tunnels dans la montagne afin d’y puiser à l’Est l’eau nécessaire à la mise en valeur de l’Ouest. Pour mener à bien ce projet, la collectivité a eu le soutien de l’Union européenne. Qualifié à l’époque de « chantier du siècle », le basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest a coûté plus d’un milliard d’euros. Mais au moment où le chantier s’est terminé, la donne avait changé en raison des effets du changement climatique.
Avec la succession de plusieurs années de sécheresse, l’Est a aussi été impacté. Et l’Est subit aussi les effets de l’été le plus chaud jamais mesuré, et d’un mois d’avril avec des températures supérieures à la normale.

Sur le long terme, les gaz à effet de serre qui continuent d’être rejetés massivement dans l’atmosphère vont encore contribuer au réchauffement du climat et donc de la mer. Ce réchauffement accéléré perturbe le cycle de l’eau, ce qui crée des phénomènes climatiques extrêmes. D’où une interrogation : les températures exceptionnelles de cette année ne risquent-elles pas de devenir la norme au cours de ce siècle ?

L’eau n’est pas un produit jetable

Dans ce cas, sera-t-il encore possible de pomper indéfiniment de l’eau dans l’Est pour alimenter l’Ouest ? Avec les 150.000 habitants de plus prévus, l’approvisionnement en eau tous les jours sera-t-il garanti pour tout le monde ?
Il importe donc d’anticiper ce scénario possible en mettant en œuvre dès à présent une nouvelle politique de l’eau. Cela suppose d’arrêter de traiter l’eau comme un produit jetable après une seule utilisation car c’est une ressource indispensable à la vie.

Il convient également de s’appuyer sur le fait que La Réunion détient des records du monde de pluviométrie. Cela implique d’investir dans un réseau de retenues collinaires pour stocker l’eau qui tombe du ciel afin de l’utiliser pour l’agriculture. C’est le moment d’investir, car tout retard dans la décision se paiera cher plus tard.

M.M.



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  • Vous avez raison de souligner que le réchauffement climatique nous oblige à réaliser sans tarder d’importants ouvrages pour faire face aux besoins en eau de notre île dans les années à venir ,que ce soit pour l’eau potable ou pour l’agriculture ou l’industrie . Car tandis que la population augmentera tous les ans les ressources en eau vont quant à elles diminuer .Les captages des sources et les pompages dans les nappes Phréatiques sont déjà actuellement à peine suffisants pour couvrir tous les besoins et dans certaines régions de l’île il nous faut dès la fin de l’été organiser la distribution d’eau par camions citernes pour alimenter certains quartiers .

    La distribution de l’eau relève de la compétence des communes qui peuvent se regrouper pour réaliser les investissements nécessaires avec l’aide de certains services publics de l’Etat . Certaines communes pourront régler toutes seules leurs problèmes d’alimentation en eau . Mais il faut avoir une vision globale et futuriste de l’approvisionnement de la population de toute l’île . IL y a des régions qui sont favorisées où les communes seront bien desservies . C’est le cas des communes de la région Est mais toutes les communes de la côte Ouest et du Sud mais aussi du centre auront de gros problèmes très rapidement si des grands travaux ne sont pas réalisés pour assurer leur approvisionnement en eau . Or ces grands travaux exigent beaucoup de temps et d’argent et ils ne peuvent pas être réalisés en une ou deux années et il ne faut donc plus tarder à les programmer .

    Les travaux de basculement de l’eau de l’Est vers l’ouest sont maintenant achevés mais ils ont duré plus d’une vingtaine d’année et ont coûté très cher . Cet ouvrage va fonctionner correctement pendant encore quelques années ; mais lorsque les conséquences du réchauffement climatique vont tarir les sources qui approvisionnent les différents captages du tunnel entre Salazie et Saint Paul pendant la saison sèche ,il faudra construire d’autres ouvrages pour donner de l’eau à la population que ce soit un autre basculement des eaux de l’Est notamment celles des Rivières des roches et des marsouins par un canal ou une conduite suivant le littoral ,ou que ce soit par la réalisation de grande retenues collinaires là où le relief le permet .

    Je rappelle en passant que dans les années 1980 j’ai fait des propositions qui ont été favorablement accueillies dans votre journal mais aussi dans les autres journaux de l’île , d’utiliser le site du grand étang pour stocker l’eau des grosses pluies de la saison chaude en construisant un barrage à la sortie du grand étang qui aurait été alimenté par des captages des eaux des ravines situées à proximité notamment ,le ravine sèches et le bras cabot reliés par des petits tunnels au grand étang . Mon idée était peut être trop précoce l’époque , mais peut être qu’avec l’augmentation de la température et ses conséquence sur les ressources en eau dont nous disposons actuellement , il faudrait étudier la faisabilité de ce que j’ai proposé et s’il s’avère que le projet est réalisable il faudrait commencer prévoir les fonds nécessaires .

    Bien entendu on peut réaliser de nombreuses retenues collinaires un peu partout sur l’île et il ne faut pas négliger cette option ; mais l’idée de réaliser de grands ouvrages qui permettent e gérer en toute sécurité l’approvisionnement en eau de toute la population devrait être privilégiée .

    Par ailleurs comme l’eau potable va devenir rapidement une denrée rare dans beaucoup de pays du monde et prendre de plus en plus de valeur ; nous ne devrions pas négliger l’idée que j’ai émise dans votre journal mais aussi dans les autres quotidien de la Réunion de commercialiser à grande échelle les eaux quasiment pures qui sont jetées à la mer à la sortie de l’usine hydroélectrique de Saint Rose . Une petite bouteille d’eau de 50 cl vaut actuellement 1 euro. ça fait beaucoup d’euros que nous jetons la mer à chaque seconde . Si nous ne voulons pas gagner de l’argent avec cette eau pendant que nos voisins proches ou lointains ont soif, nous pourrions au moins réaliser des installations qui leur permettraient de venir la prendre .La mer est profonde à Saint Rose et permet à des tankers de s’approcher assez près de la côte pour se remplir si les installations nécessaires sont réalisées . Ces installations pourraient être financées avec l’aide des pays qui seraient concernés et avec l’aide des organisations internationales ,mais de toutes façons ne devraient pas coûter les yeux de la tête . Mais encore faut il que les décideurs aient la volonté de les réaliser et fassent des propositions officielles en ce sens , ce qui n’est pas encore le cas à ma connaissance .

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