Changement climatique

La bataille pour le climat : la cohérence d’une action

5 mars 2018 : hommage à Paul Vergès

Témoignages.re / 5 mars 2018

Le 7 décembre 2009, 20 médias représentant la presse mondiale étaient invités dans la salle de la séance d’ouverture de la Conférence internationale de Copenhague sur le climat (COP15). Votre journal « Témoignages » en faisait partie. Fondé en 1944, pour prendre la « défense des sans défense », il était présent à l’endroit où se débattait l’avenir du monde. Nos lecteurs en ont été informés quotidiennement.
Cet épisode exceptionnel s’inscrit dans une ligne politique suivie depuis toujours par les communistes Réunionnais. La protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique amènent à imaginer une nouvelle civilisation qui remet en cause notre enfermement dans un cadre normatif obsolète. Cette tâche est difficile, urgente et collective. Raison supplémentaire de ne pas nous laisser distraire par les divagations médiatiques et dérives politiciennes, totalement hors sujet. Nous avons profité de la célébration de l’anniversaire de Paul Vergès, le 5 mars, pour vous exposer la cohérence d’une action, au cœur du projet du Parti Communiste Réunionnais.

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Délégation réunionnaise conduite par Paul Vergès et Elie Hoarau reçue par le président du GIEC et Jean Jouzel lors de a COP1 5 à Copenhague, en 2009.

La Réunion est une île tropicale. Son caractère montagneux accentue encore la force des éléments quand le vent et la pluie apportés par les cyclones viennent s’abattre sur elle. Comme toutes les îles tropicales, La Réunion est en première ligne pour observer les effets du changement climatique. Les coraux sont déjà malades, et la montée du niveau de la mer menace la zone la plus peuplée. Mais bien avant que ses effets puissent être mesurables, des politiques publiques étaient déjà mises en œuvre. Elles sont la conséquence d’une cohérence idéologique fondée sur des analyses et des actions, portées par des communistes Réunionnais, partagées ensuite par un plus large public.

Atténuer la hausse de la température, c’est possible

Au début des années 1970, le changement climatique n’était pas encore un sujet développé dans les médias. La prise de conscience de la dégradation de l’environnement causée par les excès du capitalisme était naissante. À La Réunion, les communistes ont été les chefs de file de la conscientisation. Elle s’est traduite dès que des dirigeants du PCR accédèrent à des responsabilités électives.En 1971, la commune du Port, située sur une plaine de Galets, étaient la plus aride de La Réunion. Les conseillers communistes votèrent alors un plan d’urbanisme qui continue aujourd’hui de produire ses effets. Des quartiers et des artères ont été construits en tenant compte de la ventilation naturelle. La population pauvre, issue des bidonvilles, a été intégrée au centre de la ville et non rejetée à la périphérie. Ainsi, les habitants pouvaient bénéficier du maximum de services dans la proximité, rendant inutile l’usage intempestif de transport automobile. À cela s’ajoutait la plantation de 500.000 arbres et la construction de collines artificielles pour faciliter évaporation, ventilation et condensation. L’objectif était d’atténuer la hausse de température de 3 degrés. Le Port est devenue la ville où la superficie des espaces verts par habitant est la plus élevée. En 1971, le retard de développement dont les problèmes sociaux et d’hygiène a été traité dans cette cohérence environnementale. Les visionnaires n’étaient que des élus qui savaient qu’ils allaient être jugés par l’histoire.

Les promesses des énergies renouvelables

À cette époque, La Réunion commençait à connaître le chômage de masse. C’était aussi le temps de l’intégration dans la Communauté européenne. Face à cette situation, le Parti communiste réunionnais a décidé de s’appuyer sur les énergies renouvelables pour développer le pays. Le « Plan de survie », publié en 1975, était le guide des actions du PCR. À plusieurs reprises, « Témoignages » fit connaître aux Réunionnais les progrès observés dans le monde dans ce domaine, notamment les promesses du soleil. À cette époque, avec la société EER, les Réunionnais étaient déjà autonomes en hydroélectricité. Les usines brûlaient la bagasse et les recherches avançaient sur la production du gaz à partir de la paille de cannes. Au lieu de développer des solutions naturelles, réunionnaises, EDF qui avait absorbé l’EER, importa du charbon et du pétrole, des sources de pollution et aussi des dépendances à des fournisseurs extérieurs. C’était une entorse à l’économie réunionnaise.

Climat : l’alerte lancée en 1996

Quand le monde s’est rassemblé à Rio en 1992 pour le premier Sommet de la Terre, le PCR avait déjà inscrit la protection de l’environnement et les énergies renouvelables dans sa ligne politique. Elie Hoarau avait d’ailleurs agi auprès du gouvernement pour que les députés des Outre-mer fassent partie de la délégation française. Il a été entendu et c’est ainsi qu’un communiste Réunionnais pouvait vérifier la justesse de nos convictions. Nos îles constituent en effet des réservoirs de biodiversité.

La seconde étape fut la prise en compte du changement climatique dans cette ligne politique. En 1996, une campagne électorale pour une législative partielle implique la secrétaire d’État à la Francophonie. Cette présence donna à cette élection une audience exceptionnelle que le PCR utilisa pour élever le niveau du débat. Paul Vergès et Philippe Berne saisirent cette opportunité pour alerter sur la menace du changement climatique. Cette prise de position a suscité alors de nombreuses moqueries. Mais un an plus tard, le Protocole de Kyoto était adopté. En 1998, l’accession à la présidence de Région de Paul Vergès allait donner des leviers pour l’application de la ligne politique du PCR.

En 1999, l’objectif d’autonomie énergétique pour 2025 est fixé. Des outils sont créés : le PRERURE constitue la feuille de route pour les étapes vers une île sans émission de CO2. L’ARER a été créé pour piloter les actions concrètes et les expérimentations. Très vite,100 000 chauffe-eau solaires ont été posés. L’expérience a été élargie aux toits des immeubles. Une politique de déplacement novatrice se met en place, prévoyant un aménagement autour de la reconstruction du chemin de fer. C’était le projet de tram-train fonctionnant à l’électricité. Le vélo n’est pas non plus oublié avec les premiers tronçons de la voie vélo régionale.

La voie de l’autonomie énergétique

Au Sénat, Paul Vergès place la France dans le peloton de tête des pays politiquement avancés. Il présente une proposition de loi faisant de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale. Elle est adoptée à l’unanimité. Nommé à la présidence de l’Observatoire national sur les effets du changement climatique, Paul Vergès remet alors chaque année un rapport contenant des recommandations pour les décideurs en termes d’adaptation au changement climatique.

La Réunion est alors souvent citée en exemple pour ses réalisations dans les énergies renouvelables. Elle bénéficie également d’une reconnaissance allant au-delà des frontières de la République, avec la tenue à Saint-Denis en 2008 d’une Conférence internationale sur la biodiversité et la lutte contre le changement climatique.

Reconnaissance à la COP15

Cette reconnaissance s’est également traduite en décembre 2009 par la participation de trois élus réunionnais à la Conférence internationale sur le climat (COP15) au sein des délégations de l’Union européenne et de la France. Paul Vergès, Elie Hoarau et Gélita Hoarau furent reçus personnellement par le président du GIEC, qui salua les progrès accomplis par La Réunion.

C’est également durant cette période que Jean Jouzel était venu à La Réunion. C’était en octobre 2009, le climatologue avait reçu en 2007 le Prix Nobel de la Paix remis au GIEC. Deux mois plus tard, il était à Copenhague pour accueillir la délégation réunionnaise aux côtés du président du GIEC.

La bataille continue

L’échec de la conférence de Copenhague et le changement de majorité à la Région n’allaient pas empêcher le PCR de continuer à militer pour œuvrer pour l’indispensable nouvelle civilisation qui permettra à la jeunesse de relever le défi du changement climatique. À Sainte-Suzanne, les actions impulsée par la municipalité ont permis d’arriver au résultat suivant : la production en énergies renouvelables sur le territoire est supérieure à la consommation électrique des habitants. C’est le mot d’ordre de « ville à énergie positive ».

En juin 2014, dans la perspective de la COP-21 organisée en 2015 à Paris, Paul Vergès réussit à obtenir le soutien de plusieurs groupes politiques du Sénat pour une résolution préconisant « une prise en compte des réalisations menées outre-mer en général et dans la zone Océan Indien en particulier, en matière de politique de maîtrise de la consommation d’énergie », invitant « le Gouvernement à faire preuve d’ambition et à porter à la connaissance des pays participant à cette conférence, les expérimentations réussies menées dans les outre-mer » et souhaitant « que les initiatives nécessaires soient prises par la France auprès de ses partenaires au sein de la Commission de l’océan Indien, pour que soit élaboré et proposé à la Conférence de Paris en 2015, un plan solidaire de développement durable pour la recherche, l’innovation et l’activité économique, sociale et culturelle, dans le respect des principes et des projets préconisés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et la préparation de la Conférence de Paris ». Alors que cette résolution avait été saluée par la Commission de l’océan Indien, le gouvernement de l’époque ne crut pas opportun de lui donner suite. Elle constitue pourtant une base d’union qui peut rassembler à La Réunion et dans notre voisinage.

C’est ce combat qu’il convient de continuer à mener, non seulement en hommage à Paul Vergès, mais parce qu’elle ouvre aux nouvelles générations des perspectives politiques et d’actions concrètes pour vivre dans un monde solidaire, ici comme ailleurs. Nous nous sauverons tous ensemble ou pas du tout.