Changement climatique

La biodiversité menacée par le réchauffement climatique

Les O.N.G. lancent une campagne d’information grand public

Témoignages.re / 1er juillet 2005

Lors de la conférence de presse de l’ONERC vendredi à Paris, France nature environnement (FNE), la plus grande association écologiste française, et quatre autres ONG, ont lancé une campagne d’information sur les impacts du changement climatique sur les animaux et les milieux naturels.

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Le changement climatique va provoquer "un chambardement massif dans les équilibres naturels" et par ce biais va "bouleverser" aussi "radicalement la vie des hommes", a expliqué Édouard Toulouse du Fonds mondial pour la nature (WWF-France). Ces cinq ONG ont été invitées par le président de l’Observatoire national des effets du réchauffement climatique (ONERC), Paul Vergès, à participer à la présentation à la presse du premier rapport de cet organisme d’études, rattaché au ministère de l’Écologie. (voir “Témoignages” de samedi dernier)
Les cinq ONG - FNE, WWF-France, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Greenpeace France et Réseau Action Climat France (RAC-F) - ont présenté une brochure de 23 pages, tirée à 20.000 exemplaires qu’elles comptent diffuser dans leurs réseaux et les manifestations grand public. Intitulée "Changement climatique, la nature menacée en France - En savoir plus et agir", la plaquette rappelle que "le changement climatique pourrait provoquer la disparition d’ici 2050 de plus d’un million d’espèces" animales et végétales sur mer et sur terre, dont 15 à 37% d’espèces terrestres.
La France, a rappelé Christophe Aubel (FNE), est au 4ème rang mondial parmi les pays les plus menacés par les pertes de biodiversité (variété des espèces animales et végétales). Elle dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel, notamment dans ses régions d’Outre-mer. Paul Vergès s’est félicité de cette initiative. "La solidarité" entre pouvoirs publics, scientifiques et associations "est effectivement devenue un impératif de survie pour faire face à l’enjeu majeur que représente le changement climatique", a-t-il dit.
D’ailleurs Paul Vergès a co-préfacé avec Hubert Reeves la brochure citée plus haut. On lira ci-après ces deux préfaces.
(source : AFP)

o Paul Vergès

"L’être humain est aussi responsable devant les autres espèces qui font la vie"

La conférence de Rio fut un moment fondateur dans la prise de conscience à l’échelle planétaire que le développement tel que conçu jusqu’ici pouvait conduire la planète vers une impasse mortelle. À travers un acte réel de civilisation, les chefs d’État du monde entier ont pour la première fois dans l’histoire de l’humanité reconnu la vulnérabilité de l’espèce humaine ainsi que sa responsabilité directe dans les atteintes aux équilibres fondamentaux de la planète, tant au niveau de la biodiversité que du climat.
Si l’on a coutume de souligner que l’homme est comptable devant les autres hommes et devant les générations futures, il importe aussi de souligner qu’il est aussi responsable devant les autres espèces qui font la vie.
L’engagement pris à Rio, réitéré à Johannesburg, de protéger la planète, et l’ensemble des espèces qui font la vie, contre la capacité humaine de destruction est un véritable enjeu de civilisation qui se situe bien au-delà des contingences actuelles. C’est comprendre que combattre les crimes contre l’environnement, c’est aussi faire émerger, dans un monde nouveau, une éthique du progrès et du développement. C’est convaincre que protéger les espèces contre les agressions induites par l’homme, c’est aussi sauver l’humanité d’elle-même.
La communauté scientifique est aujourd’hui unanime à reconnaître que le rejet massif de gaz carbonique dans l’atmosphère, pour les besoins de l’industrialisation, engendre une dérive climatique porteuse de graves menaces pour la biodiversité. L’équilibre fragile créé pour permettre la vie sous toutes ses formes est remis en cause par une accélération d’un processus de disparition des espèces.
Cela est vrai à l’échelle du monde, comme cela est aussi vrai pour la France continentale et l’Outre-Mer, qui n’échapperont pas à cet appauvrissement. C’est pourquoi il importe de pousser aussi loin que possible la recherche dans la connaissance des impacts du réchauffement climatique sur le milieu naturel. D’autant plus que ceux-ci ne seront pas sans conséquences sur la vie et la santé des hommes.
L’ONERC entend favoriser et promouvoir cet objectif afin d’être en mesure de proposer des recommandations aux pouvoirs publics pour répondre aux impératifs de prévention et d’adaptation des politiques sectorielles face aux bouleversements annoncés. L’ampleur de l’action des scientifiques, des associations et des organisations non gouvernementales, qu’il convient de saluer, souligne a contrario la faiblesse de l’engagement des élus sur ces problématiques.
Il faut véritablement aujourd’hui une révolution copernicienne des esprits qui puisse permettre une prise de conscience à tous les niveaux de cet enjeu. Enjeu par nature universel. Universel, car c’est aussi agir et parler à la place des plantes et des animaux sans voix.

Paul Vergès,
président de l’ONERC

o Hubert Reeves

"Nul ne peut rester ignorant. Nul ne peut rester indifférent"

Voilà un document qui marque une étape importante. Il est préfacé par un éminent sénateur, le Président de l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique, créé à l’initiative du Parlement pour informer sur les conséquences de cette dérive du climat, et pour offrir, aux élus et aux collectivités, les moyens d’élaboration d’une véritable politique de prévention et d’adaptation. J’y ajoute, au nom de la Ligue ROC - que je préside -, affiliée à la fédération France Nature Environnement, et plus largement au nom de toutes les associations qui ont contribué à la rédaction, une seconde préface.
Les associations ont une vigilance qui les rend indispensables. Le document scelle donc une alliance objective et déterminée, celle qui se signe d’une sincère poignée de mains, entre deux mondes qui ont conscience d’appartenir au même, celui des hommes.
La solidarité est devenue un impératif de survie. Solidarité intra-spécifique et inter-spécifique car tous les êtres vivants sur notre planète sont embarqués dans une aventure qui pourrait tourner au drame.
Le monde scientifique a établi un diagnostic, vérifié, encore vérifié, et vérifié à nouveau. Le monde associatif s’en est emparé et le diffuse. Car l’information doit circuler, pénétrer dans tous les foyers. Et le monde politique est concerné.
Nul ne peut rester ignorant. Nul ne peut rester indifférent. Et cette plaquette est la preuve qu’une volonté commune est en marche.
Comme toujours, il y a une avant-garde mais celle qui se révèle ici va entraîner la majorité des élus et de leurs électeurs. Les uns ne vont pas sans les autres. C’est la loi de la démocratie. C’est le mode de fonctionnement que l’on préfère. Mais on l’appréciera davantage quand elle se donnera l’obligation d’intégrer le long terme dans ses prises de décisions.

Hubert Reeves,
astrophysicien,
président de la Ligue ROC pour la préservation de la faune sauvage