Changement climatique

La Réunion carrefour de l’environnement

Session du G.I.E.C. la semaine prochaine dans notre île

Témoignages.re / 12 février 2005

Le mercredi 16 février prochain sera un événement à double titre. Pour le monde, c’est le jour de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto et, pour La Réunion, c’est aussi l’ouverture officielle des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Trois jours d’échanges intenses dans notre île qui seront marqués par la visite simultanée d’une délégation du Parlement européen et par la rencontre des ministres de l’Environnement de la Commission de l’océan Indien.

(Page 16)

Le 16 février prochain, un pied de tamarin sera planté dans tous les lycées réunionnais afin de célébrer l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto. Au même moment, les experts du GIEC entameront trois jours de travaux à l’hôtel de Région. Pour le président du Conseil régional et Philippe Berne, la session du Groupe d’experts intergouvernemental est au moins aussi importante qu’une visite ministérielle. En effet, c’est sur la base du travail du GIEC que les gouvernements déterminent les politiques mises en œuvre pour anticiper et atténuer les conséquences du réchauffement climatique.
Un phénomène sur lequel il existe un accord quasi-unanime, en particulier dans la contribution des activités humaines à son accélération brutale.
La session du GIEC aura cette fois une signification particulière. Elle se réunit d’habitude dans une grande capitale, mais le report de la rencontre de Genève a offert une occasion que la collectivité a saisie. Et à l’initiative de la Région Réunion, les 70 experts du GIEC se réuniront pour la première fois dans la zone intertropicale océanique, une région confrontée directement aux conséquences des changements climatiques.

C.O.I. et Parlement européen

Autre préoccupation de la Région : élargir la portée de l’événement. Les ministres de l’Environnement de la COI rencontreront le 16 février le président du GIEC, le Docteur Pachauri. Les pays de la Commission de l’océan Indien, en première ligne face aux changements climatiques, pourront échanger avec les experts du GIEC avec pour perspective possible une liaison permanente entre le groupe de travail de l’ONU et la COI.
Avec les représentations ministérielles des pays de la COI, la présence d’une délégation du Parlement européen du groupe GUE/NGL (auquel appartient Paul Vergès) donnera une dimension encore plus importante à la session du GIEC. Les députés Francis Wurtz, Luisa Morgantini, Kartika Lintard et Jonas Sjoestedt participeront aux côtés des représentants de la COI à la rencontre avec le président du GIEC.
Paul Vergès rappelle que le contexte dans lequel va se dérouler la session du GIEC est très particulier. Elle se déroule au lendemain de la conférence internationale sur le climat d’Exeter en Grande-Bretagne. Or, en terre britannique les scientifiques ont décrit "une vision inquiétante, les données de départ s’aggravent", précise Paul Vergès.

Des réfugiés du climat

Les experts affirment que le temps presse et que l’on risque des extinctions d’espèces massives. La déclaration finale de la conférence, citée par Paul Vergès, fait état d’une hausse de la température moyenne de la planète comprise entre 1,6 et 5,8 degrés. L’urgence est là si on considère qu’à partir de 1 degré, "les conséquences sur l’environnement augmentent d’une manière significative", et qu’au delà de 2 degrés, on a potentiellement de "grandes extinctions et des modifications importantes des éconsystèmes", précise la déclaration, avec d’importants dommages socio-économiques soulignés par le président du GIEC : l’apparition de réfugiés du climat. Ils pourraient 150 millions d’ici 2050, chassés des terres les plus basses d’Asie et d’Égypte submergées par la montée des eaux, fuyant des pays ravagés par les famines.
Quant aux problèmes dus à la sécheresse et à la pénurie d’eau seront aggravés. Entre 700 millions et 2,8 milliards de personnes seraient concernées. Et "si rien n’est fait pour enrayer la tendance au réchauffement, les moyens d’existence de millions d’Africains seront menacés", selon une membre du WWF intervenue à Exeter.
Ceci souligne l’importance d’informer largement l’opinion de la manière la plus objective possible, sans catastrophisme, mais sans non plus cacher les dangers qui nous guettent. Il faut prévenir et anticiper afin que les générations futures puissent avoir le droit à un développement durable, en particulier dans les territoires insulaires. C’est ce qu’à en particulier souligné Philippe Berne au sujet de la prochaine révision du Schéma d’aménagement régional (SAR) qui intégrera les données du changement climatique.
La tenue de la session du GIEC à La Réunion sera l’occasion d’attirer l’attention des scientifiques du monde entier sur nos contraintes et nos vulnérabilités face à un environnement en changement.

Manuel Marchal


Kosa i lé ?

o Le GIEC : Créé en 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a pour objet d’évaluer les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique en relation avec le changement climatique. Le GIEC donne ses avis à la communauté internationale. Il se compose de trois groupes de travail. Le groupe 2 est chargé des questions concernant la vulnérabilité des systèmes humains et naturels aux changements climatiques et des possibiiltés d’adaptation. Le groupe 3 évalue les solutions pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ou atténuer les effets des changements climatiques. Ce sont ces deux groupes qui se réuniront dans notre île du 16 au 18 février.

o ONERC : Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, l’ONERC est le résultat d’une proposition de loi de Paul Vergès adoptée à l’unanimité. Il recense les activités existant dans les différents organismes de recherche. Il doit notamment développer les connaissances des conséquences pour l’aménagement du territoire au niveau des régions. Il organise la collecte des informations et les rassemble dans sa banque de données. L’ONERC travaille également en liaison avec le GIEC.

o OPAR : Décrit hier par Philippe Berne, vice-président de la Région, l’Observatoire de physique de l’atmosphère de La Réunion (OPAR) sera construit sur les pentes du Maïdo d’ici 2007. Il fera partie d’un réseau de trois centres disséminés à la surface du globe. Il a pour vocation de devenir la station de référence pour les latitudes tropicales de l’hémispère Sud et d’alimenter les bases de données sur l’étude des changements climatiques. Il sera présenté à la presse mardi prochain, lors de la venue de la délégation du Parlement européen.


Visite d’une délégation du Parlement européen

Une délégation du groupe Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL) se rendra à l’île de La Réunion du 15 au 17 février 2005, à l’occasion de la rencontre du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Cette manifestation débutera le 16 février date de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto.
La délégation sera conduite par Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, lequel sera accompagné de Luisa Morgantini, présidente de la Commission Développement du Parlement Européen. Font également partie de la délégation Kartika Liotard, Membre de la Commission agriculture et développement rural et Jonas Sjostedr, membre de la commission environnement santé publique et de la sécurité alimentaire.
Paul Vergès, député du groupe GUE/NGL et par ailleurs président du Conseil régional de La Réunion et président de l’Observatoire National Français sur les Effets du Réchauffement Climatique ouvrira, avec le Dr Pachauri, président du GIEC, les débats.
La tenue à La Réunion de cette rencontre constitue une occasion d’attirer l’attention de la communauté internationale sur cette région de l’océan Indien ; particulièrement exposée et vulnérable aux effets des changements climatiques.
Outre les changements climatiques, la délégation abordera diverses questions au cours de rencontres avec des élus, des experts, des acteurs économiques, sociaux et culturels : développement durable, accords de partenariat économique, fonds structurels... À quelques mois de l’examen par le Parlement européen de la réforme de l’OCM Sucre, le groupe GUE/NGL et la présidente de la commission développement ont souhaité accorder une large place à la problématique de la filière canne-sucre. (communiqué ci-après du groupe GUE/NGL)