Changement climatique

La ruée vers l’eau en bouteille pourrait être évitée

Le cyclone Berguitta se rapproche de La Réunion

Manuel Marchal / 16 janvier 2018

À chaque alerte cyclonique, les rayons d’eau en bouteille sont vides de crainte que l’eau du robinet ne coule plus ou ne soit pas potable pendant plusieurs jours. Cette situation peut être évitée à condition que des investissements soient mobilisés pour créer un réseau de retenues collinaires dans les hauteurs afin de stocker l’eau des pluies et de fournir le précieux liquide toute l’année, quelles que soient les conditions climatiques.

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Il est possible que l’eau du robinet puisse couler toute l’année partout à La Réunion, à condition de créer dans notre île un réseau de retenues collinaires à mi-pente. (photo Toniox)

Depuis plusieurs jours, les rayons d’eau en bouteille doivent être constamment réapprovisionnés et il n’est pas rare qu’aucune bouteille ne soit disponible dans un point de vente. Ce mouvement est observé depuis le week-end dernier. Il fait suite à l’annonce du passage cette semaine d’un cyclone à proximité de notre île.

Problème récurrent

Si de nombreuses personnes se précipitent vers les rayons d’eau en bouteilles, c’est qu’elles craignent que le cyclone n’interrompe l’approvisionnement en eau potable. Ce problème revient à chaque forte pluie. En effet, l’approvisionnement provient en grande partie de captage sur des rivières. De fortes précipitations amènent de la boue. Cela dégrade la qualité de l’eau et peut abimer les machines de potabilisation. En conséquence les captages sont fermés, et l’eau ne coule plus au robinet.

Une autre raison de l’interruption de l’approvisionnement provient des coupures d’électricité. Les machines ne sont plus alimentées en énergie, et l’eau n’est plus livrée aux abonnés. La défaillance du réseau électrique vient souvent de câbles arrachés par la chute d’arbres.

Alternatives possibles

La ruée vers l’eau en bouteille se déroule à chaque alerte cyclonique. Elle pourrait pourtant être évitée sur le réseau de distribution de l’eau était adapté aux contraintes du climat.

Tout d’abord, l’alimentation électrique pourrait être sécurisé par l’enterrement systématique des cables. Ensuite, une alternative est le recours aux nappes phréatiques. Sous la direction du PCR et de Paul Vergès, la commune a valorisé la ressource qui était sous ses pieds. C’est pourquoi les habitants du Port ne connaissent pas de coupure d’eau en raison de la défaillance d’un captage dans une rivière. Ce principe peut être étendu partout, à condition que La Réunion se dote d’un réseau de retenues collinaires. Ces dernières seraient alimentées par l’eau qui file vers la mer à chaque épisode de pluie. Ainsi stockée, l’eau pourrait être distribuées auprès des abonnés par simple gravité. Pas besoin de pompes qui fonctionnent à l’électricité, et plus besoin de captages dans des rivières vulnérables à la boue.

Les plus pauvres pénalisés

Cela suppose d’importants investissements. Mais ils peuvent être réalisés à condition que l’alimentation en eau de la population devienne une priorité, plutôt que de dépenser l’argent dans un chantier aussi coûteux qu’inutile comme la route en mer.

La ruée vers l’eau en bouteille peut être évitée. C’est une nécessité car cela constitue une sérieuse dépense pour les familles qui vivent dans la pauvreté à La Réunion. Quand elles vivent dans de petits appartements, il est difficile d’envisager de stocker l’eau potable. À raison d’un euro la bouteille d’un litre et demi, il faut compter au moins deux euros par jour et par personne pour satisfaire les besoins en eau potable rien que pour la boisson. Lorsque le budget ne met à disposition que quelques centaines d’euros par mois, c’est une ponction qui n’est pas négligeable sur le pouvoir d’achat.

M.M.