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par le Dr Raymond Vergès

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La sécheresse s’installe à La Réunion

Un phénomène extrême devient la norme : le changement climatique est une réalité

vendredi 3 décembre 2021, par Manuel Marchal


Meteo France confirme la tendance : le mois de novembre a été l’un des plus secs et des plus chauds. Mais ces épisodes de sécheresse deviennent la norme, ce qui traduit un changement climatique lourd de conséquences. Tout d’abord, cela provoque une crise chez les planteurs à cause de la chute de la richesse des cannes à sucre. Enfin, traditionnellement l’Est est le château d’eau de La Réunion d’où sont ponctionnées d’importantes quantités du précieux liquide pour la centrale EDF de la rivière de l’Est à Sainte-Rose, et pour les besoins du transfert des eaux de l’Est vers l’Ouest. Mais ces deux projets datent d’une époque où le changement climatique était ignoré. Aujourd’hui, tout est remis en cause.


Selon Météo France, le mois de novembre a été particulièrement chaud :
Le mois de novembre 2021 a été le 3e le plus chaud depuis le début des mesures de température voici 54 ans, derrière novembre 2019 et 2014. Les températures ont enregistré +1.1 °C d’excédent mensuel.
Le mois de novembre 2021 est le plus sec depuis 2007. C’est le 8e mois de novembre le plus sec en 50 ans.

« Le déficit est particulièrement marqué sur une large partie Est. Le Baril et Gros Piton Sainte-Rose observent d’ailleurs leur mois de novembre le moins arrosé. »

Pour décembre, les prévisions pour les prochaines semaines envisagent la persistance d’une anomalie sèche sur La Réunion et donc un démarrage tardif de la saison des pluies et de la saison cyclonique.

« Cela s’explique en grande partie par le contexte océanique et atmosphérique de grande échelle combinant actuellement un épisode « La Niña » dans le Pacifique et une phase positive du Dipôle Subtropical de l’Océan Indien (anomalies de températures océaniques se répercutant sur la circulation atmosphérique et favorisant une récurrence sèche sur nos régions). »

L’eau manque dans l’Est

Ces données indiquent que la sécheresse s’installe à La Réunion. Ce qui était un phénomène exceptionnel devient la norme. En effet, l’Est de La Réunion subit des coupures d’eau en raison de la pénurie de la ressource. Traditionnellement, l’Est de l’île est le château d’eau de La Réunion. C’est d’ailleurs pour cette raison que sont installées dans cette région les principales centrales hydroélectriques de l’île. C’est également dans l’Est que se situent les points de captage du transfert des eaux vers l’Ouest, afin au départ d’irriguer des terres agricoles dans les hauts de l’Ouest.
Mais avec le changement climatique, l’eau manque dans l’Est, ce qui remet en cause des aménagements construits avant la conscience de l’existence du changement climatique.

Cela rend encore plus étonnant le gaspillage d’eau douce dû à la centrale hydroélectrique de Sainte-Rose. Des milliers de mètres cubes de la rivière de l’Est sont en effet quotidiennement jetés à la mer après avoir simplement servi à faire tourner une turbine.
Le Docteur Raymond Vergès avait proposé un transfert des eaux de l’Est vers l’Ouest en captant la ressource dans la rivière de l’Est et aurait donc préservé la ressource des autres cours d’eau de la région. C’est une idée qui mérite d’être remise au goût du jour, si la préservation à tout prix de la ressource en eau devenait la priorité.

Crise sociale chez les planteurs

Avec ces conditions climatiques se profile une fin de campagne sucrière difficile pour les planteurs. En raison de la sécheresse, les rendements sont loin d’être atteints ce qui plonge dans la crise de nombreuses exploitations agricoles qui n’ont plus de trésorerie. Ceci risque d’avoir des répercussions dans de nombreux domaines, comme l’avait souligné le conseiller départemental communiste Jean-Yves Langenier dans une tribune libre diffusée le 27 novembre dans la presse : « L’avenir de la canne se joue maintenant ».

Cette sécheresse va vraisemblablement se prolonger jusqu’à la fin de la campagne sucrière, plongeant de nombreux planteurs dans la crise.
Une des conséquences immédiates de la sécheresse est donc de soutenir d’urgence les planteurs en grande difficulté.
A plus long terme, il sera nécessaire d’aller vers une autre politique de l’eau rompant avec le mode de consommation capitaliste qui pousse à son gaspillage. Et des questions ne manqueront pas de se poser au sujet de l’usage de l’eau de la rivière de l’Est : doit-elle être en partie réservée à l’usage d’une seule entreprise, EDF ?

M.M.



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