Changement climatique

Large rassemblement pour la cause du climat

Présentation du séjour de Pierre Larrouturou à La Réunion et sa conférence tenue le jour de l’anniversaire de Paul Vergès

Manuel Marchal / 23 février 2018

En présence des partenaires de l’opération, SIDELEC et l’Université de La Réunion ont présenté hier la venue de Pierre Larrouturou, co-auteur avec Jean Jouzel, du livre « Pour éviter le chaos climatique et financier ». Le mardi 5 mars, il tiendra une conférence à l’amphi bioclimatique du campus du Moufia sur le thème « Crise climatique, crise financière, quelle solution ? ». Ce 5 mars est également la date anniversaire de la naissance de Paul Vergès, auteur d’une proposition de loi visant à faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale et qui fut jusqu’à son décès le premier président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.

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Hier au siège de SIDELEC Réunion à Sainte-Suzanne, une conférence de presse a présenté la venue dans notre île du 3 au 6 mars de Pierre Larrouturou. Economiste, il est co-auteur avec le climatologue Jean Jouzel d’un ouvrage paru cette année, intitulé « Pour éviter le chaos climatique et financier ». Ce livre fait part d’une proposition pour lutter contre les effets du changement climatique. Les auteurs constatent qu’en 2008, l’Union européenne a injecté 1.000 milliards d’euros pour sauver les banques lors de la crise des subprimes. Pour faire face au changement climatique, ce sont 1.000 milliards qui sont nécessaires. Aussi, Jean Jouzel et Pierre Larrouturou demandent à l’Union européenne de provisionner cette somme pour sauver la planète.

Autour de Maurice Gironcel, président du SIDELEC Réunion, et Jean-Claude Carpanin-Marimoutou et François L’Hermet, représentants l’Université de La Réunion, co-organistrice de l’événement, les partenaires de cette opération étaient présents : CINOR, Région, Département, et le Cercle des entrepreneurs de La Réunion.

Maurice Gironcel souligne que la venue de Pierre Larrouturou a pour but « d’amplifier une prise de conscience globale et d’apporter notre part à la transition énergétique ». En effet, « le traité de Paris sur le climat est entré en vigueur depuis un peu plus d’un an. Il est opposable à tous, États, collectivités, associations, y compris à La Réunion ».

La crise est déjà là

Le résumé pour les décideurs du rapport du GIEC qui doit être publié en septembre n’est pas rassurant, avec l’annonce d’un réchauffement global et irréversible en 2040 si rien ne change.

Ce rapport souligne que « les pauvres seront les plus affectés en raison du manque de denrées alimentaires ». Plus de 100 millions de personnes pourraient devenir pauvres à cause des effets du réchauffement, sans compter le développement des maladies vectorielles. A cela s’ajoutent les effets sur les mégapoles, 300 millions d’urbains sont concernés par les canicules. Les risques d’inondation seront accrus, et le manque d’eau menace. Maurice Gironcel rappelle qu’au Cap, la sécheresse impose le rationnement de l’eau à 50 litres par jour et par personne. Le quota pourrait diminuer à 25 litres si la situation ne s’améliore pas. À La Réunion, le mauvaise récolte des letchis et les fortes pluies dans le Sud sont là pour rappeler l’impact de la crise climatique. D’autres répercussions pour notre île sont le blanchiment des coraux et l’accélération de l’érosion côtière dans notre île, selon le BRGM.

« La stabilisation du changement climatique est possible à condition d’agir maintenant. Il faut diviser par 4 les émissions de CO2. C’est la question de l’énergie et de sa consommation. Le SIDELEC en prendra toute sa part », conclut Maurice Gironcel, en soulignant que la solution proposée par les auteurs de l’ouvrage vise à créer 5 millions d’emplois. C’est une dimension qui tient beaucoup à cœur à l’ancien dirigeant syndical.

Recherche de solutions

La conférence de presse d’hier a permis d’aborder une question critique. En effet, la proposition des auteurs de « Pour éviter le chaos climatique et financier » est d’aller à l’encontre du modèle dominant puisqu’il s’agit de donner autant de moyens à la protection à la lutte pour le climat qu’aux banques. Cette demande rejoint la revendication portée de longue date par les pays du Sud qui exigent la justice climatique, ce qui suppose que les pollueurs historiques paient leur dû. Les observations démontrent également que le changement climatique est une des conséquences du développement du capitalisme dans le monde.

Sur ce point, Jean-Claude Carpanin Marimoutou rappelle qu’une des missions de l’Université est de former l’esprit critique des étudiants. Aussi, comme tout autre système économique, le capitalisme fait l’objet d’un enseignement critique. François L’Hermet note qu’un des enjeux est de « montrer à nos étudiants les alternatives, nous étudions le capitalisme, mais aussi le marxisme et le socialisme. Si nous avons proposé à Laurent Blériot de nous rejoindre, c’est pour montrer que des solutions existent déjà à La Réunion. Cela reste des choses possibles. Nous devons être des acteurs de ce développement écologique, énergétique ».

Laurent Blériot met en avant la « responsabilité sociétale des organisations et des entreprises ». Le schéma classique est de dire : une entreprise fait du profit. « Le paradigme change, on voit maintenant l’intégration de l’environnement dans l’entreprise ».

Ceci se base sur trois piliers : économique, social, environnemental. « Quelle est ma responsabilité et comment je peux agir sans attendre que la loi me l’impose ? Cette démarche RSE est la prise en compte du chef d’entreprise qui dit : j’ai ma part de responsabilité ». Ceci amène à aller vers des logiques d’économie circulaire. « Les solutions sont là, pour arriver vers des déchets réutilisables. Ceci permettra de créer de l’emploi. Nous devons aller vers cette solution, nous n’avons pas le choix, nous sommes une île. Des filières restent à construire, cela mettra 20 ans, mais cela se fera ». Cette prise de position converge avec un projet défendu depuis longtemps par le PCR : un grand service d’intérêt public dans l’environnement, qui comprend le développement du recyclage.

M.M.