Changement climatique

Le réchauffement climatique : une grave menace pour la biodiversité

Trois associations à l’ONERC

Témoignages.re / 11 juillet 2005

“Témoignages” a déjà largement rendu compte de la conférence de presse tenue le 24 juin dernier par Paul Vergès à l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC) à l’occasion de la publication du rapport remis par cet organisme au gouvernement et au Parlement sous le titre : “Un climat à la dérive, comment s’adapter ?”. À la tribune se trouvaient également les représentants de grandes associations de lutte pour la défense de la nature - Greenpeace, WWF, France Nature Environnement - qui présentaient un livret grand public intitulé : “Changement climatique : la nature menacée en France / en savoir plus et agir”. Trois promoteurs de ce livret, préfacé par Paul Vergès et le savant Hubert Reeves, ont également pris la parole lors de cette conférence de presse pour faire connaître leur combat. Celui-ci est très important. C’est pourquoi nous publions ces trois interventions ci-après. Les inter-titres sont de “Témoignages”.

(pages 6 & 7)

o Édouard Toulouse pour WWF

"Un chambardement qui va bouleverser la vie des humains"

Je remercie l’ONERC de nous donner la parole ce matin, et je salue son travail essentiel.
L’inquiétude va grandissante dans le monde concernant la menace du changement climatique. Des études sont publiées, des rapports vous sont envoyés et vous savez que les ONG de protection de l’environnement sont mobilisées depuis longtemps sur ce sujet.
La nature autour de nous est fragile, et elle nous fournit beaucoup d’indices de la réalité d’un bouleversement du climat. Il n’y a plus guère de doutes que ce bouleversement est dû aux activités humaines ; l’être humain a donc une responsabilité extraordinaire.
Quand on parle du réchauffement planétaire, on pense souvent aux lointains ours polaires ou aux exotiques coraux qui blanchissent. Au-delà de ces exemples emblématiques et précoces, c’est l’ensemble du tissu de la vie sur toute la planète qui est en train de subir de plein fouet la modification rapide du climat.
Que dire de la France ?
Bien sûr, on songe d’abord aux canicules, sécheresses, inondations qui risquent de toucher directement les humains et de faire très mal à court terme. Mais soyons aussi extrêmement conscients du chambardement massif qui se profile dans les équilibres naturels (biodiversité, répartition des espèces, paysages, etc.). Si nous ne l’empêchons pas, ce chambardement va aussi bouleverser radicalement la vie des humains et leur rapport au monde.

Combattre la menace du changement climatique

Parallèlement à la publication du rapport de l’ONERC, 5 grandes associations françaises de protection de l’environnement veulent aller toucher directement les Français, tous ceux qui sont passionnés de nature (et ils sont très nombreux !) mais qui ne réalisent pas à quel point le changement climatique n’est pas qu’une menace abstraite et stratosphérique.
Le Réseau Action Climat (RAC), le WWF (World Wild Fund), France Nature Environnement, la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) et Greenpeace publient aujourd’hui un livret grand public, que l’ONERC nous permet de vous présenter ici, tiré à 20.000 exemplaires ; il offre un panorama clair des impacts existants et à venir qui menacent les milieux naturels.
Son titre est limpide “Changement climatique : la nature menacée en France / en savoir plus et agir”. Il est préfacé par Paul Vergès et Hubert Reeves, entre autres président de la ligue ROC pour la faune sauvage. Sa réalisation a pu être assurée grâce à l’expertise des associations impliquées, à une synthèse des connaissances scientifiques compilée par le WWF-France et au travail de coordination du Réseau Action Climat. Ce livret a aussi bénéficié de l’appui de l’ONERC que nous remercions chaleureusement (sans jeu de mot).
Ce livret parcourt le territoire français, métropolitain et outre-mer, ses forêts, ses lacs, ses côtes, pointant son regard sur la nature, les oiseaux, les poissons, les arbres. Il engage aussi ses lecteurs à agir pour combattre la menace du changement climatique et protéger la nature, à se saisir de cette question et à approfondir leurs connaissances.

Une collaboration exemplaire

Ce livret, fruit d’une collaboration inédite et exemplaire, sera diffusé dans toute la France pour toucher nos concitoyens ; les associations utiliseront leurs relais et leur proximité avec les Français qui se préoccupent plus qu’on ne le pense de leur environnement.
C’est une démarche que nous voyons comme fortement complémentaire de la remise institutionnelle du rapport annuel de l’ONERC au Premier ministre.
C’est l’occasion aussi d’insister sur le fait que les politiques d’adaptation au changement climatique devront non seulement porter sur les activités humaines, bien sûr, mais aussi sur les milieux naturels. Car un dérèglement du climat chamboulera forcément les programmes de conservation de la nature, les stratégies de réserves et de parcs naturels, de protection des côtes, etc.

o Christophe Aubel pour France Nature Environnement

"Ces changements ne sont pas anecdotiques"

Je m’associe chaleureusement pour FNE, dont je suis administrateur en charge du pôle nature, aux remerciements exprimés par Édouard Toulouse vis à vis de l’ONERC et de son président qui nous ont donné l’occasion d’être ici devant vous ce matin.
Comme l’a écrit Hubert Reeves, le président de la Ligue ROC, l’une de nos associations fédérées, dans son texte introductif au livret, "ce document scelle la nécessité d’une solidarité devenue impératif de survie. Le monde scientifique a établi le diagnostique du réchauffement climatique, le monde associatif diffuse cette information. Et le monde politique est concerné.
Comme toujours il y a une avant-garde qui va entraîner, il faut l’espérer, les autres. C’est la démocratie au travail. Elle reste le mode de fonctionnement que l’on préfère. Surtout si elle se donne l’obligation d’intégrer le long terme dans ses prises de décisions. C’est tout l’enjeu de rendez-vous comme celui-ci".
Et c’est tout l’enjeu de ce document.

Faire le lien entre réchauffement et biodiversité

Son premier mérite est de faire le lien entre deux enjeux essentiels : réchauffement climatique et biodiversité.
Historiquement, si je puis dire, la prise de conscience des menaces que nous fait courir le réchauffement climatique a de l’avance sur la prise de conscience que l’érosion de la biodiversité est aussi une menace sérieuse pour notre avenir.
Cette érosion de la biodiversité a évidemment bien d’autres causes que le réchauffement climatique et rassurez vous je ne vais pas me lancer dans une intervention générale sur la biodiversité, ce n’est pas le propos ce matin, mais je tenais à souligner qu’il nous faut avoir en tête à un niveau d’enjeu et d’urgence équivalent ces deux phénomènes.
Pour revenir à ce livret, il met en évidence de façon très didactique les conséquences du réchauffement sur la nature, en France, Outre-mer compris, n’oublions pas ces territoires.

Prévoir des corridors écologiques

Je ne puis vous détailler l’ensemble, voici donc un zoom sur les sujets abordés.
Premier point, qui vient à l’esprit assez facilement, le climat ayant une influence directe sur les conditions de vie des espèces, un changement de ce climat va forcément entraîner des changements pour ces espèces ; il faut avoir conscience de l’ampleur possible de ces changements :

- modification de répartition, des espèces méditerranéenne se déplaçant plus au Nord, des espèces nordiques présentes en France ne pouvant plus y rester, des espèces montagnardes réfugiées en altitude après la dernière glaciation disparaissant, et des espèces africaines, insectes notamment colonisant le territoire ;

- modification du comportement migratoire de certaines espèces d’oiseaux. Les périodes de reproduction pourront évoluer, on note déjà des floraisons plus précoces, ou des pontes décalées avec des conséquences parfois importantes ; les pontes qui étaient calées sur l’éclosion d’insectes n’arrivent plus à être en adéquation et le taux de reproduction baisse.
On rétorque souvent que les espèces savent s’adapter, mais on oublie que l’adaptation naturelle répond à une vitesse de changement également naturelle ; or là les changements se font à une échelle de temps bien plus rapide ; par ailleurs, le fractionnement de l’espace va compliquer singulièrement le jeu adaptatif. On retrouve ici un lien entre réchauffement climatique et protection de la nature, il faut prévoir sur le territoire des corridors écologiques.

L’exemple des forêts

Il faut bien réaliser que ces changements ne sont pas anecdotiques.
D’abord parce que les études scientifiques qui font actuellement foi sont inquiétantes, ainsi une étude fait état d’une possible disparition de plus d’un million d’espèces d’ici 2050 dans le monde du fait du réchauffement.
Second point essentiel, ces modifications révèlent en fait que c’est le fonctionnement global des écosystèmes qui va être touché.
L’exemple des forêts est révélateur : le paysage de la forêt française pourrait être complètement modifié, avec des disparitions d’essences, ce qui peut signifier recul important des surfaces boisées surtout dans les cas de forêts peu diversifiées.
Le réchauffement des eaux des lacs modifie la faune piscicole, les conséquences sont multiples.

L’importance de l’Outre-mer

Un mot pour terminer sur l’Outre-mer : souvenons nous que ces territoires placent la France au 4ème rang pour le nombre d’espèces animales menacées, et font de notre pays le seul présent dans tous les océans.
Or les forêts tropicales, les coraux vont être malmenés par le réchauffement, vous découvrirez dans le livret que les tortues sont particulièrement menacées.
Le réchauffement climatique est une menace en soi, son influence sur la biodiversité décuple les difficultés. Puisse cet ouvrage sensibiliser le plus grand nombre et contribuer aux prises de décisions.

o Laetitia de Marez pour Greenpeace

"Il est encore possible d’éviter le pire"

Je me joins bien évidemment aux remerciements exprimés par les orateurs précédents. Merci à l’ONERC de cette invitation à nous exprimer, merci de cette collaboration fructueuse et exemplaire entre un Office gouvernemental et les représentants de la société civile.
Il vient de vous être détaillés les impacts déjà perceptibles et potentiels des changements climatiques dans notre pays. Ce livret, outil d’information à destination du grand public, répond à une préoccupation bien réelle et forte des citoyens : si nous n’inversons pas la tendance, quel visage aura la France dans les prochaines décennies ? À la fin de ce siècle ?
Les modifications de la biodiversité déjà mesurables, dont plusieurs sont documentées dans le livret, ne sont, hélas, que des signes avant-coureurs. Si nous ne faisons rien, c’est à des bouleversements plus profonds, voire irréversibles que nous devrons faire face.
Néanmoins, il est encore possible d’éviter le pire. Il ne s’agit plus de stopper un phénomène déjà amorcé mais d’en contenir l’ampleur.

L’équation est simple

Les conclusions des rencontres scientifiques récentes tendent à fixer à 2°C d’augmentation de la température moyenne globale (par rapport au niveau pré-industriel), le seuil au-delà duquel les impacts sur les écosystèmes et les communautés humaines seront décuplés.
L’équation est simple : contenir le réchauffement global en-deçà de 2°C implique de stabiliser la concentration atmosphérique sous 400 ppm, ce qui induit une réduction de 50% des émissions mondiales de GES (gaz à effet de serre) d’ici le milieu du siècle.
Par souci d’équité, les pays industrialisés - dont la France -, historiquement responsables du phénomène, devront réduire drastiquement leurs émissions de 75% d’ici 2050. Kyoto est entré en vigueur mais on mesure bien que tout reste à faire !

Réaliser la “révolution énergétique”

Un tel objectif est ambitieux, il implique une révolution des modes de production et de consommation d’énergie. À n’en pas douter, il reposera sur le triptyque gagnant : sobriété, efficacité, énergies renouvelables.
Nous ne réaliserons cette “révolution énergétique” qu’avec l’adhésion de toute la population, mobilisation à laquelle les associations partenaires de ce livret travaillent sans relâche.
Néanmoins, pour rompre avec leur habitudes énergivores, les citoyens ont besoin d’un signal politique fort de la part du gouvernement, de leurs élus (régionaux, locaux)... Les citoyens ne changeront que s’ils ont le sentiment qu’à chaque niveau de décision, que dans chaque secteur économique, les acteurs font leur juste part de l’effort collectif nécessaire.

Des politiques encore timides

Cet objectif de 75% de réduction des émissions de GES d’ici 2050 a été adopté par la France ; le Président de la République a, à plusieurs reprises, réitéré son attachement à sa réalisation et à inviter l’ensemble des pays développés à faire de même.
Les politiques nationales de lutte contre le réchauffement climatique sont encore timides. En France, elles pèchent notamment sur les volets transports et habitat/tertiaire ; deux secteurs particulièrement inquiétants.
Nous sommes en attente de mesures complémentaires et offrons bien volontiers notre expertise et notre collaboration dans leur définition.

Une année déterminante

L’année 2005 sera déterminante et la France est en position d’influencer considérablement le débat sur les engagements de l’après-2012 :

- par la démonstration de son volontarisme dans le respect de ses engagements internationaux via des mesures domestiques ambitieuses ;

- en pesant de tout son poids pour qu’un accord politique fort puisse être trouvé avec les Américains lors du G8 ;

- enfin, à la prochaine COP/MOP de Montréal, où la France se doit d’être moteur au sein de l’Union européenne. Elle doit encourager l’Union à maintenir son leadership dans la négociation internationale et à lancer la discussion sur l’après-2012 sur des bases saines !