Changement climatique

Les plages condamnées à disparaître

Quand la Terre était aussi chaude qu’aujourd’hui, le niveau de la mer était plus élevé de 6 mètres

Manuel Marchal / 19 février 2018

L’accélération de la montée du niveau de la mer soulignée par une nouvelle étude indique que le délai pour se préparer à cette échéance inéluctable diminue. La majorité des Réunionnais verra ces changements.

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Cette photo de la plage de l’Ermitage ne sera plus qu’un souvenir d’une époque révolue, car le niveau de la mer monte de plus en plus vite.

À l’Ermitage, à l’intersection de l’ancienne route nationale et de la route menant à la route des Tamarins, la borne kilométrique affiche la valeur suivante : « Altitude : 2 mètres ». Cette borne se situe à plusieurs centaines de mètres de la plage de l’Ermitage. Chacun a encore en mémoire les manifestations d’il y a 8 jours contre la présence de restaurants sur la plage. Or, les données d’une étude de l’Académie américaine des sciences indique que le rythme d’élévation du niveau de la mer risque de doubler au cours des 80 prochaines années. Ce résultat est publié dans un article de « L’Express » publié le 13 février dernier. Le même article précise que lorsque la température de la Terre était égale à aujourd’hui, le niveau de la mer était de 6 mètres plus élevé. À cette époque, le Groenland n’était pas recouvert par des glaciers, et la calotte de l’Antarctique était moins importante. La question que se pose les scientifiques est de savoir quand le niveau de la mer sera en concordance avec la température moyenne. Une différence de 6 mètres aujourd’hui, cela signifie un bouleversement total de l’aménagement de La Réunion. Mais une hauteur moins élevée suffira à faire dépasser la cote d’alerte.

Un décalage de 6 mètres

Les Nations-Unies soulignent que 2017 était une des trois années les plus chaudes jamais mesurées. La température moyenne observée était supérieure de 1 degré avant l’époque où le développement du capitalisme a amené l’utilisation massive de charbon puis de pétrole. L’Accord de Paris signé en 2015 et ratifié en novembre 2016 fixe comme objectif une hausse de la température moyenne bien en-deçà de 2 degrés, l’objectif idéal était de 1,5 degré. Le point zéro n’est pas la température actuelle, mais celle d’il y a près de 160 ans. Ce qui signifie que même si l’Accord de Paris est respecté, alors la température moyenne de la Terre pourra encore augmenter de 0,5 degré.

La dernière fois que cette valeur était égale à aujourd’hui, le niveau de la mer était plus haut de 6 mètres. Si on ajoute 0,5 degré, la correspondance entre température et hauteur des océans dépasse donc 6 mètres. Compte-tenu de la forte inertie de l’atmosphère et des océans, et sachant que le mouvement est déjà enclenché, il est donc certain que le niveau de la mer augmentera de plusieurs mètres. La seule incertitude est la date. Avant d’atteindre cette valeur maximale, les perturbations seront déjà conséquentes.

Le littoral condamné à être submergé

En prenant comme référence la borne kilométrique situées à quelques centaines de mètres de la plage de l’Ermitage, et qui affiche une altitude de 2 mètres, une hausse d’un mètre signifie que le littoral se situera plusieurs centaines de mètres à l’intérieur des terres actuelles. La plage serait alors au niveau de l’avenue de la Mer, et toutes les constructions en aval seraient en permanence inondées. Au fil des années, le trait de côte reculera pour s’établir au niveau de l’ancienne route nationale, puis s’établira au pied du massif montagneux qui surplombe la plaine littorale de La Saline. Si l’on projette cette valeur rien que dans l’Ouest, il apparaît que le centre-ville de Saint-Leu ne sera plus habitable, ainsi que celui de Saint-Paul tout comme Saint-Gilles les Bains. Cela fait apparaître clairement que si une ville nouvelle est construite à Cambaie, elle aura des airs de Venise avec des bâtiments émergeants de rue inondées en permanence par la mer.

La question des nappes phréatiques

L’étude de l’Académie américaine des sciences indique que cette marche vers la catastrophe s’accélère. À ceux qui pensent que ce problème ne concernera que les générations qui vivront dans quelques siècles, il suffit de rappeler le précédent du Bangladesh. En 2009 à Copenhague, une journaliste âgée de 25 ans était venue témoigner de l’accélération des effets du changement climatique dans son pays. Quand elle était collégienne, les médias et les autorités pensaient que les premiers effets allaient se faire ressentir dans quelques dizaines d’années. Mais entre son passage au collège et son témoignage de Copenhague, la crise a eu le temps de s’installer. La montée du niveau de la mer a atteint des nappes phréatiques du littoral. Elle a rendu l’agriculture impossible sur d’importantes superficies, obligeant des millions de paysans à s’entasser dans des bidonvilles de la capitale. Ce changement ne mit que 10 ans à s’opérer, imposant au Bangladesh à penser dès maintenant à des solutions pour reloger 20 millions de personnes au cours des 20 années à venir.

Dans notre île, les nappes phréatiques du littoral sont essentielles, car elles permettent d’assurer l’approvisionnement en eau indépendamment du débit des rivières. C’était la solution mise en place au Port dans les années 1970, à une époque où le changement climatique n’était pas connu. Avec la montée du niveau de la mer, il faudra donc trouver des solutions pour alimenter en eau les personnes qui dépendent des nappes. Cela suppose d’y travailler dès maintenant.

M.M.