Changement climatique

Limiter l’impact de l’élevage sur le changement climatique

Concilier protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté

Témoignages.re / 7 février 2018

« Le secteur de l’élevage est essentiel pour maintenir une certaine sécurité alimentaire et contribuer aux moyens d’existence ruraux. Les pays de la communauté internationale doivent travailler ensemble en vue d’assurer la contribution du secteur au développement durable », selon le Directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), José Graziano da Silva.

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Photo Toniox.

La FAO estime que plus de la moitié des personnes pauvres rurales à travers le monde sont des éleveurs de bétail. Les plus pauvres d’entre eux dépendent du bétail qui joue un rôle vital en aidant à sécuriser les moyens d’existence. « Si les produits d’origine animale contribuent fortement à la nutrition et à la lutte contre la pauvreté, ils ont également un impact désastreux sur le climat et l’environnement. S’assurer de la santé des animaux devient de plus en plus essentiel afin de garantir la santé humaine », a-t-il indiqué lors du 10e Forum mondial pour l’alimentation et l’agriculture qui se tenait à Berlin.

Alors que la demande en viande et d’autres produits animaux croît de manière constante, en particulier dans les pays en développement, la question de l’équité et d’une distribution efficace de la viande prend de plus en plus d’importance.

Plus de la moitié des personnes pauvres vivant en milieu rural à travers le monde dépendent de l’élevage et doivent être formés sur les bonnes techniques et technologies, afin de participer et de bénéficier de la croissance prévue, plutôt que de « privilégier des opérations de grande envergure nécessitant un capital important qui les mettront à l’écart », a expliqué M. Graziano da Silva.

La question des pâturages

« La hausse de la consommation de produits animaux améliorera la nutrition, surtout pour les enfants des pays en développement, dont le développement cognitif et physique requiert des micro-nutriments décisifs tels que le zinc et le fer. Nous devons également promouvoir des régimes alimentaires sains et équilibrés », a-t-il ajouté. Il a par ailleurs indiqué que certaines sources alternatives de protéines, telles que les poissons et les légumineuses, étaient disponibles et devraient être explorées.

Alors que le secteur de l’élevage génère plus de gaz à effet de serre que d’autres sources alimentaires - environ 14,5 pour cent du total des émissions anthropiques - l’expansion du secteur représente un défi pour la biodiversité, l’accès à l’eau de manière durable et pour les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat qui consistent à limiter la hausse des températures mondiales.

« Parvenir à ce que le secteur de l’élevage n’émette que très peu de carbone est encore possible », a déclaré M. Graziano da Silva, soulignant que la FAO estimait que les émissions de méthane pouvaient rapidement être réduites de 20 à 30 pour cent à travers l’ensemble des systèmes de production, grâce à l’adoption de pratiques d’élevage bien connues, telles que le pâturage ré-génératif, une meilleure sélection des fourrages et un meilleur recyclage des nutriments et de l’énergie provenant des déchets d’origine animale.

« Une meilleure gestion des zones de pâturage et une amélioration de la capacité de stockage de carbone de leurs sols sont également essentielles pour améliorer la production animale et éviter davantage de déforestation », a-t-il ajouté. « Avec de meilleures pratiques, par ailleurs intelligentes face au climat, nous pouvons rapidement arriver à des chaînes d’approvisionnement de l’élevage plus écologiques » a souligné José Graziano da Silva.

Effet du changement climatique

Suite au sommet sur le climat de Bonn, la COP23, qui s’est tenu l’année dernière, il a exhorté la communauté internationale à saisir l’occasion de faire de l’amélioration des systèmes de gestion de l’élevage une priorité. José Graziano da Silva a également évoqué les questions liées à la santé animale et humaine, avertissant que « l’émergence des maladies va probablement s’intensifier dans les prochaines années car la hausse des températures favoriserait la prolifération des insectes ».

Les maladies zoonotiques, avec un potentiel pandémique, telles que certaines souches de la grippe aviaire, « représentent une véritable menace pour la population, les animaux et l’environnement ».

La FAO travaille depuis longtemps à lutter contre les maladies animales transfrontalières. L’Organisation a fortement contribué à l’éradication de la peste bovine et au lancement d’une nouvelle campagne mondiale en vue d’éradiquer la peste des petits ruminants. La FAO reconnaît également la nécessité de lutter contre la résistance aux anti-microbiens (RAM), une menace importante pour la santé humaine exacerbée par les abus, l’usage excessif et le mauvais usage des antibiotiques dans le secteur de l’élevage, qui consomme trois fois plus d’antibiotiques que les humains.

Le Directeur général a mis l’accent sur le fait que la FAO condamnait fermement l’usage de médicaments anti-microbiens pour stimuler la croissance et qu’ils devraient uniquement être utilisés pour soigner les maladies et soulager les souffrances inutiles. Dans des circonstances exceptionnelles et clairement définies, les anti-microbiens peuvent être utilisés à des fins préventives.

« La FAO aide de nombreux pays à développer et à mettre en œuvre des plans nationaux de lutte contre la RAM », a indiqué José Graziano da Silva.