Changement climatique

Marche réunionnaise sur le climat : plusieurs milliers de Réunionnais rendent hommage à Paul Vergès

Aujourd’hui : 95e anniversaire de la naissance du fondateur du PCR

Manuel Marchal / 5 mars 2020

Ce 1er mars à Sainte-Suzanne, plusieurs milliers de personnes ont marché pour la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité. Elles ont rendu ainsi un bel hommage à Paul Vergès, qui fut le premier à La Réunion à lancer la lutte contre le réchauffement climatique.

JPEG - 93.5 ko

C’est aujourd’hui le 95e anniversaire de la naissance de Paul Vergès. Parmi les hommages rendus à l’ancien dirigeant du Parti communiste réunionnais, une initiative retient l’attention : la Marche réunionnaise pour le climat.
Sa création s’inscrit dans les pas des combats de Paul Vergès, c’était un moyen de saluer son œuvre en faisant de l’anniversaire de Paul Vergès un événement capable de toucher tous les Réunionnais. Après le succès de la première édition, la Marche réunionnaise pour le climat est devenu un événement annuel.
Cette année, elle mettait en avant une citation de l’ancien dirigeant réunionnais : « Il est temps de sauver la planète et de fonder une civilisation responsable de son environnement qui saura respecter toute la chaîne de la biodiversité ».
Paul Vergès avait compris la nécessité de rompre avec les modes de production et de consommation actuel pour évoluer vers une civilisation capable de garantir à tous les êtres humains le respect de ses droits. Cette civilisation à construire est sans doute le plus grand défi de l’histoire, car l’espèce humaine n’a jamais été aussi nombreuse sur Terre, et va continuer à croître pour sans doute dépasser 10 milliards d’individus.

Première application en 1971 au Port

Après plusieurs années de lutte contre la fraude électorale, des communistes réussirent à être de nouveaux élus à La Réunion. Lors des municipales de 1971 au Port, Paul Vergès devient maire de la ville. La protection de l’environnement fut alors une priorité, ce qui était alors une grande première. La direction communiste de la Mairie fut à l’origine de la plantation de 500.000 arbres. Ceci permit à la ville du Port, commune construite sur une plaine aride de galets, devenir celle qui offre le plus d’espaces verts par habitants. Parallèlement, la ville du Port se dotait d’un plan d’urbanisme adapté aux contraintes climatiques. L’orientation des bâtiments construits et les plantations d’arbres ont alors permis de faire diminuer la température moyenne au Port. Et cela bien avant que le changement climatique ne devienne une question connue dans le public.

Plan de survie et loi Vergès

Conséquence de l’exploitation capitaliste, le changement climatique était prévu depuis les années 1970, date à laquelle les scientifiques ont disposé d’outils informatiques suffisamment performant pour effectuer les simulations à l’échelle de la planète. A cette époque, le PCR travaillait déjà sur le développement durable. Ces propositions étaient inscrites dans le Plan de survie. Elles visaient notamment la production d’énergie à La Réunion à partir de sources renouvelables et non polluantes comme le soleil, le vent et la mer.
C’est en 1996 que Paul Vergès lança publiquement l’alerte. C’était une étape importante, car désormais le sujet était sur la place publique. Paul Vergès utilisa alors son mandat de sénateur pour amener la France à faire de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale. Cela se traduit par l’adoption de sa proposition de loi, à l’unanimité et dans les mêmes termes, par les députés et les sénateurs. Promulguée en 2001, cette loi faisait de la France un des leaders de la lutte contre le réchauffement climatique.

Autonomie énergétique

A partir de 1998, Paul Vergès fit de la Région Réunion une collectivité engagée pour cette cause. Cela amena à la création d’une feuille de route pour atteindre l’autonomie énergétique en 2025, le PRERURE. La cause du climat avait alors réussi à aller bien au-delà des communistes, puisque le PRERURE regroupait des institutions, ainsi que des entreprises comme EDF.
Ce travail était reconnu par les plus hautes instances internationales. En 2009, Paul Vergès fut ainsi invité à rencontrer le président du GIEC à la conférence de Copenhague sur le climat. Rares sont les responsables politiques dans le monde à avoir eu ce genre de rendez-vous.
Jusqu’au bout, le fondateur du PCR s’impliqua dans cette bataille. Ainsi, il présida l’Observatoire national sur les effets du changement climatique (ONERC) jusqu’à son décès en 2016.

Continuer les combats

Mais ce travail n’était pas présenté aux Réunionnais. En effet dans notre île, Paul Vergès ne fut jamais invité à s’exprimer sur la question du climat quand avaient lieu d’importants événements internationaux relayés à La Réunion. Prisonniers d’une grille de lecture importée de France, la plupart des médias préféraient donner la parole à des représentants d’organisations politiques basées à Paris, alors qu’à La Réunion, ce sont les communistes qui ont montré la voie dans le domaine de la lutte contre le changement climatique.
Malgré tout, les idées portées par Paul Vergès continuent de progresser. C’est ce que montre le nombre toujours plus important de participants à la Marche réunionnaise pour le climat.
Dimanche dernier à Sainte-Suzanne, plusieurs milliers de personnes étaient présentes pour cette cause, ce qui constitue un bel hommage au combat initié par Paul Vergès, et qu’il sera nécessaire de poursuivre pendant encore plusieurs générations.

M.M.