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par le Dr Raymond Vergès

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PCR : « Changeons la politique, pas le climat »

Message du PCR aux Réunionnais suite à la COP26 à Glasgow

vendredi 12 novembre 2021, par Parti Communiste Réunionnais


Alors que se termine la COP26, le Parti communiste réunionnais décide d’informer l’opinion réunionnaise et en particulier ses décideurs sur le principal enjeu de ces négociations. L’équation est simple : sans changement de politique pour aller vers une nouvelle civilisation, tout risque de s’effondrer. La Réunion a de nombreux atouts pour être un pionnier de cette nouvelle civilisation qui suppose de remettre en cause les modes de production et de consommation découlant du capitalisme, système économique responsable du changement climatique. Il est possible de ne pas changer le climat, à condition de changer de politique.


Réunionnaises, Réunionnais

La COP26 à Glasgow montre la difficulté de véritablement prendre en compte la question du changement climatique. Les engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont insuffisants de la part des pays riches, principaux responsables de la crise climatique. Ils montrent que les pays pauvres sont en tête de la bataille dans ce domaine. La COP26 met en évidence le retard pris par les pays riches dans leur contribution au fond mondial de solidarité pour que les pays qu’ils ont pillés lors de la colonisation puissent avoir malgré tout les moyens de faire face au changement climatique.
Pour espérer atténuer la crise à venir, il est nécessaire de limiter la hausse moyenne de la température à la surface de la planète de 1,5 degré depuis la date de référence qui est le milieu du 19e siècle. C’est ce que prévoit l’Accord de Paris sur le climat signé en 2015 et entré depuis en application. Cette hausse atteint déjà 1 degré, et selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la somme des engagements dessine une trajectoire amenant à une hausse de 2,7 degrés, c’est près du double et fait craindre des conséquences dramatiques pour des milliards de personnes.
Plus de la moitié de l’histoire de La Réunion s’est passée sous le régime de l’esclavage. L’abolition du statut colonial date de 1946 et s’il n’est pas un état indépendant, notre pays souffre de nombreux maux communs aux anciennes colonies, comme le chômage, la pauvreté, le contrôle de son économie par des groupes extérieurs, la dévalorisation de sa culture et la méconnaissance de son histoire à cause du poids de la propagande sociologique occidentale… et la vulnérabilité au changement climatique.

La catastrophe déjà là

Tout près de La Réunion, plus d’un million de personnes à Madagascar sont menacées de famine à cause d’une sécheresse due au changement climatique, souligne l’ONU. Cette catastrophe immédiate conduit des milliers de personnes à quitter leurs terres. Notre région a ses premiers migrants climatiques.
Sans changement radical et très rapide de politique en Europe et en Amérique du Nord, la limite d’augmentation de température de 1,5 degré ne sera pas tenue. Cela rendra des régions entières inhabitables à cause de la sécheresse, des pays seront engloutis par la montée du niveau de la mer, et des centaines de millions d’habitants sur le littoral devront émigrer.

Changement climatique révélateur des inégalités

Ceci ne manquera pas de provoquer de graves catastrophes à brève échéance. Selon une étude de l’INSEE parue cette semaine, les précipitations augmenteront à La Réunion de 20 % pendant l’été, mais diminueront de 30 % durant l’hiver. Ceci risque d’aggraver les problèmes de pénurie d’eau déjà observés pendant l’étiage, remettra en cause l’accès de toute la population à l’eau potable toute l’année et fragilisera notre agriculture.
Le niveau de la mer va continuer à monter, alors que la probabilité qu’un cyclone tropical très intense frappe La Réunion va augmenter. Ceci doit amener les pouvoirs publics à La Réunion à prendre leurs responsabilités pour protéger la population.
Les événements climatiques extrêmes frappent en premier lieu les plus pauvres. C’est ce que rappelle la mort récente dans le Sud de notre pays d’un travailleur privé d’emploi qui n’avait que comme seul abri un bidonville au bord d’une ravine, et qui a été emporté par la crue de la rivière. De nombreux Réunionnais sont contraints de vivre dans des conditions aussi précaires. Il incombera donc aux responsables politiques réunionnais d’intensifier leurs efforts pour que le droit à un logement décent soit respecté pour tous les Réunionnais, c’est une question de vie ou de mort pour les plus vulnérables d’entre nous. Nous ne doutons pas de cette prise de conscience.

Priorité à la protection de la population

Par ailleurs, compte tenu de l’accélération de la montée du niveau de la mer et de la hausse de la fréquence des cyclones tropicaux très intenses, les habitants du littoral doivent être eux aussi protégés. Cela suppose d’importants investissements pour anticiper la hausse du niveau de la mer, voire délocaliser vers l’intérieur les logements et infrastructures qui sont les plus menacés.
Cela signifie également une réflexion approfondie sur l’avenir du chantier dit de la nouvelle route du littoral, réputée déjà « route la plus chère du monde » alors qu’elle est encore loin d’être terminée.
Le chantier de cette route en mer se fait sur la base de prévisions de hausse du niveau de la mer vieilles de plus de 10 ans et qui ont depuis été largement réévaluées. La révélation de la fragilité de parties de l’ouvrage déjà construites face à la houle de l’océan interroge sur la fiabilité d’un tel ouvrage au cours des prochaines années. Cela vaut-il encore la peine de dépenser des centaines de millions d’euros dans une route qui sera détruite par la mer à plus ou moins brève échéance ? Ne faut-il pas mieux consacrer cette somme à la protection de la population en remplaçant les radiers qui traversent les rivières par des ponts, ou en éloignant les flux de transport du littoral par la construction de routes à moyenne altitude ?
Nous souhaitons que cette réflexion débouche sur des choix allant dans le sens de l’intérêt général, et qui permettront aux Réunionnais de ne plus être considérés par certains uniquement comme des enfants gâtés capricieux nourris et utilisés par une ancienne puissance coloniale.

Un changement de politique est urgent

L’urgence est également de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui ont augmenté de 20 % entre 2004 et 2017, soit plus rapidement que la population. La consommation d’énergies est en hausse de 60 % entre 2000 et 2019. Depuis 10 ans la part des énergies renouvelables dans la consommation ne cesse de baisser, elle est inférieure à 13 % à La Réunion. Alors que des énergies renouvelables sont disponibles en abondance à La Réunion, les sociétés extérieures qui dominent la production d’électricité dans notre pays veulent renforcer les importations d’énergie primaire. C’est pourquoi l’annonce d’un mix électrique à 100 % en 2023 est à relativiser : le charbon et le fioul seront remplacés par des importations de biomasse et d’éthanol. Leur transport ne pourra que contribuer à amplifier les émissions de gaz à effet de serre et donc à aggraver les effets du changement climatique que devront gérer les générations futures.
Un changement de politique est urgent. L’évolution technologique rend possible à brève échéance une autonomie énergétique totale de La Réunion, uniquement à partir des énergies renouvelables disponibles à La Réunion. Cela suppose de privilégier des moyens de transport pouvant fonctionner sans les énergies fossiles comme le train, de relancer la recherche sur l’énergie thermique marine et la géothermie pour remplacer le charbon et de favoriser la diffusion de l’énergie solaire qui permet à chacun d’être producteur de sa propre électricité, et de tirer un revenu du surplus par sa revente auprès des distributeurs d’électricité.

La Réunion ne pourra pas faire moins que ses voisins

Les scientifiques rappellent que la marge de manœuvre ne cesse de se réduire chaque année. La responsabilité des décideurs actuels est donc écrasante. Ceux des pays en voie de développement l’ont bien compris et ils montrent l’exemple aux anciennes puissances coloniales. La Réunion en tant qu’ancienne colonie ne peut pas faire moins.
Car ce qui ne sera pas fait aujourd’hui ne pourra pas l’être par la prochaine génération, rendant tout redressement bien hypothétique. Si les plus riches auront toujours les moyens de se payer un droit de vivre dans des ghettos ultra-sécurisés protégés des effets du changement climatique, ce ne sera pas le cas de l’écrasante majorité de l’humanité. Cela est vrai aussi pour La Réunion. Alors, pour que la classe dirigeante actuelle ne soit pas rendue responsable de la pire catastrophe subie par l’humanité, il lui incombe de remettre totalement en cause les modes de production et de consommation à l’origine du changement climatique. Cela passe notamment par le développement de la proximité, et donc de l’établissement d’importants liens de solidarité entre Réunionnais, mais aussi entre La Réunion et ses voisins.

Des dirigeants à la hauteur de leur responsabilité historique

Malgré l’esclavage et la colonisation, les Réunionnais ont su construire une société considérée dans le monde comme exemplaire en termes de « vivre ensemble ». L’apport de notre île à la cause mondiale du climat avait été reconnue par le président du GIEC à la COP15 de Copenhague en 2009. C’est en effet un Réunionnais, Paul Vergès, qui a été à l’origine de la loi qui fit en 2001 de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale de la République française, et qui créa et présida l’Observatoire national sur les effets du changement climatique, interface indispensable entre la connaissance scientifique et les décideurs politiques.
Nos dirigeants sauront se placer à la hauteur de leur responsabilité historique en relançant le plan pour l’autonomie énergétique de La Réunion, et, s’appuyant sur le statut de La Réunion ouvrant droit à plusieurs milliards d’euros par an de crédits de l’État et de l’Europe, en donnant à nos voisins des moyens humains et financiers supplémentaires pour lutter contre le changement climatique et développer les énergies renouvelables.

Tel est le contenu du message que le PCR souhaite transmettre à l’opinion réunionnaise.

Le Port, le 12 novembre 2021
Le Secrétariat du Parti communiste réunionnais


L’utilisation des énergies renouvelables réduit la dépendance de La Réunion à l’extérieur.



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