Changement climatique

Quand urgence sociale et urgence climatique s’entremêlent : le cas de Petit Bourg en Guadeloupe

David Gauvin / 28 décembre 2020

Petit Bourg est une commune de 25 000 habitants en Guadeloupe. Elle s’étend sur 130 Km2 et compte 25% de chômage. Elle connait un phénomène exceptionnel d’érosion côtière qui a conduit à l’évacuation de 7 familles le Week end dernier, mais compte 80 logements en voie d’effondrement.

Une érosion côtière renforcée par l’activité humaine

La situation est connue depuis de nombreuses années, mais les fortes pluies de novembre en Guadeloupe où près de 200 ml sont tombés en quelques heures, ont accéléré l’effondrement de la falaise.
Selon Ywenn de la Torre, le directeur du bureau de recherches géologiques et minière (BRGM), « l’activité anthropique [humaine, NDLR] a fortement accéléré le recul naturel du trait de côte en Guadeloupe ». Entre 1950 et 2013, les plages du Sud Grande Terre, ont reculé d’un à sept mètres par an, selon une étude de l’Observatoire régional Énergie-climat de 2019, et certaines falaises reculent régulièrement.
La côte qui s’érode sans présence humaine, c’est naturel », souligne Ywenn de la Torre qui note aussi que sur certains sites, « le littoral avance. Mais si cet espace est utilisé par les humains, cela change la donne » et crée donc des situations dangereuses. Comme à Sainte-Anne, Pointe-Noire ou Capesterre-Belle-Eau, où plusieurs habitations sont en première ligne.
En Guadeloupe, selon les modélisations du BRGM, le niveau de la mer pourrait monter jusqu’à 1,4 m d’ici à 2100. « Il est probable que ça soit un peu moins. Mais cela se traduit par de l’érosion côtière, des risques de submersions marines et des conséquences sur l’habitat privé et l’activité économique », précise ce responsable.

Une situation sociale catastrophique qui en accentue les effets

Les habitations concernées sont situés sur la zone des 50 pas géométrique. Les terrains appartiennent donc à l’Etat et sont gérés par l’observatoire du littoral. Mais ces habitants occupent ces terres depuis des générations sans titre ni droit. Ils sont victime du mal logement qui gangrène nos territoires.
« Ici, nous avons des propriétaires sans titres, d’autres avec, de l’indivision, des locataires, une population défavorisée, parfois sans papier, des personnes âgées, des enfants, des activités économiques… », rappelle le sous-préfet David Percheron
La zone fait l’objet d’une opération de résorption de l’habitat insalubre. C’est donc la SEMSAMAR qui a autorité de la mairie pour déconstruire les habitations. L’électricité et l’eau seront coupés, puis les engins de chantiers viendront démolir les constructions restantes.
Mais que deviendront ces personnes qui habitent la depuis des générations et qui luttent collectivement contre la misère par des mécanismes de solidarité ?

Mais que fait on ici pour éviter ces drames ?

Le BRGM a cartographié la Réunion et a déterminé les zones à risque. La modélisation existe mais n’a pas été communiquée aux personnes concernées.
On préfère de manière bureaucratique faire modifié les plans locaux d’urbanisme en pensant que les problèmes se règleront d’eux même d’ici plusieurs générations.
La population a besoin de savoir mais aussi c’est au décideurs de tout de suite organiser le déplacement de cette population pour la protéger.
Nous pouvons citer comme zone à risque le littoral de champ borne, ou encore les quartiers de l’étang à St Paul et St Louis. Mais globalement c’est tout le littoral réunionnais qui est en danger.
Cette situation peut être le déclencheur de la reprise économique car la régler nécessite la création de nouvelle ville. On doit mettre en chantier rapidement de nouveaux habitats répondant aux défis de notre temps en arguant de l’urgence.

Mais là encore, comme la situation des déchets, tout le monde sait mais personne n’a le courage d’agir. Le climat n’attendra pas indéfiniment.

David Gauvin