Changement climatique

Transport et commerce : l’Accord de Paris remet tout en cause

Le système doit changer sous peine de faillite environnementale

Manuel Marchal / 31 mars 2018

Les chiffres du commerce extérieur de La Réunion en 2017 ont rappelé deux faits qui contribuent à l’important déficit commercial de La Réunion : le tout-automobile et l’approvisionnement en France. Mais si la volonté est d’appliquer l’Accord de Paris et donc de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre, alors il faudra renoncer au tout-automobile et chercher des approvisionnements plus proches.

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Publiés jeudi, les chiffres du commerce extérieur de La Réunion rappellent les conséquences du système en place. À la fin des années 1950, le pouvoir décida de fermer le chemin de fer. Ce fut le point de départ du développement de l’automobile à La Réunion. Or La Réunion ne produit pas cette marchandise. Notre île a ainsi pu constituer un marché d’exportation pour cette industrie européenne. En étendant le supplément colonial à tous les fonctionnaires, le gouvernement créait également une classe sociale importante suffisamment solvable pour acheter ce genre de produit. Cela amorça aussi l’implantation de la société de consommation.

Pour faire fonctionner ces voitures, il faut aussi importer du carburant. Cela sert les intérêts de compagnies pétrolières qui trouvent à La Réunion un marché sans concurrence d’autre mode de transport.

Or le choix du tout-automobile a des conséquences environnementales. Tout d’abord parce qu’une voiture, un camion ou un bus rejettent des gaz à effet de serre. La part des véhicules électriques reste en effet très marginale. Ensuite, le transport sur des milliers de kilomètres de ces produits impose là aussi de rejeter des gaz polluants dans l’atmosphère. Ceci contribue donc au réchauffement climatique. 2017 a vu une augmentation de 18 % des importations de carburant, et une hausse de celles des véhicules. Par conséquent, cela signifie un accroissement des rejets de gaz à effet de serre.

Bilan carbone désastreux

Les voitures et les camions ne sont pas les seules à être transportés sur des milliers de kilomètres avant de venir sur les routes de La Réunion. En 2017, 60 % des importations, soit 3 milliards d’euros, venaient de France. Plus de 75 % des échanges commerciaux de La Réunion se font avec des pays de l’Union européenne.

Comme le trafic est très majoritairement maritime, 75 % des échanges de notre île avec l’extérieur supposent donc un trajet d’au minimum 10.000 kilomètres. Comme les bateaux fonctionnent avec des moteurs à carburant, c’est donc une source importante de rejet de gaz à effet de serre.

À l’heure où la lutte contre le réchauffement climatique s’affiche comme une priorité mondiale, il serait important de connaître l’empreinte carbone de tous ces échanges. Il y a lieu de parier qu’elle est considérable.

Le tout-automobile et les échanges commerciaux à La Réunion produisent structurellement des gaz à effet de serre. Avec l’augmentation de la population, et donc des besoins, la part de La Réunion dans le réchauffement climatique continuera d’augmenter si rien ne change.

Se fournir chez nos voisins

Or depuis novembre 2016, l’Accord de Paris est ratifié. Les plus de 190 États signataires dont la France ont pris un engagement : maintenir la hausse de la température moyenne sur Terre à 1,5 degré de plus qu’au début du 19e siècle, et en tout cas en deçà de 2 degrés.

La conférence tenue le 6 mars dernier par Pierre Larrouturou a permis de sensibiliser l’opinion sur les conséquences de cet engagement. Pour ne pas aller au-delà de +2 degrés, l’Union européenne devra réduire de 75 % ces émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Cela signifie que pour diviser la pollution par quatre en moins de 40 ans, il est nécessaire de prendre dès maintenant des mesures pour changer de système de production.

Cela vaut aussi pour La Réunion. Concernant le tout-automobile, le projet de tram-train était sur les rails. Il s’avère qu’en 2010, la nouvelle équipe à la tête de la Région a décidé de casser le projet. Cela eut pour conséquence de satisfaire les intérêts du lobby du tout-automobile en particulier quelques transporteurs. Mais cela priva plusieurs milliers de Réunionnais d’un emploi pérenne, et toute la population d’un mode de transport rapide, pas cher et écologique. Un train roule en effet à l’électricité, et il peut ne produire aucun gaz à effet de serre si toute l’électricité est produite avec des énergies renouvelables.

Comme l’Accord de Paris s’applique aussi à La Réunion, l’idée du train finira par s’imposer et chacun pourra mesurer l’ampleur du temps perdu.

Concernant les échanges commerciaux, les chiffres 2017 des Douanes constatent que les échanges avec les pays de la COI, les plus proches voisins de La Réunion, ne s’élevaient qu’à 1,44 %. Pour l’Afrique australe, c’est 1,97 %.

L’Accord de Paris impose de revoir ce schéma. Tout d’abord en privilégiant le circuit le plus court possible. C’est donc recourir le plus possible à la production réunionnaise pour satisfaire les besoins des Réunionnais. Quand des importations sont nécessaires, alors l’Accord de Paris suppose d’aller chercher dans le voisinage immédiat.

Avant l’abolition du statut colonial, Madagascar était un partenaire essentiel pour La Réunion. Pourquoi ne pas envisager de substituer une partie des importations venues d’Europe par des importations venues de Madagascar ? La Réunion pourrait ainsi apporter sa contribution au développement de son voisin, tout en allant vers une économie plus sobre en empreinte carbone, et donc conforme à l’Accord de Paris.

M.M.



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  • Tout est dit ; bien résumé. Pour info, sachez que la NRL prévoit une voie (hélas pas 2) pour le futur Train, le TER-PEI que nous attendons tous. Dire que tout avait été préparé, signé, accordé et attendu ! Quel gâchis ! Bravo les décideurs ! Du temps, c’est aussi de l’argent et on n’a pas fini de payer, d’attendre encore et encore. Entre temps, le nombre de véhicules, diésel pour la grosse majorité, s’accroît encore, Pierre Larouturou a annonce 27 000 importations en 2017. Bonjour les micro particules cancérigènes pour nos poumons, ceux de nos enfants nés et à naitre.
    En train, on roule propre, vite tout en faisant ce qui est interdit en voiture, à savoir, manger, boire, regarder un écran, jouer, se maquiller, téléphoner, dormir, lire, et bien sur, aller aux WC, marcher. Sur que les gramounes apprécieront, eux qui ont connu l’ancien qui fumait. Les élus sont en principe là pour penser à un bon avenir pour nous tous ET les futures générations même si elles ne sont pas encore nées mais cela va vite. Rendez-vous compte que cette année, deviendrons déjà majeurs ceux et celles qui sont né(e)s en 2000 ! On dit qu’ils, elles suivent le siècle, et quel siècle ! Qu’il ne soit pas celui du cahot final, celui où la Réunion sera synonyme de poubelle sur terre, air et mer où après les bichiques, d’autres espèces végétales et animales ne seront plus qu’un souvenir du temps lontan comme on dit sur l’île de la Réunion, bonne fête de Pâques à tous et toutes, Arthur.

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