Changement climatique

« Un réchauffement climatique de 4 degrés entrainerait une catastrophe alimentaire mondiale »

Tribune libre de Thierry Brugvin, Sociologue

Thierry Brugvin / 6 janvier 2018

Fin 2017 se tenait à Bonn, en Allemagne, la COP23. Ce dernier sommet pour lutter contre le réchauffement climatique, n’a pas plus que les précédents été en mesure de prendre des décisions à la hauteur de cet enjeu planétaire.

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Depuis, les années 2000, le mouvement de la décroissance faisait déjà souvent crier d’indignation les « personnes raisonnables ». Pourtant, généralement les décroissants ne prédisaient au pire, que de revenir à une société symbolisée par la fin du pétrole et le retour au labour tiré par un cheval de trait. Pourtant, dès 1972, le rapport Meadows étaient nettement plus alarmants. A présent, d’autres ouvrages de la même veine, tel l’ouvrage de Servigne et Stevens de 2015, intitulé « comment tout peut s’effondrer », ouvrent la voie à nouveau courant que l’on pourrait qualifier « d’effondrisme » [1]. Cependant, cette fois, les prévisions s’avèrent nettement plus dramatiques que celles de la décroissance, puisque c’est carrément la survie d’une très large par l’humanité qui est en péril et non plus seulement son niveau de vie ou son mode de vie.

Alarmes

Selon, Gaël Giraud, chercheur au CNRS et chef économiste de l’Agence Française du développement, les prédictions catastrophiques du club de Rome sont en train de se réaliser. Le 7 juillet 2016, il tirait la sonnette d’alarme en relevant qu’en 2015, il y a eu une baisse de 4,9 % du PIB nominal mondial et c’est pire pour les PED (autour de 20 % de baisse, si on extrait la Chine et l’Inde), alors qu’il n’y a eu aucun problème économique aigu, tel un crack boursier. Tout cela correspond aux prédictions du rapport Meadows, (du club de Rome), d’un des deux scénarios d’un effondrement de la démographie en 2020 ou en 2050. Le pic pétrolier conventionnel de Hubert a été atteint autour de 2005. Le pic pétrolier, toutes techniques d’extractions confondues sera atteint selon les analystes entre 2030 et 2050.

Conjugué aux problèmes climatiques et à la hausse démographie très forte en Afrique, cela promet de graves catastrophes. A la fin du siècle il devrait y avoir plus deux mètres d’accroissement du niveau de la mer, donc les deltas seront sous l’eau, or des millions de personnes cultivent dans ces zones. La fonte des glaciers, la désertification forte, l’effondrement de la fertilité des sols sur la zone équatoriale à cause de l’élévation de la température, la baisse de la production du phosphate qui sert d’engrais, après son pic de production vers 2040-2050), l’épuisement des ressources aquifères profondes, (c’est à dire des réserves d’eau)…

Comment nourrir la population ?

Tout cela posera un grave problème pour produire suffisamment d’alimentation mondialement. Si on ne fait rien, il y aura une décennie littéralement catastrophique dans les pays du Sud. Le climat de Bordeaux en France sera celui de Séville, dans une génération (dans 25 ans, donc vers 2040) et le climat de Paris celui de Bilbao (qui est située au Nord de l’Espagne). Des énormes migrations vers le Nord vont se produire si nous ne faisons rien. Si nous avons en Europe des finances très dégradées, nous ne serons pas en mesure de réagir suffisamment, conclut Gaël Giraud [2].

Les objectifs des accords de Paris de 2015 prévoient de limiter l’élévation de la température à 2 degrés Celsius, cependant les instruments de régulation néolibérale, tel le marché des droits à polluer ont montré leurs inefficacités depuis plus de 20 ans. En effet, les températures s’élèvent sans cesse de plus en plus rapidement. C’est pourquoi, de nombreux climatologues et économistes notamment estiment que le réchauffement climatique pourrait atteindre au moins 4 degrés Celsius en 2100.

+6 degrés si rien ne change

Une telle élévation de la température moyenne mondiale de 4 degrés Celsius, engendrerait déjà une désertification de la majorité de la planète et donc une baisse drastique de la production agricole et donc alimentaire d’après la FAO et la Banque Mondiale [3]. En 2015, Guy R. McPherson, professeur émérite d’écologie et de biologie de l’université d’Arizona va plus loin encore, il estime que « le commerce – comme - d’habitude (business – as - usual) place la Terre sur le chemin d’un réchauffement de +6 degrés Celsius d’ici 2050, selon la très conservatrice Agence Internationale de l’Energie (AIE), qui est loin d’être l’ennemi du ’’commerce – comme - d’habitude’’. L’évaluation de l’AIE ne prend en considération qu’un seul gaz à effet de serre, le dioxyde de carbone. En ajoutant uniquement le méthane, on obtient une date bien plus proche pour le moment où les humains ne pourront plus vivre sur Terre, selon beaucoup de scientifiques ». Certains experts du GIEC prédisent même une augmentation de 8 degrés Celsius en 2100.

La Banque Mondiale estime « qu’à mesure que le réchauffement se rapproche de la barre de 4 degrés Celsius, on peut s’attendre à de graves conséquences susceptibles de déclencher des réactions en cascade qui dépassent les seuils de tolérance des systèmes essentiels à l’environnement et à la vie humaine.

Les conditions climatiques, les vagues de chaleur et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes considérés comme exceptionnels ou sans précédent aujourd’hui deviendraient la nouvelle norme climatique — dans un monde caractérisé par un accroissement des risques et l’instabilité. Si promouvoir le développement humain, éliminer la pauvreté, accroître la prospérité pour tous et réduire les inégalités dans le monde seront des actions difficiles à mener dans une planète à + 2 degrés Celsius, il est fort peu probable qu’elles ne soient jamais réalisées à 4 degrés Celsius de réchauffement » [4].

Intempéries dévastatrices

Sur la base de ces différentes études scientifiques, une carte édifiante publiée par le New Scientist montre à quoi ressemblerait la planète avec 4 degrés Celsius supplémentaires. La majorité de la planète serait donc asséchée, voire désertifiées, ou soumises à des intempéries dévastatrices pour l’agriculture sur l’ensemble du globe, à l’exception de la partie haute de l’hémisphère Nord situé au-dessus de la Belgique. Ainsi, de nouvelles zones potentiellement cultivables auraient supplantées les glaces du pôle Nord, mais elles ne compenseraient pas du tout les gigantesques pertes au Sud. Seules quelques rares et étroites zones vertes cultivables subsisteraient au Sud de la latitude de Bruxelles. Ce qui générerait un accroissement énorme des famines et donc de la mortalité.

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Hécatombe de la population mondiale

Le rapport Meadows remis à jour en 2008 (et publié en France en 2012), montre que la démographie n’atteindra jamais 11 milliards, mais seulement 7,8 milliards, [5] car sa croissance cessera en 2030. À partir de cette année-là, la démographie mondiale diminuera fortement pour s’écrouler en 2100 à seulement 4,43 milliards d’habitants [6], c’est-à-dire au niveau de l’année 1980 [7]. Il y aurait donc une hécatombe de la population mondiale, avec 3,3 milliards d’humains qui mourraient prioritairement par manque de nourriture entre 2030 et 2100, soit près de 43 % de la population ! Guy Mc Pherson, professeur émérite, en études des ressources naturelles écologiques et de la biologie évolutive à l’Université de l’Arizona n’hésite pas à affirmer carrément que « l’extinction de la race humaine est aujourd’hui inévitable ! » parce que l’humanité à dépasser les limites écologiques de la planète (climat, ressources, etc) [8].

En 2009, il y avait déjà 1,02 milliard de personnes en situation de malnutrition, selon un rapport de la FAO, soit 1 plus d’une sur 7. Selon Jean Ziegler, « la mortalité due à la sous-alimentation représentait 58 % de la mortalité totale en 2006. En 2006, plus de 36 millions sont mortes de faim ou de maladies dues aux carences en micronutriments » [9].

Entre le début du 21e siècle et 2015, il a donc déjà plus de 500 millions de personnes mortes de faim, alors qu’elles auraient pu être sauvées par le partage des richesses, puisqu’il y a encore actuellement suffisamment de nourriture pour alimenter tous les humains. Cependant, c’est malheureusement déjà trop tard pour les sauver, mais une large partie de l’humanité des personnes biens nourries, ne s’en est guère émue jusqu’à présent… Cependant, il faut continuer à agir pour limiter la disparition des milliards d’autres êtres humains avant 2100.

Face à l’incertitude des réussites futures, il y a l’attitude des combatifs irréalistes contre celle des défaitistes réalistes. Mais il existe une troisième attitude, celles des combatifs réalistes. C’est-à-dire qu’ils considèrent qu’il ne faut pas se décourager devant la catastrophe à venir, mais continuer à agir, afin de développer des solutions pour limiter les dégâts écologiques, pour préparer la reconstruction avec les survivants de ce grand cataclysme planétaire. Toutes les alternatives socio-économiques et écologiques imaginées et expérimentées à présent sont donc indispensables pour reconstruire ensuite une nouvelle société. C’est pourquoi il faut agir maintenant, sans se désespérer, afin de préparer le futur.

Thierry Brugvin

Thierry Brugvin est auteur de 6 chemins pour la décroissance (dir.), Chroniques sociales, à paraitre en 2018 et de Etre humain en système capitaliste, Yves Michel, 2015.

[1SERVIGNE Pablo, STEVENS Raphaël, Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil, 2015.

[2GIRAUD Gaël, Interview à l’AFD, le 7 juillet 2016, http://www.dailymotion.com/video/x4jv8tb

[3BANQUE MONDIALE, Baissons la chaleur : Face à la nouvelle norme climatique, 2014 International Bank for Reconstruction and Development / The World Bank1818 H Street NW, Washington DC.

[4BANQUE MONDIALE, 2014

[5Correspondant à la valeur normalisée d’environ 0,47 du modèle standart (BAU) de TURNER, G. M. “A comparison of The Limits to Growth with 30 years of reality”, Global Environmental Change, 18, pp. 397-411, 2008.

[6La valeur normalisée de 0,28 environ du modèle standart (BAU) de Turner (2008)

[7ONU, World Population Prospects, The 2015 revision, 2015.

[8MCPHERSON Guy R., “The Politics of Addressing Climate Change”, Revue Shift, Nov. 2015

[9ZIEGLER Jean, L’Empire de la honte, Fayard, 2007 p.130.



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  • Merci pour ces infos, j’invite les curieux à revoir la bonne émission "CO2 mon amour" diffusée sur "www.franceinter.fr". Très bien comme tous les samedis après-midi, celle-ci la première de 2018 en particulier car pleine d’optimisme et de réalisme à la fois. Il est bien de souhaiter les voeux à notre entourage, famille ami(e)s en leur souhaitant du "mieux" au lieu du "plus", car nous sommes en train de détruire la planète, tout simplement, et par bétise. On oublie que nous dépendons d’elle et surtout pas l’inverse, elle continuera de tourner à 1800 Km/h avec ou sans nous ni nature que l’on aura fait disparaître pour le profit, le pouvoir, que des choses bien futiles en réfléchissant un peu. Bonne re écoute donc et week-end pluvieux. Le ciel bleu reviendra, c’est sur ça aussi, comme la montée des eaux......................... Arthur.

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