Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
La réalité qui s’imposera à tous les Printemps arabes — 4 —
5 août 2011

C’est dans la capitale de la Tunisie que s’est produit le premier changement de régime consécutif au Printemps arabe. Tunis se situe dans une région directement concernée par les effets du changement climatique. Une hausse de 20 centimètres du niveau de la mer d’ici 20 ans va remettre beaucoup de choses en question. C’est ce qu’indique une étude publiée récemment par la Banque mondiale.
L’évaluation des aléas en situation actuelle met en évidence les points suivants.
La région de Tunis est caractérisée par un climat méditerranéen avec des étés chauds et secs et des hivers doux et relativement pluvieux. Certains évènements météorologiques exceptionnels permettent de prendre conscience de la violence sporadique des éléments naturels. Ainsi, en septembre 2003, la ville a connu un cumul de précipitations de 186 mm en 24h, alors que la moyenne annuelle se situe autour de 456 mm/an. Lors de la canicule de 2003, la ville a subi une période de 59 jours avec des températures maximales supérieures à 35°C.
Lors des tempêtes de janvier 1981, la vitesse du vent a dépassé 140 km/h, générant des vagues de plus de 10 m. (…)
Le littoral de la zone d’étude, entre le débouché de l’oued Medjerda au Nord et Slimène plage au Sud, est constitué de plages sableuses, plus ou moins étendues, séparées par des pointes rocheuses. Ce littoral est en évolution et la tendance globale est plutôt à l’érosion. (…)
Risque de submersion
Depuis un demi-siècle, le recul de la côte a été général, mais il n’a jamais dépassé 1 m/an en moyenne et a été ralenti — ou parfois stoppé — par les protections longitudinales réalisées et la présence de platiers rocheux. Localement, le recul du trait de côte peut cependant atteindre 10 m/an. Les enjeux sont relativement forts, avec d’une part un front bâti plus ou moins directement exposé à l’attaque des vagues sur un linéaire total de 16 km, et par endroits des milieux naturels à fort intérêt patrimonial (plages, falaises, lagunes, sebkhas).
La zone littorale est également soumise à un risque de submersion, qui se manifeste essentiellement en période de tempête, où la surcote du niveau marin peut atteindre 1,13 m pour une période de retour de 50 ans. Une analyse réalisée sous SIG, en utilisant les données topographiques disponibles, montre qu’une telle surcote marine conduirait à la submersion d’une partie des zones urbanisées ou industrielles de la Basse Ville, de Radès, d’Ezzahra et d’Hammam Lif Ouest. (…)
Les bassins versants urbains de l’agglomération de Tunis sont constitués de nombreux petits oueds et de l’Oued Méliane, dont l’exutoire marque la séparation entre Radès et Ezzhara.
Tous ces bassins versants sont soumis à des risques d’inondation plus ou moins importants, dus à différents facteurs : réseaux d’assainissement insuffisants ou absents, bassins écrêteurs amont insuffisants, présence d’obstacles aux écoulements, zones basses en aval des bassins versants recevant les eaux pluviales de l’amont et soumises à l‘incidence des niveaux aval (Sebkha, mer), développement incontrôlé de l’urbanisation entraînant un accroissement des débits de ruissellement.
Ces différents facteurs, conjugués à des précipitations exceptionnelles, ont engendré une inondation majeure de la ville de Tunis en septembre 2003. Cet évènement a été estimé de fréquence centennale. (…) La surface inondée totale a été estimée à plus de 4.500 hectares.
Le prix des dégâts
Une première approche économique du coût des désastres naturels et du changement climatique à l’horizon 2030 montre que ceux-ci s’élèvent à environ 140 millions de dinars tunisiens (71 millions d’euros), en coûts moyens annuels exprimés en DT constants actuels. Cela représente entre 25 et 30 euros par an et par personne (selon que le ratio est effectué avec la population actuelle ou celle de 2030), soit 0,77 % du PIB du Grand Tunis, ou encore 0,29% du PIB en 2030.
Exprimée non plus sur une base annuelle mais à l’échelle de la période considérée, la valeur actuelle nette des désastres considérés sur la période 2010-2030 est de l’ordre de 1,5 milliard de DT soit 760 millions d’euros (en termes constants de 2010, ce qui représente aussi environ 8% du PIB de Tunis (actuel).
Les coûts indirects représentent 40% des coûts totaux. Cela est en grande partie imputable aux choix méthodologiques effectués. Par ailleurs, la part imputable au changement climatique peut être estimée à environ un cinquième du coût total (21%), essentiellement en lien avec les inondations. Notons que, au regard des hypothèses de changement climatique considérées, cette valeur doit être considérée comme un maximum.
Le changement climatique est susceptible d’aggraver la situation sanitaire (malnutrition, maladies diarrhéiques, paludisme…). Les coûts sanitaires moyens annuels à l’horizon 2030 sont évalués à 30,6 MDT (plus de 15 millions d’euros), représentants entre 6 et 16 points de base du PIB du grand Tunis selon que l’on considère celui-ci en 2010 ou en 2030. Les questions de santé ont donc un impact non négligeable dans le mix global des coûts des différents risques considérés dans cette étude. (…)
11 kilomètres de littoral supplémentaires menacés
Une hausse du niveau de la mer de 20 centimètres au cours des 20 prochaines années aura pour conséquence d’augmenter de 11 kilomètres le front de mer urbanisé soumis à un risque fort d’érosion.
Les conditions d’érosion et de submersion côtières seront notamment affectées par l’élévation du niveau marin indirectement provoquée par le réchauffement climatique, via les phénomènes d’expansion thermique des masses d’eau (dilatation) et la fonte des calottes polaires.
Sur la base d’une analyse critique des projections du GIEC et des dernières références bibliographiques sur ce sujet, nous considérons pour cette étude une élévation globale du niveau marin de 20 cm à l’horizon 2030. Signalons qu’il s’agit d’une hypothèse haute, impossible à affiner sur Tunis en l’absence de données marégraphiques sur une longue période.
En dépit des nombreux projets de protection du littoral, l’élévation du niveau marin va réactiver ou amplifier le processus d’érosion côtière, et donc de recul du trait de côte. Les plages sableuses encore à l’état naturel risquent de reculer en moyenne de 10 à 15 m d’ici 2030. Dans les secteurs urbanisés déjà protégés par des ouvrages de protection ou le long desquels des aménagements de protection sont projetés (élargissement de la plage par rechargement massif de sable puis entretien périodique, mise en place d’ouvrage de blocage latéral des matériaux de rechargement), le recul sera plus lent mais inexorable.
En cas de tempêtes associées avec un haut niveau des eaux (prise en compte d’une valeur de +1,34 m NGT correspond à une période de retour de 50 ans environ), les aménagements de haut de plage dans les zones urbanisées risquent de subir d’importants dommages (comme en 1981), la largeur de plage étant insuffisante pour amortir l’effet des houles car trop proche de la laisse de mer. Les plages sableuses restées à l’état naturel seront totalement immergées et devraient montrer un recul significatif. Toutefois elles devraient pouvoir se reconstituer partiellement pendant les périodes de beau temps, et quasiment en totalité lorsque l’arrière-plage est constituée de dunes.
Au total, ce sont environ 27 km de front de mer urbanisés qui passent en risque fort d’érosion, contre 16 km en situation actuelle.
1.000 hectares de plus en zone inondable
La superficie supplémentaire de terrain potentiellement submergée en 2030 pour un niveau d’eau à +1,34 m NGT (période de retour 50 ans) par rapport à un niveau d’eau à +1,13 m NGT en situation actuelle est significative, soit environ 1.000 ha. D’après les simulations réalisées, les zones impactées se situent principalement dans la Sebkha Ariana. Une surcote de tempête centennale (+1,54 m NGT) conduirait à une augmentation supplémentaire d’environ 1.200 ha, se répartissant sur l’ensemble du littoral. Rappelons ici les fortes incertitudes de ces estimations, notamment liées à un niveau de détail du modèle numérique de terrain relativement grossier, qui doivent être considérées comme des hypothèses hautes.
Les conditions d’inondation à l’horizon 2030 dans les parties urbaines de l’agglomération de Tunis ont été évaluées en reprenant la modélisation réalisée lors de l’étude BCEOM-SIRUS de 2005, avec de nouvelles hypothèses de précipitations et d’imperméabilisation des sols (croissance et densification urbaine).
750.000 habitants de plus à protéger
À l’horizon 2030, il est prévu une croissance démographique modérée (environ 750.000 personnes supplémentaires), conduisant le Grand Tunis à une population d’environ 3 millions d’habitants.
L’urbanisation actuelle de l’agglomération montre des « vides interstitiels » à l’intérieure de la tâche urbaine. La densité brute d’habitat est donc relativement basse sur l’ensemble urbanisé, la plus grande partie de la surface urbaine étant par ailleurs occupée par de l’habitat R+1. Le tissu urbanisé présente donc un potentiel d’urbanisation qui permettra d’accueillir l’excédent de population. (…)
En termes de vulnérabilités, le résultat cumulé de ces changements semble être une réduction de l’exposition des populations les moins favorisées (habitat précaire), contrebalancée par l’apparition de nouvelles tâches urbaines (grands projets) sur des sites relativement exposés aux risques climatiques (lac de Tunis, frange littorale) et par l’expansion d’un habitat informel sans prise en compte des risques naturels.
Le secteur le plus vulnérable est clairement celui de la basse ville, entre le port de Tunis et la Médina, qui restera en 2030 un pôle urbain dense, tout en étant soumis à des menaces croissantes en termes d’inondation, de submersion marine et d’instabilité géologique.
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