Impact de la crise climatique mondiale dans notre pays

El Niño s’emballe : La Réunion entre dans une période de tous les dangers

5 septembre, par Manuel Marchal

L’alerte de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prend une dimension particulière à La Réunion. El Niño devrait encore se renforcer dans les prochains mois et persister jusqu’en février 2027 avec une probabilité proche de 100 %. Or l’île connaît déjà une situation climatique et hydrologique préoccupante : déficit de pluie, températures exceptionnellement élevées et tensions croissantes sur la ressource en eau.

El Niño est un phénomène naturel qui réchauffe les eaux du Pacifique équatorial et perturbe les circulations atmosphériques à l’échelle mondiale. Mais l’épisode qui se prépare intervient sur une planète déjà fortement réchauffée par les émissions de gaz à effet de serre. L’OMM prévoit un épisode de forte intensité, susceptible d’aggraver les vagues de chaleur, les sécheresses et les précipitations extrêmes.
Pour La Réunion, cette alerte arrive alors que la crise de l’eau est déjà bien réelle. Depuis les cyclones Belal et Garance, l’île connaît un déficit pluviométrique qualifié d’historique par les services de l’État. Les nappes et les cours d’eau restent à des niveaux préoccupants et, en juillet 2026, sept communes ont été sommées de renforcer les restrictions d’usage de l’eau.

Records de chaleur déjà en juillet

Le bilan climatique de juillet apporte un autre signal alarmant : les températures moyennes ont dépassé de 1,4 °C les normales 1991-2020. À Gillot, la moyenne mensuelle a atteint 23 °C, un record pour un mois de juillet depuis le début des relevés en 1953. À Petite-France, avec 14,1 °C, il s’agit également du mois de juillet le plus chaud depuis 2000.
Dans le même temps, les précipitations ont été déficitaires de 25 % en moyenne sur l’île. Cette combinaison — plus chaud et globalement plus sec — fragilise les ressources en eau et les milieux naturels. Elle intervient après plusieurs mois déjà déficitaires.

L’eau manque déjà

Et les perspectives ne sont guère rassurantes. Météo-France prévoit pour La Réunion des températures supérieures aux normales au cours du trimestre août-octobre. Le phénomène El Niño devrait alors se conjuguer avec un dipôle positif de l’océan Indien (IOD), susceptible de modifier encore les régimes de températures et de précipitations dans notre région.
El Niño ne signifie pas automatiquement que La Réunion connaîtra davantage de sécheresse. Ses conséquences diffèrent selon les territoires et peuvent être modifiées par les autres phénomènes océaniques et atmosphériques. Mais une chose est certaine : l’île entre dans cette nouvelle séquence climatique avec des réserves déjà fragilisées.

Tout est à revoir

C’est précisément ce que montre le projet RISC-RA/CLIMAAX porté par la Région Réunion. Son diagnostic identifie la sécheresse comme un risque prioritaire et souligne que l’insécurité hydrique devrait s’aggraver sous l’effet combiné de l’augmentation des épisodes secs et de la croissance démographique. Saint-Denis, Saint-Louis et Saint-Pierre figurent parmi les secteurs appelés à connaître les niveaux de risque les plus élevés.
La question n’est donc plus de savoir si le changement climatique arrivera à La Réunion : il est déjà là. El Niño constitue un phénomène naturel, mais ses effets se produisent désormais sur une île déjà réchauffée et confrontée à une crise de l’eau.
Cette situation impose de revoir les priorités. Gestion de l’eau, agriculture, urbanisation, protection des ravines, infrastructures et autonomie énergétique doivent être pensées à partir d’un climat devenu plus instable. La Réunion dispose désormais de données scientifiques permettant d’anticiper. Reste à savoir si les décisions publiques seront suffisamment rapides pour transformer ces connaissances en actes.
Face à El Niño, l’urgence pour La Réunion est de ne plus gérer l’eau et le climat comme hier.

M.M.

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