Conférence sur le climat en Egypte

Le fonds pour les pertes et préjudices : un pas en avant

21 novembre 2022

La COP27 a adopté une résolution prévoyant la création d’un fonds dédié pour financer les dégâts climatiques déjà subis par les pays "particulièrement vulnérables". Une décision qualifiée "d’historique" par ses initiateurs.

La décision a été adoptée par consensus en assemblée plénière, en clôture de la conférence climat annuelle de l’ONU, à Charm el-Cheikh en Egypte. Elle souligne le "besoin immédiat de ressources financières nouvelles, supplémentaires, prévisibles et adéquates pour aider les pays en développement qui sont particulièrement vulnérables" aux impacts "économiques et non-économiques" du changement climatique.

Les modalités de mise en oeuvre de la décision, et donc du fonds, devront être élaborées par un comité spécial pour adoption à la prochaine COP28, à la fin de l’année 2023 aux Émirats arabes unis.

La question des "pertes et dommages" est arrivée au centre des débats après les inondations dévastatrices qui ont frappé le Pakistan et le Nigeria, et ayant bien failli faire dérailler la COP27.

En effet, cette question n’a été mise à l’ordre du jour qu’au tout dernier moment, après de longues réticences des pays riches, et à la condition que la question d’éventuelles responsabilités juridiques ou dédommagements soit écartée. Les pays développés se sont ensuite longuement opposés à toute idée de fonds dédié.

Finalement, l’Union Européenne a fait une offre acceptant un fonds, à condition qu’il soit réservé aux pays "particulièrement vulnérables", ce qui exclurait des bénéficiaires les pays en développement ayant connu une forte croissance de leur richesse, comme la Chine.

Or l’UE souhaitait également que soit mentionnée un élargissement de la "base de contributeurs", ce qui permettrait d’y inclure la Chine. Mais cette éventualité devra être discutée par le comité et fera certainement l’objet d’âpres débats.

Mohamed Adow, directeur de l’ONG Power Shift Africa, ardent défenseur du fonds, s’est félicité de cette adoption : "Au début de ces pourparlers, les pertes et dommages n’étaient même pas à l’ordre du jour. Et maintenant nous entrons dans l’histoire".

"Une étape décisive" mais beaucoup d’attente

L’adoption d’un fonds dédié pour financer les dégâts climatiques, est "une première étape décisive vers l’objectif de justice climatique", a réagi sur Twitter le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. "Il appartient au comité de transition de s’appuyer sur ce développement historique", a ajouté le Premier ministre.

L’établissement de ce fonds est "un signal politique indispensable pour que la diplomatie climatique ait encore un sens dans notre monde secoué par les événements météorologiques extrêmes", a indiqué le CNCD-11.11.11, le Centre belge de coopération au développement.

L’organisation se réjouit que la solidarité internationale soit parvenue à franchir les portes des salles de négociations, mais aussi qu’il reste beaucoup de travail et les défis sont grands. "N’oublions pas d’où nous venons sur cette question et prenons cette étape comme un jalon pour faire en sorte que la justice climatique ne soit pas qu’un slogan mais bien le cœur des relations internationales", a conclut l’ONG.

De son côté, Oxfam International s’est félicitée de cette annonce, assurant qu’il s’agit d’une "victoire majeure" pour les pays et les communautés concernés, qui le réclamaient depuis 30 ans. Cependant, ce fonds doit être correctement financé, a prévenu l’ONG.

"Au regard de l’urgence, ce fonds doit devenir fonctionnel au plus vite. Et les pays riches, principalement responsables du réchauffement de notre planète, doivent mobiliser dès maintenant d’importantes ressources pour aider les pays vulnérables", a exhorté l’organisation luttant contre les inégalités.

A l’instar d’autres ONG, Oxfam se dit profondément préoccupé par l’incapacité des pays à s’entendre sur la sortie des énergies fossiles : "le monde se dirige à ce stade vers un réchauffement catastrophique de 2,8°C à la fin du siècle. Les pays riches, en particulier les États-Unis et les pays de l’Union Européenne, n’ont pas assumé leur juste part de responsabilité".

Enfin, l’organisation attire l’attention sur les promesses non tenues : "non seulement les pays riches n’ont pas tenu leur promesse de fournir 100 milliards de dollars annuels pour le financement de l’action climatique des pays du Sud, mais ils ont en plus bloqué un texte imposant qu’ils compensent leurs manquements passés".

"Tandis que les besoins se chiffrent en centaines de milliards, le moins que les pays riches auraient dû faire est de fournir une feuille de route claire sur le financement des 600 milliards de dollars promis entre 2020 et 2025"
, a conclut Oxfam dans un communiqué obtenu par Belga.


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