Parution de « Urban Forests and Green Spaces in Africa : Case Studies and Lessons from Across the Continent »

Le Port, ville pionnière en Afrique de la foresterie urbaine grâce aux communistes

2 juin, par Manuel Marchal

Bien avant que la foresterie urbaine ne soit reconnue comme une réponse au changement climatique, les communistes du Port, sous l’impulsion de Paul Vergès, ont transformé la Plaine des Galets en associant la population au reboisement de la ville. Le Parc boisé, planté par les habitants, symbolise cette démarche populaire. Aujourd’hui, alors qu’un ouvrage africain souligne le rôle essentiel des espaces verts, l’expérience portoise apparaît comme un modèle précurseur pour l’Afrique.

Alors que le changement climatique impose aux villes de repenser leur développement, un récent ouvrage consacré à la foresterie urbaine en Afrique rappelle l’importance des arbres et des espaces verts pour améliorer les conditions de vie des populations. Cette publication met en lumière des expériences menées dans plusieurs pays africains. Pourtant, à La Réunion, une ville a montré la voie il y a plus d’un demi-siècle : Le Port.

Transformer une savane en forêt

Lorsque les communistes prennent la direction de la municipalité en 1971 sous l’impulsion de Paul Vergès, ils héritent d’une commune marquée par de profondes inégalités sociales et par un environnement particulièrement difficile. La Plaine des Galets est alors une vaste savane aride, parsemée de rochers, battue par le soleil et les vents. Les nouveaux responsables municipaux élaborent un ambitieux projet de transformation du territoire au service de la population.

L’un des volets essentiels de cette politique est le reboisement massif de la commune. L’objectif n’est pas seulement esthétique. Il s’agit de créer un cadre de vie plus humain, de lutter contre les effets de la chaleur et de préparer l’avenir.
Cette démarche repose sur une idée simple : la population doit être actrice de son propre développement. Ainsi, les enfants sont associés directement à la plantation des arbres. Ils reçoivent la responsabilité de les mettre en terre et de veiller sur leur croissance. Cette participation populaire contribue à créer un lien profond entre les habitants et leur environnement. Les arbres deviennent un bien commun, fruit d’un effort collectif.

Le Parc boisé

Le symbole le plus fort de cette politique demeure le Parc boisé, réalisé au cœur de la ville nouvelle construite pour reloger dignement les habitants des bidonvilles. Ce parc représente une rupture avec l’ordre social hérité de la période coloniale. À l’époque des bidonvilles, l’Oasis constituait un îlot de verdure réservé à la classe privilégiée par le système néocolonial. Entouré de clôtures, il était inaccessible à la population qui vivait pourtant dans des conditions particulièrement difficiles, sans eau.
Le Parc boisé, au contraire, appartient à tous. Il est ouvert à la population parce que c’est elle qui l’a créé. Les arbres qui y poussent ont été plantés par les habitants eux-mêmes. Cet espace vert est ainsi devenu un lieu de rencontre, de détente et de partage, illustrant concrètement la volonté des communistes de mettre les équipements publics au service du plus grand nombre.
Cette vision a malheureusement été remise en cause après le départ des communistes de la direction municipale.

La majorité réactionnaire qui leur a succédé s’est empressée d’entourer le Parc boisé d’une haute clôture, invoquant des motifs sécuritaires. Un argument souvent utilisé par les conservateurs pour restreindre l’accès populaire à des espaces qui appartiennent à tous. Derrière le discours de la sécurité se profile une autre conception de la ville : une ville où l’espace public est confisqué plutôt que partagé.
Malgré ces reculs, l’héritage demeure. Grâce à plusieurs décennies d’efforts, Le Port est aujourd’hui la ville la plus boisée de La Réunion. Cet immense patrimoine végétal apporte un confort précieux aux habitants, particulièrement lors des épisodes de forte chaleur qui se multiplient sous l’effet du changement climatique. Les arbres contribuent à réduire les températures, à améliorer la qualité de l’air et à préserver la biodiversité.

Faire face aux défis climatiques, sociaux et environnementaux

Cette expérience prend aujourd’hui une dimension nouvelle. L’ouvrage « Urban Forests and Green Spaces in Africa : Case Studies and Lessons from Across the Continent », publié par Johannesburg City Parks and Zoo, rassemble 34 études de cas issues de 14 pays africains. Les auteurs montrent que les arbres et les espaces verts ne sont plus un luxe mais une nécessité pour faire face aux défis climatiques, sociaux et environnementaux.
Des initiatives sont présentées à Kigali, Nairobi, Harare, au Sénégal ou encore en Afrique du Sud. Toutes cherchent à répondre aux mêmes enjeux : lutter contre les îlots de chaleur, restaurer la biodiversité, améliorer la qualité de vie et réduire les inégalités urbaines.

Quand La Réunion était en avance grâce aux communistes

Pourtant, bien avant que ces questions ne deviennent des priorités reconnues à l’échelle internationale, les communistes du Port avaient déjà compris l’importance stratégique de la foresterie urbaine. Ils ont démontré qu’une politique fondée sur la participation populaire et l’intérêt général pouvait transformer un territoire hostile en un espace plus agréable à vivre. À l’heure où le GIEC alerte sur la multiplication des vagues de chaleur et sur la vulnérabilité croissante des villes africaines face aux conséquences du changement climatique, l’exemple du Port apparaît d’une remarquable actualité. Il montre qu’une autre politique urbaine est possible. Une politique qui place l’humain, la nature et le bien commun au cœur du développement.
Une politique qui, depuis La Réunion, a ouvert une voie que de nombreuses autres villes africaines suivent aujourd’hui.

M.M.

A la Une de l’actuParti communiste réunionnais PCRPaul Vergès

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus