Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
10 juillet 2025, par

Une étude suggère que le dérèglement climatique dû aux activités humaines aurait triplé le nombre de décès dans les grandes villes européennes, lors de la dernière vague de chaleur qui a frappé l’Europe en ce début d’été.
La vague de chaleur précoce que viennent de subir l’ouest et le sud de l’Europe était exceptionnelle et précoce, que ce soit en Espagne où dans d’autre pays comme la Belgique et les Pays-Bas. En France, l’épisode a duré 16 jours, du 19 juin au 4 juillet, soit autant que la canicule meurtrière de 2003.
Mais le bilan humain de cette vague de chaleur questionne. Dans une analyse rendue publique le 9 juillet, des chercheurs de l’Imperial College de Londres, de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, de l’université de Berne (Suisse), de l’Institut météorologique royal des Pays-Bas et de l’université de Copenhague (Danemark) ont révélé une première estimation de la mortalité attribuable à cette canicule dans douze villes européennes. Selon eux, au cours de cet événement extrême, le changement climatique a triplé le nombre de décès liés à la chaleur.
Les scientifiques expliquent que ces épisodes de canicule sont des « tueurs silencieux », car la plupart des décès liés à la chaleur ne sont pas signalés et les estimations officielles peuvent prendre des mois avant d’être publiées, si elles le sont.
« Les vagues de chaleur ne laissent pas de traces de destruction comme les incendies de forêt ou les tempêtes. Leurs effets sont le plus souvent invisibles, mais discrètement dévastateurs - un changement de seulement 2 ou 3°C peut faire la différence entre la vie et la mort pour des milliers de personnes », a expliqué Ben Clarke, chercheur à l’Imperial College de Londres.
Pour mener leur analyse, les scientifiques se sont concentrés sur les effets de dix jours de chaleur, du 23 juin au 2 juillet, dans 12 villes reparties assez sur le continent, comme Londres, Paris, Budapest, ou Barcelone.
En premier lieu, ls ont utilisé les méthodes de la World Weather Attribution combinant modélisation et données météorologiques historiques pour chercher à savoir à quoi aurait ressemblé cette vague de chaleur dans un monde sans réchauffement induit par l’homme, donc avec 1,3°C de moins.
Ils constatent que le dérèglement actuel du climat causé principalement par la combustion de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) et la déforestation a amplifié cette vague de chaleur d’environ 2 à 4 degrés dans la plupart des villes.
Dans le climat actuel, ce genre d’épisode extrême devrait selon eux se produire tous les 2 à 6 étés dans la plupart des villes. Mais Météo France a rappelé que la toute récente vague de chaleur qu’a connue la France est la cinquantième depuis 1947, dont 33 ont eu lieu rien qu’au XXIe siècle, ce qui illustre l’augmentation de la fréquence de ces événements.
Les auteurs de l’analyse ont ensuite utilisé des modèles épidémiologiques déjà publiés (et différenciés selon les villes) de corrélation entre la chaleur et le nombre de décès quotidiens en milieu urbain, quelle qu’en soit la cause.
L’objectif était de tirer le nombre de décès lors de cette vague de chaleur, puis de le comparer au bilan qu’aurait entraîné un événement similaire dans un climat sans le réchauffement actuel.
Leurs résultats suggèrent que 2300 personnes sont mortes en 10 jours dans ces grandes villes, mais dans un monde avec 1,3 °C plus frais, il y en aurait environ 1 500 de moins.
« Ces chiffres représentent des personnes réelles qui ont perdu la vie au cours des derniers jours à cause de la chaleur extrême. Et deux tiers d’entre elles ne seraient pas mortes sans le changement climatique », a indiqué à l’Agence France Presse, Friederike Otto, de l’Imperial College de Londres.
Ville par ville, ce changement climatique est à l’origine de 317 des décès par excès de chaleur à Milan, 286 à Barcelone, 235 à Paris ou encore 171 à Londres. Les chercheurs estiment également que les 65 ans et plus représentent 88% de ces morts attribuables au réchauffement du climat.
Ils soulignent à quel point la chaleur touche les personnes vulnérables souffrant de maladies chroniques comme le diabète et les problèmes respiratoires. « Les décès dus à la chaleur peuvent augmenter rapidement lorsque la température atteint certains seuils, ce qui pousse les personnes vulnérables dans leurs limites », a précisé Garyfallos Konstantinoudis de l’Imperial College.
Le chercheur a rappelé lors d’un point presse les limites de cette analyse qui ne porte que sur 12 villes et ne donne donc qu’un aperçu du bilan sur toute l’Europe. Elle ne tient pas compte des politiques de prévention et d’adaptation instaurées ces dernières années dans de nombreuses villes et qui pourraient avoir atténué le nombre de décès.
Pour Pierrre Masselot, chercheur à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, « les villes peuvent s’adapter en plantant des arbres, en réduisant l’espace accordé aux voitures et en s’occupant des plus vulnérables. Mais en fin de compte, le meilleur moyen d’éviter des conséquences désastreuses est de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre ».
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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