Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
2015-2025 décennie la plus chaude jamais enregistrée selon l’Organisation météorologique mondiale
25 mars, par

Île tropicale exposée aux vents, aux houles et aux dérèglements globaux, La Réunion se trouve en première ligne face au réchauffement durable. Sécheresses plus longues, cyclones plus violents, pluies diluviennes et inondations meurtrières menacent une population déjà fragilisée par les inégalités. Face à l’urgence climatique, protéger l’eau, les sols, les littoraux et les plus vulnérables n’est plus une option : c’est une priorité politique.
Le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat mondial confirme ce que les Réunionnais ressentent : la planète se réchauffe à un rythme alarmant. La période 2015-2025 constitue la décennie la plus chaude jamais enregistrée, et 2025 figure parmi les trois années les plus brûlantes, à près de 1,43 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Les vagues de chaleur, les pluies extrêmes et les cyclones tropicaux se multiplient, frappant des sociétés déjà sous tension.
Le constat est implacable. Les océans absorbent une quantité colossale de chaleur et de CO₂, bouleversant les courants, intensifiant les tempêtes et élevant le niveau de la mer. Dans l’Arctique comme en Antarctique, la banquise recule à des niveaux historiquement bas. Les glaciers fondent sans relâche. Ce dérèglement global a des répercussions directes sur notre île : érosion accélérée du littoral, salinisation des nappes, stress hydrique dans les hauts, pressions accrues sur l’agriculture et la biodiversité.
Comme l’a déclaré le Secrétaire général des United Nations, António Guterres, « chaque indicateur climatique clignote au rouge ». Ce n’est pas une formule. C’est une alerte. Et pour La Réunion, territoire insulaire dépendant des importations et marqué par de fortes inégalités sociales et la pauvreté de masse, cette alerte est amplifiée.
La sécheresse s’installe plus tôt et dure plus longtemps. Les coupures d’eau se multiplient, frappant notamment les quartiers populaires. Les agriculteurs voient leurs récoltes compromises, les éleveurs leurs pâturages brûlés. À l’inverse, lorsque la pluie tombe, elle tombe trop fort : ravines en crue, radiers submergés, maisons inondées. Chaque épisode extrême révèle la vulnérabilité des infrastructures et l’insuffisance de l’anticipation.
Les cyclones, alimentés par des océans plus chauds, gagnent en intensité. Toitures arrachées, réseaux électriques à détruits, routes coupées : à chaque saison, la menace plane. Les plus précaires paient le prix fort, vivant dans des logements fragiles ou en zones inondables. L’adaptation ne peut se limiter à des rustines techniques. Elle exige une planification ambitieuse : renforcer les normes de construction, protéger les zones humides, stopper l’artificialisation des sols, relocaliser les habitations les plus exposées.
Il faut également défendre le droit à l’eau comme bien commun. Investir massivement dans la récupération des eaux de pluie, la modernisation des réseaux, l’agroécologie économe en ressources. Préserver les forêts et les ravines, véritables remparts naturels contre l’érosion et les crues. Développer des transports propres pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles qui alimentent la crise.
La justice climatique doit guider l’action publique. Ceux qui ont le moins contribué au dérèglement en subissent déjà les conséquences les plus lourdes. Protéger la population, c’est prioriser les quartiers vulnérables, renforcer les services publics, soutenir les travailleurs exposés. C’est aussi exiger, à l’échelle internationale, des engagements contraignants pour réduire drastiquement les émissions.
Notre île peut redevenir un laboratoire de résilience et de solidarité. Mais cela suppose du courage politique, de la cohérence et une mobilisation citoyenne permanente. L’urgence climatique n’attend pas. Nous non plus.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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