Paul Vergès : Penseur et homme d’action
1er septembre, parPaul Vergès : 2016-2026
Réchauffement des océans
1er septembre, par

À La Réunion, le récif corallien n’est pas seulement un écosystème exceptionnel. Il constitue une barrière naturelle face à l’océan Indien. Sur la côte Ouest, où se concentrent habitants, routes, logements, activités économiques et infrastructures touristiques, il absorbe une grande partie de l’énergie des vagues. Mais partout dans le monde, les coraux blanchissent de plus en plus souvent sous l’effet du réchauffement des océans. Avec la montée du niveau marin, la combinaison de ces deux phénomènes pose une question : l’Ouest de La Réunion pourra-t-il rester durablement habitable ?
Le récif réunionnais forme une ceinture discontinue d’environ 25 kilomètres sur la côte Ouest. Son rôle protecteur est considérable. Au niveau de l’Ermitage, des études montrent qu’il peut atténuer jusqu’à 90 % de l’énergie des vagues. Sans cette barrière naturelle, la houle de l’océan Indien atteint plus directement les plages et le littoral aménagé.
Or cette protection est fragilisée. Le nouveau rapport du Global Coral Reef Monitoring Network alerte sur un phénomène mondial : les épisodes de blanchissement se rapprochent tellement qu’ils ne laissent plus aux coraux le temps de récupérer. Leur fréquence aurait pratiquement doublé. Le réchauffement des océans, conséquence directe de l’accumulation des gaz à effet de serre provoquée par les activités humaines, est au cœur de cette crise.
À La Réunion, la menace est d’autant plus préoccupante que le niveau de la mer monte rapidement. Dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien, l’élévation moyenne atteint environ 5 millimètres par an, soit près de 14 centimètres depuis 1993. Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement identifie précisément, pour La Réunion, l’augmentation du niveau marin et le rôle du récif corallien parmi les facteurs déterminants du risque de submersion.
Une mer plus haute signifie que les vagues partent d’un niveau supérieur. Un récif dégradé signifie qu’une partie moindre de leur énergie est dissipée. À l’arrivée, les plages reculent, l’érosion s’accélère et les submersions peuvent devenir plus fréquentes et plus importantes.
Les premiers signes sont déjà visibles. Dans l’Ouest, des secteurs littoraux connaissent une érosion préoccupante. Après les événements cycloniques, certaines plages ont perdu une partie importante de leur sable.
Alors, l’Ouest de La Réunion sera-t-il encore habitable dans plusieurs décennies ? Une chose est certaine : continuer à réchauffer l’océan tout en détruisant progressivement la barrière naturelle qui protège le littoral revient à fragiliser simultanément les deux lignes de défense.
La question n’est donc plus seulement celle de la sauvegarde des coraux pour protéger la biodiversité. C’est aussi celle de la protection des populations.
M.M.
Paul Vergès : 2016-2026
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