Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Lycée Jean Hinglo
2 avril 2008

Interpellé par une campagne de dénigrement menée dans la presse contre un des lycées du Port, “Témoignages” a rencontré six enseignants de ce lycée pour évoquer avec eux les conditions dans lesquelles ils exercent. Annie Mourvaye, Thierry Carron, Mickaël Table, Gwenaëlle Ménard, Thierry Hoarau et Jean-Pierre Chauffert évoquent ici sans tabous, différents aspects de la vie lycéenne. Ils rappellent que leur lycée est d’abord un lycée d’enseignement général comme tous les autres, avec les mêmes options - latin, allemand, créole, ISP-SI, MPI (mathématique, physique, informatique)...
Il est aussi, avec Bras-Panon et Bois d’Olive, l’un des trois lycées de l’île doté d’une filière Génie civil et génie énergétique (pour le secteur de Saint-Paul à Saint-Denis).
108 élèves sur 150 inscrits l’an dernier ont été reçus au Baccalauréat toutes sections confondues (ES, L, S - SI et SVT) soit 72% des inscrits, avec des résultats meilleurs dans les sections S : respectivement 78,57% en SI et 80% en SVT. Le proviseur-adjoint souligne que les bacheliers de Jean Hinglo décrochent « beaucoup plus de mentions au Bac que les lycéens de la Possession » et que « Nos meilleurs élèves réussissent mieux au Bac que bien des lycéens d’autres villes ».
Dans certaines filières (STG par exemples) des échanges étroits existent entre les enseignants de Hinglo et ceux du lycée voisin de La Possession, témoignant d’une équivalence dans la qualité respective des établissements et de leurs équipes. Alors d’où vient la persistance de la “mauvaise réputation” que certains s’acharnent à lui accoler ? Les enseignants donnent leur réponse.
Vous souhaitez vous exprimer ici sur l’image donnée de votre établissement. Comment le présentez-vous, vous-mêmes, de prime abord ?
- Thierry Carron (Sciences physiques). Le lycée dans lequel nous travaillons au quotidien est un lycée de secteur. C’est un lycée à la fois général et offrant des filières techniques et technologiques. A la fin de la Seconde, les élèves émettent des vœux pour les choix de Première qu’ils souhaitent faire. Cela peut être le choix d’une filière générale (L, S, ES...) ou une filière STI.
- Gwenaëlle Ménard (Lettres). Cette année, nous avons ouvert une quatrième section en Technologie et nous en avons fermé une en Première générale. Une Première ES s’est transformée en Première STI. C’est en partie dû au fait que le lycée propose ces filières technologiques et beaucoup d’élèves ne souhaitant pas quitter Le Port s’orientent vers une STI pour être sûrs d’avoir une place ici.
- Mickaël Table (Biologie). Concernant les orientations en 2nde, je voudrais relever une certaine hypocrisie. Nous sommes censés avoir des Secondes dites “de détermination”, c’est-à-dire permettant d’ouvrir à toutes les filières. En réalité, dans la pratique, en fonction du lycée où le jeune fait sa Seconde, il n’a pas les mêmes filières qui s’ouvrent à lui. C’est un des éléments qui pose problème au lycée Jean Hinglo. Si une de nos élèves de Seconde désire aller vers les carrières sanitaires et sociales (ST2S), cette élève n’a pratiquement aucune chance d’avoir une place au lycée de Plateau-Caillou, puisqu’ils prennent de préférence leurs propres élèves. Le fait d’orienter un établissement dans une direction particulière peut être problématique pour l’orientation des élèves allant dans cet établissement.
- Thierry Carron. Dans la vie de tous les jours, des parents m’interpellent pour savoir s’ils doivent mettre leur enfant au lycée du Port ou si “ce ne serait pas mieux à La Possession ?”. Nous en avons assez de ce discours. Nous avons un taux de réussite au Bac qui est proche du niveau de réussite national et nous sommes un établissement scolaire tout à fait normal, avec un personnel qualifié. Et je le répète : les enfants du Port sont les bienvenus dans le lycée du Port ! Le deuxième point qui porte préjudice à l’établissement scolaire, c’est lorsqu’on “oublie” qu’il s’agit d’un lycée général. Souvent, les gens pensent “lycée du Bâtiment” et ils oublient que les jeunes peuvent faire ici une Première S ou une Première L.
Et puis, il y a eu des propos calomnieux sur notre établissement scolaire, en particulier des attaques directes contre le personnel enseignant, qui accentuent la mauvaise image, totalement infondée, de notre établissement.
Nous le ressentons au quotidien. C’est une image à casser. Quand on discute avec les élèves, ils sont très contents d’y être. Ils y trouvent une qualité de vie lycéenne qui n’est pas des moindres. Je tenais à signaler cela parce que mes collègues ressentent au quotidien ce dénigrement.
Comment vivez-vous le fait d’enseigner ici, à Jean Hinglo ?
- Annie Mourvaye (Anglais). Très bien. Je suis du Port et je n’ai pas envie d’aller ailleurs. Je m’y sens très bien.
- Thierry Carron. J’ai demandé à venir travailler au lycée du Port. C’était mon premier vœu, cela fait 3 ans. Je suis très content d’y être. J’y trouve des élèves qui sont agréables, qui certes ont des difficultés pour la plupart mais qui sont quand même volontaires. Je trouve aussi, parmi les avantages de ce lycée, qu’il y a de la solidarité entre les collègues. Il y a une fidélité : les gens s’y sentent bien et restent. Cela se reflète dans notre travail au quotidien.
- Thierry Hoarau (Initiation scientifique). Je suis originaire de Cilaos. J’étais en Métropole et j’avais fait quatre fois ma demande pour un lycée de La Réunion. Et lorsque j’ai eu ma mutation, je vois “Lycée du Port”... une des villes que je connaissais le moins. Et finalement, je n’échangerais pas ma situation au Port pour celle que j’avais en Métropole. Là-bas, j’étais pourtant au lycée Chateaubriand (Rennes) et La Mennais, à Guérande, où 92% des élèves réussissent au Bac S.
- Annie Mourvaye. De toutes façons, Le Port a toujours eu mauvaise réputation. Moi qui suis du Port, j’ai toujours entendu dire cela, alors que ce n’est pas pire que les autres villes de l’île. Mais dès qu’il se passe quelque chose, il y a aussitôt une focalisation plus importante. J’ai grandi ici, j’ai fréquenté les mêmes écoles que mes élèves, je n’en suis pas morte et je suis très fière de mon parcours.
Tout le monde a sa chance ici. On ne sélectionne pas à l’issue de la 3ème. L’élève qui a les résultats suffisants pour passer en Seconde est accueilli à Jean Hinglo. Après, c’est à lui de se donner les moyens de réussir et nous sommes là pour l’encadrer au mieux.
Combien avez-vous d’élèves par classes ?
- Mickaël Table. C’est un peu comme partout. Les classes sont trop chargées, c’est vrai, mais ce n’est pas spécifique à notre lycée.
- Gwenaëlle Ménard. La norme académique est de 35 élèves par classe ; alors on nous répond que, quand on est à 33, il ne faut pas se plaindre...
Nous avons une classe de 24 élèves, parce qu’elle accueille des enfants ayant de plus grandes difficultés que les autres. Dans certaines classes, il y a des projets d’orientation, par petits groupes. Nous faisons pour le mieux avec le public qui arrive et qui n’est pas forcément tout à fait près à affronter la classe de Seconde. Mais je rejoins mes collègues pour dire que je suis arrivée il y a huit ans comme remplaçante - ici puis à l’Oasis. J’ai demandé à être en poste fixe il y a six ans et j’en suis très contente. Les relations avec les enfants, les parents et les collègues sont très bonnes. Ensuite, je sens vraiment que nous sommes utiles à quelque chose. Voir un élève s’ouvrir à quelque chose, c’est merveilleux. Ils ne sont pas blasés ici. On voit bien qu’il y a des problématiques qui nous dépassent, en tant qu’enseignants. Mais je trouve qu’il y a un accueil, au lycée, qui est assez efficace.
- Jean-Pierre Chauffert (Mathématiques). Les élèves ont des faiblesses dans la maîtrise du français, ce qui porte forcément préjudice dans les disciplines très variées de la classe de Seconde. C’est révélateur, quand ils ont beaucoup de difficultés à s’exprimer en français. C’est quelque chose que nous rencontrons souvent.
Les rattraper un à un, dans des classes de 35, ce doit être particulièrement difficile. Que pouvez-vous faire ?
- Gwenaëlle Ménard. Du soutien. Nous sommes attentifs aux enfants, y compris les collègues qui n’enseignent pas le français.
- Annie Mourvaye. Il faut trouver des heures pour les faire travailler... Mais c’est vrai que nous sommes souvent confrontés à des problèmes qui auraient dû être réglés bien en amont.
- Jean-Pierre Chauffert. On se soucie vraiment de leur avenir. Et effectivement, personne ne reste vraiment cloisonné dans sa matière. On cherche surtout à faire que l’élève s’épanouisse et qu’il soit dirigé vers les personnes compétentes le plus vite possible. Généralement, cela se fait au début de la Seconde. Quand l’élève arrive, il fait à peu près trois semaines un mois dans l’établissement ; il y a un petit temps d’adaptation, les premiers devoirs ; et suite à cela, nous avons une pré-réunion, entre collègues d’une même classe, pour repérer tout de suite les élèves qui sont en plus grande difficulté, de manière à pouvoir les diriger vers du soutien scolaire. Cela se fait vers septembre, pour que les élèves qui sont en perdition puissent tout de suite rattraper au moins un peu de leur retard. C’est sûr que parfois, c’est très difficile. Mais au moins, nous essayons de le leur proposer.
Le fait que vous soyez dans un lycée de secteur accueillant beaucoup d’enfants des milieux très défavorisés - qui rencontrent des difficultés tout au long de leur scolarité - vous amène-t-il à adapter votre pédagogie ? Et quelles sont vos satisfactions avec eux ?
- Gwenaëlle Ménard. Il ne faut pas les lâcher. Une des preuves que cela ne fonctionne pas trop mal est que nous n’avons pas d’élèves qui “pètent les plombs”. Quand on a des élèves en très grande difficulté, c’est souvent ce qui génère de la violence ou des sentiments négatifs. Et au lycée, du moins en classe de Seconde, cela n’arrive pas.
- Annie Mourvaye. Je suis professeur principal d’une Seconde dans laquelle nous avons baissé l’effectif à 24 élèves, parce qu’ils sont en grande difficulté. Mais il n’y a pas d’absentéisme, par exemple. Il peut arriver qu’ils s’absentent pour cause de maladie ou autre, mais en règle générale, ils sont tous là. Et ils nous disent, par rapport aux autres années, qu’« enfin, on ne les dégoûte pas de l’école ».
En ce moment, je suis en train de me démener - mais je ne suis pas la seule, d’autres collègues en font autant - pour leur orientation : beaucoup sont arrivés en Seconde par défaut. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Je ne me contente pas de leur faire remplir des questionnaires. Je les vois cas par cas. Je le fais et nous ne faisons tous. Nous n’allons pas le claironner pour autant.
Autre chose : Les journaux ne publient jamais les mentions, avec les résultats du Bac, mais il y en a eu d’excellentes, des mentions TB, et même les félicitations du jury, il y a deux ans de cela... Il y a aussi des élèves qui vont en classes préparatoires et qui continuent leurs études sans problème.]
- Thierry Carron. Nous avons aussi des retours... des élèves qui sont à l’Université aujourd’hui et qui reviennent chez nous pour faire du soutien scolaire, par exemple. Il y a quelque temps, j’ai appris que sur trois étudiants en licence d’électronique (3e année), il y en avait deux qui étaient issus du lycée Jean Hinglo, que nous avions eu comme élèves. Pour les élèves, cela donne un repère. Ils sont sous leurs yeux des élèves qui sont passés par le lycée, comme eux, et qui reviennent avec des diplômes, avec un bagage.
- Thierry Hoarau. On a aussi l’exemple d’anciens élèves qui sont devenus professeurs : Un élève de SI est devenu professeur de génie mécanique, actuellement en métropole. Un autre élève issu de STI génie énergétique, est maintenant professeur de génie énergétique, en métropole aussi.
Et du point de vue de la vie scolaire, qu’est-ce qui tire les élèves vers le haut ? Qu’est-ce qui les motive le plus ? Ont-ils des activités extra scolaires qui les distinguent ?
- Gwenaëlle Ménard. Ce sont les CPE (conseillers d’éducation) qui s’occupent plus spécialement de cela ; mais par exemple il y a une formation des délégués de classe, tous les ans, sur une journée. Sous l’impulsion des élèves, il se fait une semaine de l’engagement au mois d’avril, et des actions ou des manifestations ponctuelles.
- Thierry Carron. Il y a une commission de la vie lycéenne... qui regroupe des élèves, un ou deux représentants enseignants. Ils mettent au point des projets, sportif ou autre, des journées de solidarité... Il y a un dialogue permanent entre les élèves, les enseignants, les responsables de la vie scolaire. Parfois des voyages linguistiques sont organisés.
- Annie Mourvaye. Une précédente année, il y a eu un voyage en Espagne. On ne peut pas faire cela tous les ans, mais il y en a régulièrement.
- Gwenaëlle Ménard. Nous faisons des sorties aussi : au théâtre, le plus souvent possible, dans un échange avec le théâtre sous les Arbres.
Nous avons fait une sortie aux Makes avec les élèves de 1ère S. Il y a un atelier danse : hip hop et modern jazz. En Lettres, on a mis en place un atelier culturel, La fabrique des mythes, pour travailler sur ce thème. Il y a aussi le journal du lycée. Nous avions une radio, mais elle ne fonctionne plus faute de moyen et parce qu’il faut du personnel très compétent...
Et il y a l’UNSS évidemment, avec pas mal d’élèves qui sortent dans les premiers aux championnats. Notre lycée accueille la section “Hand” du Pôle Espoir féminin. Ce sont des élèves triées sur le volet et du coup, l’internat accueille aussi des élèves de 3e qui sont en Pôle Espoir et des élèves d’IUT, lorsqu’ils ne sont pas du Port. C’est vrai que cela donne aussi du dynamisme, ces rencontres entre élèves d’établissements différents.
Propos recueillis par P. David, Le Port - 21 mars 2008
Section européenne
Une section européenne existe à Jean Hinglo. Elle concerne les élèves de 2nde à la Terminale qui ont déjà suivi ce cursus en collège depuis la 4ème (Albius, Titan). Cette année, une quarantaine d’élèves se répartissent dans trois classes de Seconde.
Bourse d’Allemagne
Une élève germaniste du lycée Hinglo, Marina Ignace, de la classe de Daniel Schuler, vient d’être sélectionnée pour la Bourse de voyage et d’étude que l’Allemagne accorde chaque année à notre Académie à deux élèves germanistes de Seconde. Le 2e lauréat est originaire du lycée de Bellepierre. Chaque lycée peut présenter un candidat. Les candidats sont retenus sur la base de leurs acquis en allemand, leur aptitude à communiquer oralement, leur rayonnement personnel, leur esprit d’équipe et leur capacité à s’intégrer à un groupe international. Le choix définitif des lauréats est fait après un exposé de l’élève et un entretien avec le jury académique de la Bourse d’Allemagne (http://allemand.ac-reunion.fr). Les deux lauréat(e)s vont passer un mois, le plus souvent en juillet, dans une famille allemande du land de Baden-Württemberg, avec des visites à Hambourg, Berlin et Munich. Pendant le séjour, ils ont 3 heures quotidiennes de conversation dans un lycée.
Nos peines
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