À La Réunion l’école est obligatoire et doit être gratuite

Allocation de rentrée scolaire (ARS) : pourquoi faire financer par les cotisations des travailleurs à la CAF les profits de la grande distribution ?

4 août, par Manuel Marchal

À La Réunion, l’école est obligatoire et gratuite de 6 à 16 ans. Pourtant, chaque rentrée scolaire oblige les familles réunionnaises à supporter des dépenses pour acheter cahiers, stylos, classeurs et autres fournitures. Une situation anormale alors qu’une autre organisation, plus juste et plus efficace, est possible. Après les fêtes de fin d’année, la rentrée scolaire constitue le deuxième temps fort de l’activité commerciale à La Réunion. Les enseignes de la grande distribution rivalisent d’offres pour capter cette manne financière.

À La Réunion, chaque mois d’août, le versement de l’Allocation de rentrée scolaire (ARS) par la CAF est attendu comme une bouffée d’oxygène. Officiellement destinée à préparer la rentrée des enfants, cette aide déclenche aussi l’ouverture des grandes braderies commerciales et une avalanche de publicités.

Deuxième temps fort de l’activité commerciale après les fêtes de fin d’année

Le calendrier n’a rien d’un hasard. Après les fêtes de fin d’année, la rentrée scolaire constitue le deuxième temps fort de l’activité commerciale à La Réunion. Les enseignes de la grande distribution rivalisent d’offres pour capter cette manne financière. Au final, bien qu’une partie importante de l’ARS est absorbée par les achats de fournitures scolaires, une autre sert à acquérir des biens sans lien avec l’école, de l’électroménager aux équipements divers. Dans tous les cas, ce sont surtout les grandes enseignes qui en retirent les bénéfices, avant que ces profits ne soient, pour une large part, rapatriés vers leurs sièges situés en France.

Pour une école gratuite

Pourquoi ne pas considérer les fournitures scolaires comme un véritable service public, au même titre que l’enseignement lui-même ? Les communes pour les écoles primaires, le Conseil départemental pour les collèges et la Région pour les lycées pourraient acheter directement, par appels d’offres, l’ensemble des fournitures nécessaires à chaque élève.
Les financements existent. L’État rappelle lui-même que la Dotation globale de fonctionnement (DGF), rapportée au nombre d’habitants, est plus élevée à La Réunion qu’en France. À cela s’ajoutent les recettes de l’octroi de mer, dont l’objectif est précisément de financer les collectivités par un impôt payé par les pauvres, la classe la plus nombreuse à La Réunion. Une partie de ces ressources pourrait être consacrée à garantir la gratuité réelle de la scolarité.

Renforcer l’égalité, réduire les coûts

Les avantages seraient nombreux. Les familles n’auraient plus à courir les magasins ni à comparer les prix. Chaque enfant disposerait des mêmes fournitures dès le premier jour de classe, renforçant ainsi l’égalité entre les élèves. Les achats groupés permettraient également de réduire les coûts grâce à la commande en grande quantité et d’imposer des critères favorisant les productions locales ou respectueuses de l’environnement.

Affaiblir le système néocolonial

Cette mesure aurait aussi une conséquence importante : l’ARS ne serait plus détournée de sa vocation initiale pour alimenter les chiffres d’affaires de la grande distribution. Les sommes ainsi économisées pourraient rester dans les caisses de la CAF afin de financer d’autres besoins sociaux des familles réunionnaises, ou conduire à une redéfinition plus efficace des politiques publiques en faveur de l’enfance.
À l’heure où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure et où La Réunion doit rompre avec une économie néocoloniale, où l’argent venu de France sous forme d’allocations est recyclé en profits privés rapatriés en France, la gratuité effective des fournitures scolaires mérite d’être placée au cœur du débat public. L’éducation est un droit. Les outils indispensables pour apprendre doivent être gratuits.

M.M.

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