Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Visite de Gabriel Attal, ministre de l’Éducation nationale
17 août 2023, par

Depuis l’abolition du statut colonial à La Réunion, notre société est rapidement passée d’une économie de plantation et d’industries où existaient le plein emploi et la surexploitation des travailleurs à une société dominée par le secteur des services. Cette évolution oblige à acquérir des compétences qui sont validées par un diplôme. Même si à La Réunion, le diplôme est loin de protéger du chômage, il s’avère que plus le niveau de diplôme est élevé, moins le taux de chômage est important. Mais obtenir un diplôme suppose une réussite scolaire. A La Réunion, les conditions de la réussite scolaire du plus grand nombre sont loin d’être présentes.
Plusieurs problèmes sont connus comme cause de l’échec scolaire à La Réunion, et donc de l’impossibilité de décrocher un diplôme pour trouver plus facilement un travail dans une économie largement dominée par le secteur des services. « Témoignages » en a évoqué plusieurs dans l’édition d’hier. Dans son Oté, Justin rappelait la nécessité d’un calendrier scolaire adapté à notre climat, avec donc les grandes vacances en été, saison des cyclones et des fortes chaleurs. Un autre obstacle est l’obligation du français comme langue d’enseignement alors qu’à La Réunion la langue maternelle est le créole.
A la lecture du programme de la visite officielle de Gabriel Attal, ministre de l’Éducation nationale, ces grands problèmes ne feront pas l’objet d’une séquence spécifique. Ceci amène immanquablement à s’interroger.
Lutte contre le harcèlement à l’école, éducation au numérique et au développement durable, prérentrée des enseignants, rentrée des élèves : aussi importants soient les thèmes des séquences de la visite de Gabriel Attal, ministre de l’Éducation nationale, ils ne sont pas spécifiques à La Réunion. Mais le calendrier scolaire et le rôle de la langue d’enseignement ne font pas l’objet de séquences de la visite officielle, alors que ce sont des questions spécifiques à La Réunion et qui entrent en compte dans la réussite scolaire.
La revendication d’un calendrier scolaire calqué sur celui de la Kanaky Nouvelle-Calédonie — territoire de la République comme La Réunion — avec fin de l’année scolaire en décembre et rentrée fin février, début mars, a pour but d’éviter aux élèves et leurs encadrants les mois les plus chauds de l’été et la période où le risque de cyclone est le plus élevé. Les dernières données scientifiques sur le climat indiquent que 2023 sera au moins une des années les plus chaudes jamais mesurées tandis que ce mois de juillet a été le plus chaud depuis que les relevés de températures existent. Il faut donc s’attendre à la même tendance pour cet été à La Réunion. Et ce ne sera pas le dernier été de ce genre, car le changement climatique tend à faire de ces températures extrêmes la norme. Difficile dans ces conditions d’apprendre sereinement, sans oublier qu’avec le passage d’un cyclone, ce sont plusieurs journées d’école perdues et donc autant de temps en moins pour acquérir des connaissances sanctionnées par un diplôme.
La question du français comme langue d’enseignement privilégie une minorité francophone au détriment d’une majorité de Réunionnais créolophones. Le fait de ne pas bien comprendre un énoncé et de ne pas oser demander des précisions à l’enseignant constitue d’emblée un obstacle sur la route vers le diplôme.
Manifestement, Paris manque pour le moins d’imagination sur ces questions spécifiques à La Réunion en matière de réussite scolaire. Elles sont pourtant essentielles. Quelles que soient les raisons de cette absence, il apparaît clairement que si les responsabilités de définir un calendrier scolaire et une langue d’enseignement appartenaient aux Réunionnais, ces questions ne manqueraient pas d’être débattues en vue d’un règlement le plus rapide possible. L’État pourrait décider de faire confiance aux Réunionnais sur ces points en accompagnant la prise de décision.
Avec un calendrier scolaire adapté à notre climat et la prise en compte de la réalité linguistique des Réunionnais, nul doute que l’échec scolaire diminuera à La Réunion. Ceci permettra alors à bien plus de Réunionnais d’obtenir les qualifications nécessaires pour répondre aux besoins d’une société de service. Ceci enlèvera également un prétexte aux recrutements lointains de cadres et de techniciens sensés répondre à un déficit de compétences à La Réunion, selon les promoteurs de cette politique. Ainsi l’école contribuera fortement au droit des Réunionnais à travailler à La Réunion.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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