Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

Cliquez et soutenez la candidature des Chagossiens au Prix Nobel de la Paix

Accueil > Développement > Education-Formation

Développer le créole à l’école pour faire reculer l’illettrisme

Pourquoi la langue maternelle n’est-elle pas une langue d’enseignement ?

samedi 9 septembre 2023, par Manuel Marchal


Les sondages successifs publiés par Lofis la lang kréol La Rényon montrent une adhésion croissante de la population au créole à l’école, ainsi qu’au fait que le créole soit une langue. Il incombe donc au système éducatif à La Réunion de prendre en compte cette réalité afin que le français ne soit plus la langue d’enseignement imposée afin de lutter contre l’illettrisme et de favoriser la réussite scolaire du plus grand nombre.


« Le fait de parler créole dans les foyers réunionnais peut-il être un frein à l’apprentissage de la langue française dès le plus jeune âge ? », tel était le thème d’un sondage sur Clicanoo le 7 septembre dernier. Et notre confrère de préciser : « ce sujet est d’autant plus crucial que le taux d’illettrisme à La Réunion est de 21 %, soit deux fois supérieur à celui de l’Hexagone (9 %). Est-ce que la présence du créole dans les foyers est un facteur à prendre en compte ? »
Manifestement, la question fait le lien entre la pratique du créole dans la vie quotidienne et le taux d’illettrisme en comparant la situation entre La Réunion, où le créole est la langue maternelle, et la France, où le créole n’est pas la langue maternelle. Ce point de vue semble décalé.

81 % pour le créole à l’école

En effet, malgré le rouleau compresseur de l’assimilation, le créole a résisté. A la différence de régions situées en France, la langue régionale à La Réunion reste la langue maternelle. Le travail du Parti communiste réunionnais et des militants culturels a payé. C’est ce que rappellent plusieurs sondages de Lofis la lang kréol La Rényon.
A la question, pensez-vous que le créole est une langue, 85 % des personnes interrogées répondaient « oui » en 2021, contre 74 % en 2009.
Concernant le créole à l’école, la progression est encore plus spectaculaire, avec 81 % des personnes interrogées en 2021 « pour le créole à l’école » contre seulement 61 % en 2009.
Par conséquent, il importe au système éducatif de tenir compte de cette réalité. Tout d’abord, le créole est la langue maternelle de la majorité des Réunionnais, ensuite à La Réunion le créole est très largement majoritairement considéré comme une langue, enfin le créole à l’école est une revendication partagée par une très grande majorité là aussi.
Or, actuellement, le français est la langue d’enseignement exclusive et l’utilisation du créole n’est pas obligatoire.

Le français n’est pas la meilleure « langue de l’ouverture »

Parmi les arguments des défenseurs du français comme langue d’enseignement à La Réunion figure l’idée selon laquelle le créole n’est pas une langue d’ouverture, car le français est parlé par un plus grand nombre de locuteurs.
Mais dans ce cas, pourquoi ne pas aller au bout de cette logique et faire de l’anglais la langue d’enseignement en France, puisque l’anglais est en effet une langue parlée dans un plus grand nombre de pays que le français ? Nul doute que si les écoliers français arrivaient en classe avec comme langue d’enseignement l’anglais sans apprentissage préalable, ils seraient pénalisés par rapport aux anglophones, et ils connaîtraient un échec scolaire plus important. En France, la langue maternelle est la langue d’enseignement au détriment de la « langue de l’ouverture ».
Ceci montre que cet argument de la « langue de l’ouverture » ne tient pas.

Tenir compte de la réalité linguistique

A La Réunion, la logique voudrait que le créole soit la langue d’enseignement et que l’apprentissage du français suive la même pédagogie que pour l’apprentissage d’autres langues telles que l’anglais, l’hindi, ou le mandarin. L’université française propose d’ailleurs un très bon cursus pour former des professeurs dans ce domaine, c’est la Mention « Français langue étrangère ».
Tenir compte de la réalité linguistique de La Réunion permettra alors de lutter efficacement contre l’échec scolaire et de faire reculer l’illettrisme. Faire du créole une langue d’enseignement sera donc profitable au plus grand nombre.

M.M.


Un message, un commentaire ?

signaler contenu


Facebook Twitter Linkedin Google plus