Echec scolaire, où va la France ?

24 juillet 2008, par Edith Poulbassia

L’échec scolaire est l’une des principales causes du chômage des jeunes. Sans diplôme, sans qualification, il est plus difficile de trouver un emploi. En 2000, l’Union Européenne a fixé un objectif à ses pays membres : réduire la part des jeunes sans diplômes d’ici 2010. Mais la France est-elle sur la bonne voie ?

Le bac, par exemple, connaît un taux d’échec non négligeable. (photo Toniox)

Les jeunes sont les premiers exclus de l’emploi, surtout lorsqu’ils sont sans diplômes. Chaque année, des milliers de jeunes sortent du lycée sans diplôme et peinent à suivre une formation. « En 2004, 117.000 jeunes sont sortis de formation initiale sans diplôme du second cycle de l’enseignement secondaire. Ces sorties représentent environ 17% de chaque génération ». Pour ces jeunes qui se retrouvent en situation de recherche d’emploi, la concurrence est rude. Ils ne peuvent prétendre le plus souvent qu’à des emplois précaires et peu rémunérés. « Dans la situation présente, les finances publiques s’épuisent dans une lutte contre le chômage au travers d’emplois subventionnés via des allègements de cotisations sociales patronales sur les bas salaires ou d’aides massives aux emplois de services à la personne », constate le CERC (Conseil de l’emploi des revenus et de la cohésion sociale) dans une étude sur l’insertion des jeunes sans diplôme, alors que c’est contre l’échec scolaire qu’il faut agir en urgence. Pour augmenter les chances d’insertion, l’Union Européenne s’est fixé un objectif, celui de réduire la part des non-diplômés. En 2005, plus de 16% des 25-29 ans en France n’avait pas de diplôme de l’enseignement secondaire. Un pourcentage qui place la France au 13ème rang des pays européens, comme la Finlande (9,9%), la Suède, l’Autriche.
Mais quelle est la stratégie de la France pour augmenter le nombre de diplômés ? Le gouvernement réforme à tout va pour, affirme-t-il, lutter contre l’échec scolaire, mais il supprime les moyens de l’Éducation nationale (postes d’enseignants, personnels d’éducation). Pour les jeunes adultes sortis du système scolaire et sans formation, le RSA (Revenu de Solidarité Active) a été évoqué comme une possibilité d’insertion, grâce à un volet accompagnement et formation. Mais le dispositif est reporté à 2010. On peut donc s’interroger sur une réelle volonté de la France d’atteindre l’objectif européen.
D’autres pays, pourtant cités en exemple par la France, ont pris de l’avance. Même si un système n’est pas transférable d’un pays à l’autre, et que tout n’est pas bon à prendre, l’Etat français pourrait s’inspirer de certaines initiatives.

Un exemple, le système éducatif finlandais

La Finlande est le pays de l’Europe des 15 où le taux de sorties du système éducatif sans diplôme est le plus faible. Seulement 7% des élèves ne poursuivent pas directement leurs études après la scolarité obligatoire.
La lutte contre l’échec scolaire commence dès la petite enfance. Comme en Suède, le mode de gardes des enfants est très développé, et ce pour toutes les catégories sociales. Les municipalités ont l’obligation d’assurer l’accueil des enfants de un à six ans, et une année de pré scolarisation des enfants de six ou sept ans est proposée aux parents, que ce soit en jardin d’enfants ou à l’école. L’enseignement fondamental à lieu de 7 à 16 ans, au sein d’un même établissement.
De 7 à 13 ans, le cursus est le même pour tous les élèves. Mais une grande attention est portée aux difficultés de chacun.
A partir de 13 ans et jusqu’à 16 ans, les élèves choisissent des options, et les moyens sont mis à disposition pour détecter et réduire les situations d’échec.
« Des professeurs spécialisés sont présents dans tous les établissements au niveau secondaire inférieur, afin d’apporter une aide ciblée aux élèves qui éprouvent des difficultés à un moment de leur cursus dans une ou plusieurs matières. Il n’y a pas plus de cinq élèves pris en charge par un professeur spécialisé pour une durée variable. Ces professeurs spécialisés sont présents aussi dans les lycées et les écoles professionnelles. En moyenne, un élève sur six a recours à un enseignant spécialisé au cours de sa scolarité. En plus de l’enseignant spécialisé, il y a dans la commune ou dans l’école un psychologue, un orthophoniste, une assistante scolaire et une infirmière ».
Depuis le début des années 2000, le gouvernement a fait de la réduction du nombre de sorties sans diplôme, une priorité. Pour y parvenir, il a développé l’enseignement de rattrapage, renforcé le suivi des élèves, accru les services sociaux fournis aux élèves, amélioré la prise en compte des besoins spécifiques de certains élèves et développé l’éducation et la formation des immigrés, précise le CERC.
De plus les élèves ont droit à de véritables séances de Conseil d’orientation chaque semaine. « A partir de 15 ans, ces séances deviennent davantage une éducation à l’orientation. L’école organise aussi régulièrement des entretiens individuels avec le conseiller d’orientation. Enfin, tous les enseignants sont formés à l’orientation scolaire. Tout ceci aide les élèves à construire leur parcours scolaire ».
Enfin, les élèves ne sont pas notés jusqu’à l’âge de 12 ans pour ne pas stresser les enfants les plus lents à l’acquisition des savoirs et compétences, et ne pas les stigmatiser. Sans compter que « chacun peut progresser à son rythme sans intérioriser, s’il ne suit pas le rythme "normal", le sentiment d’insuffisance qui engendre souvent ensuite des échecs ultérieurs, et une image de soi dégradée. Les familles sont néanmoins informées des progrès de leur enfant ». Le redoublement n’est pas pratiqué, les connaissances sont validées en fonction du rythme de l’élève. Ainsi, au lycée, c’est à l’élève de choisir certaines matières obligatoires au baccalauréat et le niveau de difficulté des épreuves.

Edith Poulbassia


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