Entretien avec le Recteur de l’Académie Poitou-Charentes, ancien président de l’Université de La Réunion

Frédéric Cadet prône le ’savoir partir pour revenir riche de savoirs’

2 octobre 2006

’Je suis un Réunionnais et, quel que soit l’endroit dans le monde où je me trouve, je veux rendre service à mon île’. En mission pour quelques jours à La Réunion (voir encadré), Frédéric Cadet a fait part à ’Témoignages’ de sa vision des réalités réunionnaises. Comme on le verra, il reste fidèle à la devise qu’il défendait quand il était président de l’Université de La Réunion : ’S’ouvrir au monde’.

"Témoignages" : À 42 ans, vous avez déjà derrière vous une riche carrière à La Réunion et ailleurs comme chercheur, enseignant, doyen de la faculté des Sciences puis président de l’Université de La Réunion et, depuis deux ans et demi, Recteur de l’Académie de Poitou-Charentes à Poitiers. On a donc envie de vous demander quel regard vous portez sur les problèmes réunionnais...

Frédéric Cadet : D’abord je tiens à dire que je suis un Réunionnais et que, quel que soit l’endroit dans le monde où je me trouve, je veux rendre service à mon île. Je suis toujours intéressé par les problèmes du développement économique et social de La Réunion ; je souhaite donc contribuer à leur résolution de façon constructive et prospective.
Il y a de vraies difficultés dans notre île, comme le taux de chômage élevé, et des contraintes particulières. Mais nous disposons également de leviers spécifiques, comme notre richesse pluriculturelle et notre matière grise, notre jeunesse formée au standard européen et international. Nous devons donc valoriser tous nos atouts, comme cela a déjà été fait par exemple dans le tourisme, qui a vu une forte croissance ces quinze dernières années.

Quelle orientation faut-il prendre pour résoudre nos problèmes ?

- Lorsque j’étais président de l’Université de La Réunion, j’ai fait afficher cette devise : "S’ouvrir au monde". À mon avis, ce qui conditionne la réussite d’un individu comme d’un territoire, c’est sa capacité de s’ouvrir à l’extérieur pour s’inscrire dans une économie du savoir et de la connaissance.
Nous devons nous orienter dans cette voie afin de consolider nos relations avec les pays de notre région, bien au-delà du premier cercle, comme l’Inde, la Chine, l’Australie et l’Afrique du Sud. Ces relations ne doivent pas être circonstancielles mais constantes ; elles doivent s’inscrire dans la durée : on valide une coopération avec les différents partenaires et on s’y tient.
En tout cas, il faut un accord global des Réunionnais sur nos relations internationales au cours des vingt ans à venir. L’Université de La Réunion peut jouer un grand rôle pour cultiver des liens de co-développement avec les grandes puissances de l’Océan Indien.

Faut-il donner davantage de responsabilités dans ce sens aux élus réunionnais ?

- À mon avis, le plus important, c’est la volonté politique. Il faut dépasser les petites querelles et les susceptibilités. Si l’on a des projets de coopération partagés, il nous appartient de les mettre en œuvre avec le soutien des différentes instances et alors on est, on sera toujours, capable d’atteindre nos objectifs. Mon expérience montre qu’à la base il faut déjà avoir un projet, des projets. Soyons nous-mêmes audacieux et ambitieux pour notre île ; personne d’autre ne le sera à notre place.

Quelles autres sphères vous semble-t-il nécessaire de développer pour relever les grands défis du pays ?

- Je pense qu’il faut également à la fois renforcer et élargir la formation de notre jeunesse, car "l’esprit est notre avenir". Pour cela, nous devons être capables d’atteindre une excellence diversifiée en matière de formation. Et cela, toujours dans un esprit d’ouverture sur le monde, comme je le disais tout à l’heure. Je souhaiterais presque que chaque jeune réunionnais puisse avoir pour devise : "Savoir partir pour revenir riche de savoirs". La mobilité est devenue un élément essentiel de la formation dans le cadre de la société de la connaissance mondialisée dans laquelle nous évoluons.
Il faut anticiper sur tous les besoins en formation de La Réunion et surtout ne jamais dévaloriser les formations professionnelles.
Une autre idée que je défends c’est la nécessité de doter notre île de symboles forts, à l’image de l’Île Maurice avec sa cybercité. Si demain le développement de La Réunion se fait sur la base d’une économie de services de haut niveau, il nous faudra des symboles forts dans ce sens.
Enfin, il me paraît nécessaire de développer l’économie sociale et solidaire, avec les soins aux personnes, les soins à domicile. Et donc les formations qui vont avec.

Entretien : L. B.


Un programme chargé

Arrivé à La Réunion jeudi dernier, Frédéric Cadet a déjeuné avec le président et le directeur général du Conseil Économique et Social Régional (CESR) ; puis il a rencontré le recteur de La Réunion et participé à la soutenance de thèse de doctorat de Rajesh Thangudu.
Vendredi, il a déjeuné avec des universitaires, eu un échange avec le Laboratoire de Biochimie et Génétique Moléculaire, un entretien avec J. Smadja, doyen de la Faculté des Sciences et Technologies, et enfin participé à la soutenance de thèse de doctorat de Manoj Tyagi avant de participer à un dîner/débat avec des chefs d’entreprises de La Réunion. Samedi, il a participé à la soutenance de l’habilitation à diriger des recherches de Bernard Offmann puis signé une convention entre le Conseil Général de La Réunion et le CROUS de Poitiers pour l’accueil d’étudiants réunionnais en cité universitaire dans les 4 départements de l’Académie (Vienne, Deux Sèvres, Charente et Charente Maritime). Enfin, il a participé à un colloque sur la bioinformatique à Saint-Gilles.
Après diverses rencontres dimanche, il est reparti pour la France dans la soirée.


Un accompagnateur de dossiers réunionnais

Depuis son départ de La Réunion pour le Rectorat de Poitiers, Frédéric Cadet a continué à accompagner plusieurs grands dossiers réunionnais auprès des instances nationales, comme le pôle de compétitivité, la Faculté de Médecine et le Centre Hospitalier Universitaire, le Centre de recherche sur les maladies émergentes, le handicap dans les DOM, le Cyclotron, l’école d’ingénieurs (ESIDAI), l’Institut Confucius.
Se définissant comme "ambassadeur de La Réunion en métropole", il a démontré qu’il reste également sensible aux questions du co-développement régional. C’est le cas par exemple ces jours-ci à travers les soutenances de thèse de doctorat de deux étudiants Indiens venus faire leur travail de doctorants à La Réunion en bioinformatique suite aux accords de coopération qu’il avait signés en tant que président de l’Université en 2003 et 2004 avec les universités et centres de recherche indiens après l’accord signé entre la Région Réunion et l’État du Karnataka.


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