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Horaires du bac : La Réunion amarrée à la France

Le bac 2019 commence aujourd’hui

Manuel Marchal / 17 juin 2019

12592 Réunionnais commencent aujourd’hui les épreuves du baccalauréat à la même heure qu’en France, soit deux heures plus tard par rapport au rythme scolaire normal. Outre cette particularité qui n’existe pas ailleurs, va immanquablement se poser la question du devenir de ces jeunes dans une île où plus de moitié des moins de 25 ans sont au chômage.

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Photo Toniox

Les épreuves du baccalauréat 2019 entrent dans le vif du sujet aujourd’hui avec la philosophie et les épreuves anticipées de français. 12592 Réunionnais sont concernés par la philosophie. Ils composeront à la même heure qu’en France, c’est-à-dire que certains commenceront à 10 heures pour finir au plus tard à 14 heures, tandis que les élèves passant les épreuves de français entameront l’épreuve à 16 heures et pourront terminer jusqu’à 20 heures. Ces horaires inhabituels s’expliquent par un alignement sur la France, en raison de l’utilisation des mêmes sujets. Or à 10000 kilomètres d’ici, les candidats au bac 2019 pourront donc plancher à leurs heures habituelles de scolarité.

Ce décalage de deux heures est une illustration de l’assimilation à La Réunion. Force est de constater que cette assimilation progresse. En effet, quand le ministère de l’Éducation nationale avait aligné pour la première fois les horaires des épreuves de La Réunion sur ceux de la France, cela avait soulevé de nombreuses protestations qui avaient amené l’administration à faire machine arrière l’année suivante. Puis les autorités sont revenues à la charge et apparemment cette question de l’horaire ne fait plus débat. Ceci n’est pas sans rappeler une autre avancée de l’assimilation : la réduction de la durée des vacances d’été au profit d’un allongement des vacances d’hiver qui coïncident avec l’été boréal. Rares sont en effet les pays qui obligent les écoles à ouvrir pendant la période la plus chaude de l’année, qui plus est dans un climat tropical. Là aussi, les protestations restent discrètes.

Le bac à une heure du matin aux Antilles ?

Pourtant, le décalage de deux heures imposés aux candidats réunionnais au bac n’est-elle pas une première rupture d’égalité ? Cela dénote en tout cas d’une volonté de montrer aux Réunionnais qu’ils ne doivent regarder que vers la France, quitte à passer l’examen donnant droit au premier grade universitaire à des heures anormales.

Il est pourtant possible de laisser les Réunionnais de composer à des heures habituelles, à condition de faire l’effort de travailler sur des sujets différents, mais de même difficulté qu’en France. En effet, jusqu’à preuve du contraire, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane par exemple, les candidats au baccalauréat ne sont pas convoqués à 1 heure du matin pour composer, ce qui est pourtant dans la logique de ce qui est imposé aux Réunionnais. C’est donc bien la démonstration qu’il est possible de faire autrement, sans perturber le rythme biologique de 12592 candidats réunionnais.

Quel avenir ?

Sur ce nombre de candidats, sans doute seront-ils plus de 10.000 cette année à obtenir le bac. 10.000 bacheliers par an, c’est une richesse. Mais la volonté politique des autorités responsables de l’emploi est-elle de valoriser cette richesse dans son pays ?

Il s’avère en effet que plus de la moitié des jeunes qui ont quitté l’école sont au chômage. Ceci touche également d’anciens bacheliers devenus diplômés de l’enseignement supérieur. Le taux de chômage est encore plus important chez les jeunes qui ont quitté l’école avec un diplôme de niveau inférieur au bac, et dépasse 60 % chez ceux qui n’ont pas réussi à obtenir un diplôme au cours d’une scolarité qui a duré au moins 10 ans.

La jeunesse est donc une des principales victimes d’un système qui interdit à la moitié de la population active d’avoir droit à un emploi stable suffisamment rémunéré.

M.M.