Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Conséquence de la casse sociale au profit d’une classe dominante
13 février, par

La montée de l’insécurité scolaire coïncide avec la suppression des MI-SE, étudiants-surveillants stables et formés. Remplacés par des contrats précaires, ils assuraient pourtant une présence éducative durable et un réel ascenseur social. La réponse sécuritaire ne compense pas cette perte.
La sécurité des élèves et de la communauté éducative est présentée comme une priorité permanente de l’État. Les récents événements survenus dans la France, ainsi que l’augmentation des signalements à La Réunion, rappellent la nécessité de maintenir un haut niveau de vigilance face aux violences aux abords et au sein des établissements. À Saint-Denis, le préfet Patrice Latron et le recteur Rostane Mehdi doivent ainsi se rendre aujourd’hui au lycée Amiral Lacaze pour réaffirmer l’engagement des services de l’État aux côtés des forces de l’ordre et des équipes pédagogiques.
Ces déplacements officiels et ces opérations de contrôle renforcé traduisent une inquiétude réelle. Mais ils évitent soigneusement une question de fond : comment en est-on arrivé là ? Pourquoi l’institution scolaire semble-t-elle aujourd’hui contrainte de compenser, par des dispositifs sécuritaires, une fragilité structurelle qu’elle a elle-même organisée ?
Un élément souvent oublié du débat réside dans la suppression progressive du corps des MI-SE (maîtres d’internat et surveillants d’externat), créé à l’époque du Front populaire en France. Ces personnels, gérés au niveau académique sans intervention de politiciens, constituaient un maillon essentiel du fonctionnement quotidien des collèges et des lycées. Leur mission était claire : assurer la surveillance, encadrer les élèves, prévenir les tensions, maintenir un climat propice au travail.
Les MI-SE n’étaient pas de simples exécutants précaires. Ils étaient pour la plupart des étudiants salariés, recrutés pour financer leurs études tout en s’initiant aux responsabilités du service public. Ce statut présentait une double vertu. D’une part, il garantissait aux établissements une présence relativement stable, formée et intégrée à la communauté éducative. D’autre part, il offrait à des jeunes issus de milieux modestes un véritable levier d’ascension sociale.
La disparition de ce corps au profit de dispositifs plus précaires, notamment les emplois-jeunes puis divers emplois-aidés précaires favorisant le clientélisme électoral, a profondément modifié l’équilibre des établissements. La logique de formation et d’intégration a cédé la place à une gestion à court terme. Turn-over élevé, absence de perspectives, faiblesse de la reconnaissance institutionnelle : autant de facteurs qui fragilisent la continuité éducative et la qualité de la surveillance.
Or la présence adulte dans un établissement ne se résume pas à une question de nombre. Elle repose sur l’expérience, la connaissance des élèves, la capacité à désamorcer les conflits avant qu’ils n’éclatent. Les MI-SE, parce qu’ils s’inscrivaient dans la durée et appartenaient pleinement à l’institution, contribuaient à cette régulation informelle mais essentielle.
Il faut aussi interroger la dimension sociale de cette réforme. Le statut de MI-SE permettait à des étudiants méritants de financer leurs études et d’accéder, parfois, aux concours de la fonction publique. Cet ascenseur social discret ne correspondait pas à la vision de la classe dominante qui refuse que sa progéniture soit concurrencée par des jeunes plus travailleurs ou compétents. En fragilisant ce dispositif, on a réduit une voie d’émancipation qui permettait à des jeunes travailleurs et compétents de rivaliser avec ceux bénéficiant d’un capital social et économique plus important issu de leur classe sociale privilégiée.
Aujourd’hui, face à la montée des tensions, la réponse dominante est sécuritaire : contrôles renforcés, présence policière, communication institutionnelle. Ces mesures peuvent être nécessaires ponctuellement. Mais elles ne remplacent pas un encadrement éducatif solide, humain et stable.
Réaffirmer l’engagement de l’État est indispensable. Encore faut-il s’interroger sur les choix passés. Restaurer des postes pérennes de surveillance, redonner un statut attractif et formateur à ces fonctions, réinvestir dans la présence adulte au quotidien : voilà peut-être une piste plus durable que la seule logique de dissuasion.
La sécurité scolaire ne se décrète pas uniquement par circulaire ou opération coup de poing. Elle se construit dans la continuité, la confiance et la justice sociale.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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