IUFM : ’Numerus clausus’ tacite ?

23 août 2006

En cette rentrée, le Rectorat fait venir 860 enseignants de France faute d’avoir préparé en interne les réponses aux besoins de l’île. ’Est-ce de la provocation ?’, demande le PCR. Peut-être, mais alors concertée, puisqu’il aurait suffit que l’IUFM accroisse ses promotions sur plusieurs années. C’est tout l’inverse qui se produit : chaque année, le nombre des laissés pour compte à la porte de l’IUFM est plus important que le nombre des ’intégrés’. Vous avez dit provocation...?

Sabrina* est étudiante dans le Sud de l’île. Elle a accompli des études brillantes, en dépit de ses origines sociales très modestes. Ses parents, salariés au SMIC tous les deux, ont tout fait pour lui permettre de suivre un cursus qu’elle a poussé jusqu’au Master 1 en sciences de l’éducation.
Arrivée à 22 ans au niveau de la maîtrise, elle se présente au concours de l’IUFM et fait partie du lot des candidats reçus. Elle pensait pouvoir intégrer l’école et se préparer à enseigner. Eh bien non ! En effet, elle fait partie des 58% de "reçus" laissés sur "liste d’attente". Que pourraient-ils attendre d’ailleurs ? L’année suivante et le prochain concours, avec de la chance...
Etre sur une liste d’attente à la 20ème ou à la 350ème place, cela ne change pas grand-chose au sentiment d’exclusion qui accable les candidats reçus-jetés. Mais dans le cas de Sabrina, les sacrifices financiers faits par la famille ajoutent à la déception. Elle découvre avec stupéfaction que sa Maîtrise ne lui vaut aucun point supplémentaire ; que des candidats moins diplômés, mais boursiers ou ayant fait des stages dans des écoles, obtiennent des points supplémentaires qui lui ont été refusés.
"En revanche, si je pars en France, je passe de l’indice 4 à l’indice 17 et là je peux avoir droit à une bourse", déclare-t-elle.
Pourquoi l’IUFM pousserait-il ainsi des jeunes Réunionnais au rebut ou à l’exil alors que nous manquons d’enseignants ? Pourquoi, au lieu de préparer 250 enseignants par promotion, l’IUFM ne s’est-il pas donné les moyens d’en recevoir et préparer 400 ou 500 ?
L’institution répondra peut-être à ces questions dans la semaine. Pour le moment, l’effet produit est celui d’un "numerus clausus" qui ne dit pas son nom et qui donne le sentiment d’une irresponsabilité institutionnelle devant les efforts des familles, les attentes des jeunes et les besoins du pays.

P. David

*Sabrina est un pseudonyme.


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Témoignages - 82e année


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