Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Nous sommes invités à réfléchir sur l’action politique (page 42 dans “Du rêve à l’action”)
25 octobre 2008

« L’homme est naturellement un animal politique », selon Aristote. Ainsi, le philosophe grec voulait signifier que la politique est inhérente à l’activité humaine. Certes, la Cité hellénique était entre les mains des citoyens qui agissaient directement au sein de l’agora. Cependant, aujourd’hui, nonobstant le fait que les démocraties se réclament du modèle grec, celles-ci sont des systèmes représentatifs. Le citoyen contemporain s’occupe effectivement de la “polis” (“Cité” en grec), mais ceci à travers une représentation nationale. D’après Paul Valéry, la politique est action de contrainte et d’illusion sur les esprits des citoyens. En outre, la politique est imprégnée d’une volonté de conquérir. Pour gouverner ou diriger la Cité, l’homme politique recourt effectivement à un certain nombre de règles. Ces dernières sont inscrites dans les constitutions de chaque nation. Le droit constitutionnel encadre les relations entre gouvernants et gouvernés. Cet encadrement juridique contribue donc à clarifier le “jeu politique” au sein d’un Etat. Il existe bien une contrainte supérieure donnée par la norme constitutionnelle dans la mesure où celle-ci s’impose à tous puisqu’elle est acceptée par tous. La politique, si contraignante qu’elle puisse être, n’est donc pas une activité qui relève de l’inanité. Dès lors, il semble important de souligner que « la politique est l’art de conduire des bipèdes sans cornes et sans plumes », comme l’a dit ironiquement Platon. Selon Paul Valéry, observateur sceptique de la politique, il semble que la contrainte pour l’exercice du pouvoir est bien réelle, en dépit du fait qu’il s’agisse d’un art... politique. Néanmoins, cet aspect artistique se retrouve surtout dans les techniques « illusionnistes » des politiques. Il semblerait que Paul Valéry veuille mettre en exergue l’action d’illusion engendrée par les tenants de la politique. Voudrait-il démontrer que ce qui est perçu par les citoyens est du domaine de l’irréel ? Ainsi, le citoyen serait-il juste l’épigone de l’action des décideurs ?
Force est donc de constater que le citoyen, en démocratie représentative, ne peut qu’accepter les décisions venues des politiques. La souveraineté nationale appartient certes au peuple (article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) ; mais, une fois cette souveraineté déléguée aux représentants de la Nation, le citoyen n’a plus que l’illusion du pouvoir... Toute la rhétorique développée par les hommes politiques au cours des campagnes électorales tend à exposer un monde meilleur. L’objectif étant, à l’évidence, selon Paul Valéry, de conquérir et de conserver le pouvoir. Ainsi, De Gaulle n’a-t-il pas mis en place le suffrage universel direct en 1962 pour acquérir un pouvoir plus “personnel” ? car, nanti de la souveraineté nationale, il pouvait de cette façon mieux maîtriser son pouvoir face à un parlementarisme rationnalisé. Par ailleurs, François Mitterrand insistait, lors de son alliance avec le Parti Communiste Français, sur le fait que « l’union est un combat ». Le terme, si belliqueux soit-il, montrait bien l’idée de lutte pour obtenir la victoire. Le monde politique semble alors réservé à une classe d’initiés, seuls détenteurs de l’action décisionnelle. Cette manière de voir peut être étayée par Bergson lorsqu’il parle de « monde clos » au sujet du champ ou du domaine politique. Aussi assiste-t-on, de plus en plus, à l’irruption des citoyens dans le domaine politique à l’aide des associations telles qu’Agir Pou Nout Tout, Comité de Lutte contre l’Exclusion ou des altermondialistes dans le but de faire entendre la voix citoyenne. La conciliation, voire la réconciliation, de l’homme politique avec le citoyen semble aujourd’hui bien compromise ...
Rémy Massain
Nos peines
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