Conséquence du système néocolonial

Rentrée à l’Université : à La Réunion, la précarité étudiante atteint un point de rupture

26 août, par Manuel Marchal

À La Réunion, la rentrée universitaire se fait sous le poids d’une vie chère. Loyers élevés, manque de logements CROUS et alimentation hors de prix fragilisent les étudiants : plus d’un sur deux sauterait régulièrement des repas. Le recours au « sugar daddies  » illustre cette précarité et ses risques. L’UNEF réclame 200 euros de complément de bourse, l’encadrement des loyers, davantage de logements CROUS et une allocation d’autonomie.

Alors que les étudiants réunionnais s’apprêtent à faire leur rentrée universitaire, l’UNEF publie son enquête annuelle sur le coût de la vie étudiante. Si la hausse se poursuit à l’échelle de la France — 1,66 % en 2026, portant le reste à charge mensuel moyen à 1 300 euros — le syndicat alerte sur les inégalités territoriales. Dans les anciennes colonies devenues départements français en 1946, les jeunes sont « les grands oubliés des politiques publiques » et supportent chaque année 314 à 408 euros de dépenses supplémentaires par rapport à la France. À La Réunion, les représentants locaux estiment que ces chiffres globaux sous‑estiment la réalité, où le coût de la vie à cause de la surrémunération, l’inflation et l’insularité creusent un écart bien plus large.

Logement et alimentation : deux facteurs d’aggravation

Le logement reste le premier poste de dépenses et la principale source d’inégalités. Dans le parc privé de Saint‑Denis, les loyers des studios grimpent fréquemment entre 400 et 600 euros hors charges, rendant la décohabitation quasi impossible sans soutien familial. Parallèlement, les places en résidences CROUS sont insuffisantes : elles ne peuvent accueillir que 15 % des étudiants boursiers, excluant de fait de nombreux étudiants, notamment les non‑boursiers.

L’alimentation aggrave la situation. Le prix des produits courants — celui de certains laitages peuvent être multipliés par cinq par rapport à la France — pousse plus de la moitié des étudiants à sauter régulièrement des repas. Face à cette urgence, l’UNEF et les associations locales multiplient les distributions de colis alimentaires sur les campus.

Le phénomène des « sugar daddies » : retour de l’esclavage

Dans ce contexte de vie chère, un phénomène préoccupant gagne du terrain : le recours aux sugar daddies. Sous couvert de « relations mutuellement bénéfiques » via des sites web, des étudiantes acceptent une contrepartie financière de la part de vieux hommes (loyer, courses, frais d’inscription) en échange de compagnie, voire de relations sexuelles. À La Réunion, l’effet d’impasse est puissant : face à des bourses insuffisantes, à l’absence de soutien familial dans des foyers touchés par le chômage souvent depuis plusieurs générations et à l’impossibilité de trouver un emploi étudiant, le sugar dating apparaît comme une solution de dernier recours pour éviter l’abandon des études.
Beaucoup dénoncent une « prostitution en col blanc » subie par nécessité économique, qui expose les jeunes à une détresse psychologique, un isolement et une dépendance financière totale vis‑à‑vis d’un tiers plus âgé, avec des risques de violences et d’esclavage.

Des revendications urgentes

Pour répondre à cette crise, l’UNEF réclame des mesures immédiates : la revalorisation de 200 euros du complément de bourse pour les étudiants des anciennes colonies devenues départements français en 1946 (le complément actuel de 30 euros étant jugé « largement dérisoire »), l’encadrement strict des loyers privés dans les agglomérations universitaires, l’augmentation massive des investissements pour construire des résidences CROUS, et la mise en place d’une allocation d’autonomie universelle avec gratuité des transports publics.

Ce phénomène des sugar daddies ne doit pas être traité sous l’angle moral, mais bien comme un symptôme de la faillite du système d’aides sociales étudiantes. Une revalorisation immédiate des bourses à hauteur du coût de la vie est indispensable pour que les étudiants réunionnais puissent se consacrer à leurs études, et non à leur survie.

M.M.

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