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20 août 2019, par

La première partie de la visite ministérielle d’hier a concerné une école maternelle de Saint-Denis. L’apprentissage de langues étrangères dès ce niveau de classe a été salué. Après une séquence au Port où aucune annonce concrète n’a été notée, Jean-Michel Blanquer a rencontré des syndicats qui ont préféré écourter la réunion en raison de l’intransigeance du ministre. Cerise sur le gateau, ce dernier a assuré que « la langue de la République est le français ». Tout ceci souligne qu’il n’y a aucune volonté d’améliorer les chances de réussite des Réunionnais dans le système éducatif.
Comme souvent, une visite ministérielle comprend des séquences où sont montrées des expérimentations apparemment réussies, des visites d’établissement avec un personnel tiré à quatre épingles, et des annonces. Car dans le système actuel, beaucoup souhaitent encore que Paris réfléchisse à leur place et leur dicte la marche à suivre.
Concernant l’expérimentation, le ministre a salué les efforts faits dans une école maternelle de Saint-Denis pour favoriser l’apprentissage des langues étrangères à ce niveau. Il reste néanmoins un écueil sérieux que le ministre a rappelé plus tard : « la langue de la République est le français ». Cela signifie donc que pour le représentant de Paris, la langue naturelle d’expression à La Réunion est le français. Or ce n’est pas la réalité à La Réunion.
En effet, la langue maternelle de la plupart des Réunionnais est le créole, le français est donc pour eux une langue étrangère. Mais elle n’est pas enseignée en tant que tel dans le système éducatif en place à La Réunion. C’est comme si en France, la langue d’enseignement était l’anglais, et le français réduit à une option à partir du collège. Nul doute que dans ces conditions, il serait plus difficiles pour les jeunes français d’avoir les mêmes résultats scolaires.
La seconde remarque concerne les langues qui sont proposées. Ce sont sans doute des langues européennes, c’est-à-dire de pays situés à des milliers de kilomètres de La Réunion. Il y a fort à parier que le malgache, le swahili ou les langues comoriennes ne sont pas proposées alors que ce sont les langues de nos voisins.
Comme l’exemple du calendrier scolaire, celui du remplacement de la langue maternelle par une langue étrangère dans le système éducatif a pour résultat de plus grandes difficultés d’apprentissage pour les Réunionnais. Sachant que dans le système français, le diplôme est un facteur important pour éviter le chômage, ce sésame est bien plus dur à décrocher pour les Réunionnais. Par conséquent, un tiers d’entre eux quitte l’école sans diplôme, ce qui ouvre la voie à une vie de précarité. Par la suite, Paris a beau jeu de dire que le recours à des cadres immigrés peut s’imposer à La Réunion faute de compétences locales, car la France ne donne pas aux Réunionnais les moyens de réussir un parcours scolaire à la hauteur de leur potentiel.
Devant un tel constat de faillite et pour mettre fin à ce gâchis, il est plus qu’urgent de transférer la responsabilité de l’éducation aux Réunionnais, dans le cadre d’un projet de développement durable et cohérent, base de la négociation d’un partenariat avec la France qui remplacera la relation néocoloniale actuelle.
M.M.
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