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4 juin, parNos peines
Centre de recherche et de veille sur les maladies émergentes
29 mai 2006

Le passage du chef du gouvernement à La Réunion constitue la pose symbolique de la première pierre du futur centre de recherche et de veille de l’Océan Indien sur les maladies émergentes. Un projet novateur par son fonctionnement, sa forme juridique, sa dimension, et qui impulse le développement de la recherche scientifique de très haut niveau à La Réunion et sur le plan national. La prochaine étape logique sera la création d’une faculté de médecine de l’Océan Indien, sous la forme d’un CHRU.
Depuis les annonces du Premier ministre, on en sait davantage sur les modalités de fonctionnement du centre de recherche et de veille sur les maladies émergentes. Il prendra la forme d’un Groupement d’intérêts scientifiques qui correspond au schéma juridique des Groupements d’intérêts dans les secteurs public ou économique, sauf que cela s’applique cette fois à la recherche.
Décloisonnement
Ce choix d’orientation est décisif car il permet d’avoir, non pas un fonctionnement par délégations de services avec les organismes sanitaires existants, mais plusieurs organismes en son sein, de la veille humaine, à l’entomologique, de l’animale à l’environnementale, et ce pour parvenir à "un télescope du vivant", comme qualifié par le Premier ministre. Le gouvernement a fait le choix d’un fonctionnement totalement novateur pour ce type de structure, et l’on peut imager qu’il a dû se confronter aux réticences des organismes nationaux qui fonctionnaient jusque-là en toute autonomie dans ce domaine, de façon verticale. Avec un comité scientifique de très haut niveau - composé de moitié par des chercheurs internationaux, et donc animé par des travaux scientifiques de même dimension - le centre disposera d’une vraie politique à sa tête, mais aussi d’une expertise sanitaire et scientifique locale renforcée. "C’est tout le côté génial du projet", commente Christian Mériau, responsable du pôle santé de la Région, créé il y a 8 mois, diplômé de l’École nationale de Santé de Rennes et ancien directeur adjoint du CHD puis du GHSR. "Il oblige, les uns et les autres, à sortir de leurs chapelles, pour travailler ensembles. Chacun est obligé d’abandonner ces prérogatives." Et ce décloisonnement des spécialités et des hommes, sur le plan médical et scientifique, est indispensable si l’on veut, par le biais d’échanges de données et de techniques utiles, optimiser l’efficacité d’un système de veille.
"Météorologie sanitaire"
Mais la formalisation de ce centre ne peut se limiter à cet aspect franco-français. La deuxième étape est de préparer l’Océan Indien à ce projet, et c’est ce que le docteur et vice-présidente du Conseil régional Catherine Gaud a déjà amorcé les 16 et 17 mars derniers à Tananarive, face aux ministres des Affaires étrangères de la COI qui ont déjà accepté le principe du centre.
Car mettre en place un système de veille sanitaire régional inclut de prendre en compte les pays de la COI. En 2003, la dengue de La Réunion venait des Seychelles ; en 2004, une épidémie de rougeole sévissait à Anjouan...
Notre île, “porte d’entrée” pour les épidémies, maladies émergentes et infectieuses, ouverte sur le monde, ne peut se passer de la collaboration des pays de la zone pour en comprendre et mieux appréhender les mécanismes. Et c’est là qu’intervient encore le professeur Antoine Flahault et son expérience de la “météorologie sanitaire” qui consiste à créer un réseau sentinelle élargi pour sonner l’alerte puis l’alarme, deux concepts bien distincts : l’un qui consiste à monter au sommet de la tour pour faire le guet et l’autre à prendre les armes, tant que la connaissance et la maîtrise du phénomène sanitaire le permet. Il lui a fallu 20 ans pour parvenir à un tel schéma d’organisation en France pour prévenir les vagues de grippe ou de gastro-entérite.
Des dizaines d’emplois
Le centre va aussi dynamiser la recherche locale, la création d’emplois. Même si pour l’heure, les besoins en ressources humaines sont difficiles à quantifier, Christian Mériau augure plusieurs dizaines de chercheurs, mais aussi de techniciens. L’objectif est de fonder un projet qui parte de l’expertise et des savoirs locaux pour développer des compétences nationales mais aussi internationales, pour atteindre un pôle d’excellence, compétitif, tourné vers le développement de la recherche. Les chercheurs de haut niveau de l’IRD ne seront plus obligés de se rendre à Porto Rico ou en Thaïlande, mais disposeront d’un outil de recherche français, dans une zone géographique stratégique.
Selon Christian Mériau, la volonté de la France est d’apporter "une réponse épidémiologique, conjoncturelle, politique, dans un environnement tropical, francophone et francophile." Le mémorandum qu’elle présentera prochainement à l’ONU a pour objectif de permettre la labellisation du projet par les organismes internationaux chargés de la santé et du bien-être (OMS, UNICEF...) afin de générer une collaboration internationale et de renforcer ainsi la notion de recherche pluridisciplinaire et de santé.
Préfigurer le CHRU maintenant
Au-delà de la volonté politique et scientifique réelle, ce n’est pas tant les investissements nationaux, locaux et internationaux (par le biais des programmes de recherche sur les maladies émergentes) qu’il faudra gérer que l’exploitation des ressources humaines. "Si l’on arrive à faire un réseau de recherche dynamique et qui fonctionne bien, on préfigure le futur CHRU de l’Océan Indien. La Réunion bénéficiera alors d’une faculté de médecine qui délivrera une formation permanente aux États de la zone pour constituer un vrai réseau médical élargi." Et pour Christian Mériau, il faut profiter aujourd’hui de la cohérence des perspectives pour poser des délais et des objectifs dès maintenant. Les hôpitaux du Nord et du Sud travaillent main dans la main dans le cadre du CHR qui va être validé, La Réunion a maintenant besoin d’un enseignement médical.
Stéphanie Longeras
- Calendrier du projet
L’urgence est devant nous
Parallèlement aux programmes de recherche en cours, un calendrier serré est aujourd’hui établi. C’est une prérogative nécessaire pour permettre d’être plus organisé, de bénéficier d’un réseau d’informations valides à l’arrivée de l’été austral.
Juin-Septembre 2006 : missions de préfiguration et construction d’un cahier des charges avec la communauté de l’océan Indien, sur la base de la proposition de La Réunion-Mayotte.
Octobre 2006 : inscription du projet dans le programme international d’observation et de recherche des différents organismes internationaux et en Loi de Finances.
Octobre 2006 : accord sur une programmation pluriannuelle de budgets d’investissement et de fonctionnement ; engagement budgétaire pour les activités du 4ème trimestre 2006.
Novembre 2006 : appel à candidatures des ressources humaines et contractualisation des recrutements pour le réseau pilote (phase pilote de 12 mois). Appel d’offre et contractualisation des activités de recherche à partir des moyens existants.
Décembre 2006 : Démarrage en phase initiale avec les moyens existants. Évaluation de la phase pilote pour proposition de recadrage des besoins. Avant-projets sommaires et/ou pose des premières pierres des bâtiments nouveaux.
Janvier 2007 et toute l’année 2007 : renforcement progressif en moyens humains suivant l’avancement des travaux de la plate-forme, des priorités identifiées après la phase pilote, des appels à candidatures. Constructions et livraison des structures complémentaires.
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