Carrières sanitaires et sociales

Une promotion exceptionnelle

10 août 2006

Il y a plusieurs voies possibles pour qui veut travailler dans les métiers de l’action sanitaire et sociale. Celle suivie par le public de l’organisme de formation ORDIA n’était pas la plus facile : ses 18 postulantes ont néanmoins connu un taux de réussite exceptionnel (80%) fêté dans l’Ouest, mardi. Coup de chapeau à des femmes-courage.

Il se trouve que les promues préparées au BEP des Carrières Sanitaires et Sociales (CSS) par Ordia, au Port, sont toutes des femmes. Le seul garçon du groupe, trop jeune - à peine 20 ans - ou trop fragile, n’est pas allé jusqu’à l’examen, ainsi que deux autres femmes du groupe. Les 18 au départ étaient donc 15 à passer les épreuves. Elles sont 12 à l’avoir réussi, et même assez brillamment, avec une moyenne de notes située entre 11 et 14. À la recherche d’un emploi, elles sont âgées de 22 à 41 ans et ont accompli en huit mois - dont deux mois passés en stage - une préparation que l’Education nationale propose, en formation initiale, sur deux ans.
C’est leur parcours que nous a détaillé Solenn Bonnassies, gérante de l’organisme de formation qui a, dans ce cas d’espèce, la fierté particulière d’aboutir à ce résultat pour la première promotion de BEP-CSS inscrite au programme régional de Formation professionnelle, financé par la Région Réunion et le Fonds Social Européen (FSE).

Un diplôme polyvalent...

Cette formation s’adresse à des personnes qui veulent travailler auprès des enfants, des personnes âgées et hospitalisées, en accédant à un diplôme reconnu alliant formation théorique et pratique. Le BEP-CSS leur donne la possibilité de travailler dans des structures liées à la petite enfance (crèches, écoles...) ou auprès de personnes âgées ou handicapées. L’une des inscrites, handicapée elle-même et déjà titulaire d’un CAP "Petite enfance", a lâché la formation en cours de route pour prendre un emploi d’accompagnante d’enfant handicapé, auprès d’une association.
"Entre le diplôme et l’insertion, elle a choisi l’insertion", approuve Solenn Bonnassies.
Non seulement le diplôme est polyvalent et permet une insertion diversifiée, mais il peut aussi permettre de "raccrocher" avec les études.
"C’est surtout vrai pour les très jeunes", explique la responsable de ORDIA. Avec ce diplôme, les jeunes peuvent ensuite tenter les concours d’auxiliaire-puéricultrice, ou l’Ecole d’aide-soignante ou encore celle de préparateur en pharmacie. Ils n’ont "que" l’oral à passer... avec il est vrai tous les aléas des concours. "Ici, ils sont saturés : on a 3000 candidats pour 30 places, de sorte que je conseille souvent aux jeunes d’aller passer le concours en France, où c’est plus accessible", ajoute Solenn Bonnassies, en ouvrant le chapitre mobilité. De toutes façons, c’est difficile et la volonté des candidats est mise à l’épreuve. La responsable d’ORDIA évoque le cas d’une jeune femme qui est partie en France pour sa formation en confiant pendant deux ans sa fillette à ses proches.

... Et beaucoup de débouchés

Mais il n’y a pas que la voie des concours. Pour lutter contre "l’érosion scolaire" - c’est-à-dire la sortie du système de nombreux jeunes sans diplôme - l’Education nationale cherche à réintégrer tous ceux qui veulent et peuvent reprendre des études.
"Le BEP-CSS leur permet de réintégrer une Première en Sciences médico-sociale (SMS) et de passer le Bac, indispensable pour qui veut être infirmière", poursuit Solenn Bonnassies, en encourageant vivement les jeunes que tente cette carrière à aller voir un conseiller d’orientation de l’Education nationale pour le montage de leur dossier. "Il faut un solide dossier et cela fait partie de leur mission que de lutter contre l’érosion scolaire", ajoute-t-elle. Le raccrochage avec la formation initiale peut se faire soit par les filières générales, soit par le BTS, auquel les jeunes peuvent accéder même sans le Bac... à condition de se battre. Moniteur-éducateur, travailleuses familiales, animateur technique d’éducation populaire sont aussi des débouchés accessibles pour qui veut reprendre des études.
"On manque de candidats sur les postes de "haut niveau", à Bac+2 ou Bac+3 ; en revanche il y a pléthore sur les postes moins qualifiés". Et là encore, pour les carrières d’infirmière, elle pousse les candidats à aller faire leurs études en France, où ils ne sont pas assez nombreux. "A l’école d’infirmières d’ici, avec deux classes, on forme au maximum 40 personnes par an".
Partir ? "C’est toujours un problème, surtout quand il y a des enfants. Cela entraîne toujours des sacrifices, mais le jeu en vaut la chandelle", assure la formatrice.
Les débouchés ne concernent pas que les cadres. À l’exception du Port, plutôt bien équipé en structures "petite enfance", elles manquent partout et ne peuvent que se développer. Il faudra aussi de plus en plus d’intervenants à domicile, pour les personnes âgées. Les besoins sont très importants, jusque dans les écoles où les assistantes maternelles demandent à être formées.

Les débouchés, donc, ne manquent pas. Le plus difficile est d’arriver à décrocher le diplôme et l’histoire de ce petit groupe du Port, sur huit mois, est un condensé des efforts qu’il leur a toutes fallu faire pour aller jusqu’au bout. Toutes, formateurs et apprenants, savent ce qui leur en a coûté. Et au
moment de célébrer leur réussite, tout le monde ou presque était présent. "Cela a été un vrai moment de bonheur - dit la formatrice. Se dire qu’on a des résultats et que les gens sont contents d’avoir atteint leur objectif. C’est le bonheur du coach quand il voit son équipe gagner".

P. David


La promotion 2006

Beaucoup de mères de familles

Elles sont quinze femmes âgées de 22 à 41 ans, la plupart chargée de famille et elles ont suivi 850 heures de formation au centre et 280 heures en entreprise, en février et en avril. Toutes inscrites à l’ANPE, elles avaient des projets professionnels touchant au domaine sanitaire et social.
"Beaucoup avaient rompu avec les études depuis longtemps et leur réussite équivaut à une revalorisation d’elles-mêmes", raconte Solenn Bonnassies, en expliquant pourquoi ORDIA a voulu porter un toast à ces stagiaires en leur remettant leur diplôme. "L’une d’elles, 25 ans, cinq enfants, venait à pied ou en vélo depuis Plateau-Caillou. Une autre se traînait une réputation de "nulle en maths" qui n’a pas résisté à ses résultats à l’examen", ajoute la formatrice.
38,5% de la promotion souhaite faire carrière en centre hospitalier comme aide-soignante, 23% pense travailler auprès de personnes âgées et 23% veulent être auxiliaires-puéricultrices. Un peu plus de 15% envisage aussi bien de travailler auprès d’enfants qu’avec des personnes âgées ou dépendantes.
ORDIA sait que sa responsabilité vis-à-vis de ces femmes s’arrête là ; néanmoins l’organisme se prépare à un suivi (à 6 mois) pour voir comment va se réaliser l’insertion des diplômées.


Fabienne Corré

"Ce qui nous a soutenues, c’est le groupe"

La plus forte impression que Fabienne Corré garde de cette année de formation, vient de la cohésion du groupe. "La plupart des femmes du groupe était maman et on était toutes sorties de l’école très jeunes. Moi-même j’ai quitté l’école en 5e. À un moment, on a pensé abandonner, mais on s’est accroché... C’était dur : la maison, les enfants, le travail à faire... Mais c’était bien. Tout le monde nous a soutenues, c’était très intensif... Au début, on ne comprenait même pas les termes médicaux", dit-elle.
"Doyenne" de la promotion à 41 ans, elle dit avoir été sur la fin "un peu la maman de toutes les autres". Mais elle a su convaincre les membres du jury (Education nationale) qu’"il n’y a pas d’âge pour se frotter à un examen".
Elle va s’efforcer de continuer des études d’aide-soignante, et envisagerait bien aussi, si la première voie se ferme devant elle, de prendre deux personnes âgées à domicile.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • bonjour j ai lu votre article et il a retenue toute mon attention j ai 38 ans et je suis sorti de l ecole a 16 ans sans diplome j ai ensuite élévé mes 3 enfants pendant 17ans j aimeraiqs maintenant essayez de rentrer dans le monde sanitaire et social mais je ne sais pas par ou je dois commencer une formation mais je ne voudrais pas qu elle soit payant car je n es pas beaucoup de moyen j aimerais penser un peu a moi maintenant que les enfants ont grandi et pouvoir venir en aide aux autres ma toujours bien plus merci de pouvoir me renseigner et bravo pour vos articles ! mme. le gal.

  • bonjour j’ai lu votre article qui ma beaucoup plus, j’ai 32 ans et je posséde un bep secrétarait, j’ai 2 enfants.En ce moment je suis aide-domicile sur la commune de Saint-pierre en contrat renouvelable chaque année j’aime beaucoup le contact avec les personnes agées.Je voudrai obtenir un diplome dans ce secteur pour avoir plus de chance d’aquérir un emploi durabe. je vous remercie d’avance de faire paraitre mon message Merci


Témoignages - 82e année


+ Lus