Les énergies solaire et éolienne moins chères que le thermique produit à La Réunion

Baisser les prix d’au moins 50 % sans EDF et Albioma, c’est possible à La Réunion

13 mai, par Manuel Marchal

Le rapport « 24/7 renewables » de l’Agence internationale des énergies renouvelables montre que les systèmes associant solaire, éolien et batteries peuvent désormais fournir une électricité continue à un coût compétitif face aux énergies fossiles (bois et colza importés, charbon, pétrole, uranium). Pour La Réunion, qui importe 90 % de son énergie notamment via EDF et Albioma, cette évolution ouvre la voie à une autonomie énergétique locale. Grâce au soleil, le prix de l’électricité pourrait baisser de plus de 50 %.

Alors que le solaire photovoltaïque et l’éolien sont désormais les sources d’électricité les moins coûteuses dans une grande partie du monde, la transition énergétique entre dans une nouvelle phase. Le défi n’est plus seulement de produire une énergie propre à bas coût, mais de garantir une électricité disponible à toute heure, de manière fiable et continue. C’est précisément l’objet du rapport « 24/7 renewables : The economics of firm solar and wind », publié en mai 2026 par l’Agence internationale des énergies renouvelables.

Assurer un approvisionnement 24 heures sur 24 malgré l’intermittence

L’étude analyse l’évolution rapide des systèmes hybrides associant solaire, éolien terrestre et batteries de stockage. Ces installations « co-localisées » permettent de fournir une électricité dite « pilotable », capable d’assurer un approvisionnement 24 heures sur 24 malgré l’intermittence des renouvelables. Pour mesurer cette compétitivité, le rapport introduit un nouvel indicateur : le « firm LCOE » (coût actualisé de l’électricité pilotable), conçu comme une référence transparente pour évaluer le coût réel d’une fourniture continue d’électricité verte.
Les conclusions sont marquantes. Le coût de l’électricité renouvelable pilotable a fortement diminué ces dernières années dans toutes les grandes régions du monde. Dans les zones bénéficiant d’un fort ensoleillement ou de ressources éoliennes de qualité, ces systèmes hybrides sont déjà capables de produire une électricité la moins chère.
La Chine apparaît aujourd’hui comme le pays établissant le coût de référence mondial grâce à sa puissance industrielle et à ses capacités de production d’équipements. Mais d’autres pays progressent rapidement. Le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Australie ou encore les pays du Golfe enregistrent des baisses de coûts rapides qui rapprochent les renouvelables pilotables de la parité économique avec le charbon ou le gaz.

Potentiel considérable à La Réunion

Ces évolutions présentent un intérêt particulier pour des territoires insulaires comme La Réunion. L’île importe encore près de 90 % de son énergie, ce qui la rend fortement dépendante des marchés internationaux et des stratégies de groupes extérieurs. Le secteur énergétique réunionnais reste largement dominé par des entreprises étrangères comme EDF et Albioma. EDF utilise notamment des agrocarburants importés d’Europe, tandis qu’Albioma alimente ses centrales avec du bois venu de forêts situées sur d’autres continents. Cette dépendance aux importations pèse lourdement sur les coûts, augmentant la facture et sur l’empreinte environnementale du système énergétique local.
Le rapport rappelle pourtant qu’une autre voie est possible. Grâce à son ensoleillement exceptionnel, La Réunion dispose d’un potentiel considérable pour produire localement une électricité solaire compétitive. En combinant panneaux photovoltaïques et batteries de stockage, il devient envisageable de fournir une électricité renouvelable disponible jour et nuit, tout en réduisant fortement les coûts. Les enseignements du rapport montrent qu’une baisse de plus de 50 % du prix de l’électricité est désormais techniquement et économiquement envisageable à La Réunion.
Au-delà des chiffres, l’étude souligne un changement structurel majeur du secteur énergétique mondial. Les technologies nécessaires à une production renouvelable continue arrivent à maturité, les coûts diminuent rapidement et la demande progresse fortement. Pour des territoires insulaires comme La Réunion, l’enjeu dépasse la seule transition écologique : il s’agit aussi de souveraineté énergétique, de maîtrise des prix et de développement économique local.

M.M.

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