Illustration du sous-développement à La Réunion

Délestage massif : 275.000 usagers privés d’électricité

9 mars, par Manuel Marchal

À La Réunion hier, un délestage massif décidé par EDF car la production ne suivait pas la consommation a privé des centaines de milliers d’usagers d’électricité. Des pannes dans plusieurs centrales exploitées par EDF et Albioma ont révélé la fragilité d’un système énergétique archaïque car centralisé et dépendant d’énergies importées par ces sociétés extérieures à La Réunion. Cet épisode souligne l’urgence d’un modèle fondé sur l’autonomie énergétique et le solaire.

Hier, La Réunion a connu un délestage électrique d’une ampleur exceptionnelle. En quelques minutes, des centaines de milliers d’usagers ont été privés d’électricité dans de nombreuses communes du pays. Ce type de situation rappelle les coupures massives observées dans certains pays de l’océan Indien comme Madagascar. Pourtant, pour un territoire présenté comme soi-disant moderne et développé, cet épisode pose une question essentielle : comment un tel blackout a-t-il pu se produire ?

EDF incapable de répondre à la demande

Selon les informations diffusées par les autorités, les producteurs d’électricité n’étaient plus en mesure de répondre à la demande après des pannes sur plusieurs centrales. Les opérateurs EDF et Albioma ont alors procédé à un vaste délestage pour éviter l’effondrement total du réseau.
Dans la matinée du dimanche 8 mars, les coupures ont touché de nombreuses communes, notamment Saint-Denis, La Réunion, Saint-André, Saint-Joseph, ou encore Le Tampon. Les habitants ont subi des interruptions de courant d’une durée variable selon les secteurs. Au total, près de 275 000 usagers ont été affectés sur l’ensemble de l’île.
Les équipes techniques sont finalement parvenues à rétablir progressivement l’alimentation et le courant est revenu dans les foyers peu avant 13 heures. Par la suite, EDF a expliqué qu’un défaut sur le réseau haute tension avait provoqué l’arrêt de plusieurs moyens de production. Les systèmes automatiques de protection auraient permis d’éviter une panne encore plus étendue.

Mais pcet incident dépasse la simple panne technique. Il révèle surtout les limites d’un modèle énergétique reposant sur des infrastructures dépassées car centralisées et sur des combustibles importés. Dans une île où l’ensoleillement est parmi les plus élevés au monde, cette dépendance apparaît comme un paradoxe majeur.
Le développement de l’autoconsommation photovoltaïque pourrait pourtant permettre aux habitants de produire une partie de leur électricité, de réduire leurs factures EDF et de diminuer la dépendance aux importations d’énergie. Mais ce modèle reste encore marginal alors même qu’il offrirait des perspectives d’autonomie énergétique pour le territoire.

A quand le réveil des Réunionnais ?

Cette situation s’inscrit dans un système économique hérité de l’histoire coloniale, où l’organisation de l’économie et des infrastructures maintient une forte dépendance vis-à-vis de la France. Ce système favorise avant tout les intérêts d’une minorité privilégiée, tout en freinant les solutions locales capables de renforcer l’autonomie économique et énergétique de l’île.

L’épisode de délestage d’hier agit donc comme un signal d’alarme. Il rappelle qu’au-delà des explications techniques, la question de l’énergie à La Réunion est aussi une question politique, économique et stratégique : celle du choix entre la dépendance et la construction d’un véritable développement durable fondé sur les ressources du pays.

M.M.

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