Suite à une diminution de leurs profits à cause de la hausse de ceux des compagnies pétrolières

Des patrons menacent de prendre La Réunion en otage

10 avril, par Manuel Marchal

Des patrons menacent de bloquer l’île avec des camions valant plus de 100 000 euros, souvent financés par la défiscalisation et donc par l’argent public. Ils utiliseraient leurs salariés comme supplétifs pour obtenir davantage d’aides payées par tous via l’octroi de mer. Un tel blocage ferait courir un risque majeur : pénuries, flambée des prix et mise en danger des plus vulnérables dans un pays où les pauvres sont majoritaires.

La crise des carburants prend un tournant inquiétant. Après la réunion du 8 avril 2026 à la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, certains transporteurs menacent de bloquer l’île dès lundi. Pourtant, une proposition a été mise sur la table : mobiliser les recettes supplémentaires d’octroi de mer liées à la hausse des prix pour soutenir le secteur.

Ce geste, financé par l’ensemble des automobilistes réunionnais, n’a pas suffi à calmer la colère de certains patrons. Ceux-ci envisagent désormais un rapport de force frontal. Ils utiliseraient pour cela des camions dont la valeur dépasse souvent 100 000 euros, acquis en partie grâce à des dispositifs publics comme la défiscalisation. Autrement dit, des outils de travail soutenus par l’argent collectif seraient mobilisés pour faire pression… afin d’obtenir davantage d’argent public.

Dans cette stratégie, les salariés seraient en première ligne, contraints de devenir les supplétifs d’un bras de fer économique décidé par leurs employeurs. Ce sont eux qui conduiraient les poids lourds, eux qui assumeraient la tension sur le terrain, alors que les décisions se prennent ailleurs.

Conséquences désastreuses à prévoir

Un blocage général aurait des conséquences désastreuses. La Réunion souffre d’une dépendance structurelle au tout-automobile : tout circule par camion. Produits alimentaires, médicaments, matériaux, carburants eux-mêmes. Paralyser les axes routiers, c’est interrompre la chaîne d’approvisionnement.

Très vite, des pénuries de produits de première nécessité pourraient apparaître dans les commerces faute de ravitaillement. Les rayons vides alimenteraient l’inquiétude, puis la spéculation. Dans un territoire où les pauvres sont majoritaires, une nouvelle flambée des prix serait socialement explosive. Ceux qui consacrent déjà l’essentiel de leurs revenus à se nourrir seraient les premiers frappés.

À cela s’ajoute le risque sanitaire. Les patients dépendants de transports pour accéder aux soins pourraient être empêchés de se rendre à l’hôpital. Les embouteillages bloqueraient les ambulances et les secours. Chaque retard dans la prise en charge d’un accident vasculaire cérébral, d’un infarctus ou d’un traumatisme grave peut entraîner un handicap irréversible, voire la mort.

La crise actuelle révèle un problème plus profond : la vulnérabilité d’un modèle fondé presque exclusivement sur la route et le pétrole importé. Tant que l’île restera dépendante de cette organisation, chaque tension internationale ou chaque conflit sectoriel pourra la paralyser.

Risque d’aggraver la précarité et de menacer des vies

Les difficultés des entreprises sont réelles. Mais la réponse ne peut être la mise à l’arrêt d’un territoire entier, au risque d’aggraver la précarité et de menacer des vies. L’heure est à la responsabilité. Les discussions doivent se poursuivre, avec exigence de transparence sur les marges pétrolières, conditionnement strict des aides publiques et engagement résolu vers des alternatives : transports collectifs performants, relance ferroviaire, autonomie énergétique.

M.M.

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