Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
L’impasse d’un système
18 avril, par

La hausse brutale des carburants n’est pas un simple accident économique. Elle met à nu une dépendance structurelle héritée d’un modèle imposé : celui d’un territoire maintenu sous perfusion d’importations, au bénéfice d’intérêts extérieurs. La récente explosion du prix du gazole hors taxe en est une illustration flagrante. Derrière le prétexte des tensions internationales, ce sont des marges qui augmentent. Dans ce contexte, la proposition de financer par l’argent public une baisse du prix des carburants apparaît pour ce qu’elle est : une impasse. Subventionner les prix, c’est accepter le système tel qu’il fonctionne. C’est faire payer la population pour compenser les abus de quelques-uns. C’est, en réalité, organiser la dépendance au lieu de la combattre.
Ce choix envoie un message dangereux aux compagnies pétrolières : vous pouvez augmenter vos prix, les collectivités paieront pour maintenir la paix sociale. On ne régule pas, on compense avec l’argent public. Il y a de quoi interroger la Chambre régionale des comptes sur la pertinence de cette dépense publique.
La distribution d’aides de la Région Réunion par Didier Robert pour acheter des billets d’avion pour la France a contribué à maintenir des prix élevés tout en subventionnant de plusieurs millions d’euros par an les compagnies aériennes desservant la France depuis La Réunion. Les compagnies aériennes n’avaient aucun intérêt à baisser leurs prix avec l’assurance d’une manne pour subventionner les billets d’avion compensant des tarifs très élevés
La flambée des carburants révèle une dépendance économique profonde, entretenue au profit d’intérêts extérieurs. Subventionner les prix avec de l’argent public ne résout rien : cela légitime un système déséquilibré où la collectivité compense les excès de quelques acteurs. Plutôt que de réguler et transformer, on paie pour maintenir un ordre injuste, au risque d’ancrer durablement la dépendance.
La hausse brutale des carburants ne tombe pas du ciel. Elle n’est ni un simple effet de conjoncture ni une fatalité imposée par les seules tensions internationales. Elle agit comme un révélateur : celui d’un modèle économique imposé, fondé sur la dépendance aux importations et structuré pour servir des intérêts qui ne sont pas ceux de la population réunionnaise.
L’explosion récente du prix du gazole hors taxe en dit long. Derrière les discours officiels, ce sont des marges qui s’ajustent à la hausse. Et face à cela, que propose-t-on ? D’utiliser l’argent public pour amortir le choc. Une réponse qui, sous couvert d’urgence sociale, enferme encore davantage le territoire dans une logique d’assistance et de résignation.
Car subventionner les carburants, ce n’est pas protéger durablement les citoyens. C’est accepter un système injuste sans le remettre en cause. C’est demander à la collectivité de payer pour compenser les dérives de quelques acteurs économiques. Autrement dit, c’est socialiser les pertes tout en laissant les profits se concentrer.
Ce mécanisme est dangereux. Il envoie un signal limpide aux compagnies pétrolières : augmentez vos prix, la puissance publique suivra pour éviter la contestation. On ne régule plus, on compense. On ne transforme pas, on colmate. Et pendant ce temps, la dépendance structurelle se renforce.
L’histoire récente offre pourtant un précédent éclairant. La politique de distribution d’aides pour les billets d’avion vers la France a entretenu des tarifs élevés tout en injectant des millions d’euros publics dans les caisses des compagnies aériennes. Pourquoi ces dernières auraient-elles réduit leurs prix, alors même que la puissance publique garantissait un flux financier compensant le coût des billets ? Ce choix politique a non seulement consolidé un système inflationniste, mais il a aussi contribué à torpiller une alternative visant une baisse structurelle des prix. Cette mesure visait à constituer une clientèle pour Didier Robert. Elle a permis de casser le projet d’Air Austral de baisser les prix de 30 % toute l’année pour tout le monde sans subvention grâce à une structure différente reprise par French Bee ;le long courrier low-cost avec un avion de nouvelle génération.
Aujourd’hui, la tentation est la même : utiliser l’argent public pour masquer les effets d’un modèle défaillant. Mais cette stratégie n’est pas neutre. Elle oriente les ressources collectives vers le maintien d’un système injuste, au lieu de financer sa transformation. Elle prive le territoire d’une capacité d’action pour construire une autonomie réelle, énergétique comme économique.
La question de la pertinence de la dépense publique est donc centrale. À qui profite-t-elle ? Sert-elle à corriger les inégalités ou à les entretenir ? Dans le cas présent, le doute n’est pas permis. Injecter des fonds publics pour compenser la hausse des carburants revient à soutenir indirectement l’augmentation des profits des compagnies pétrolières.
Dans ce contexte, demander des comptes n’a rien d’accessoire, c’est une exigence démocratique. La saisine de la Chambre régionale des comptes s’impose pour examiner, sans complaisance, l’usage des fonds publics et mesurer leur véritable impact. Car derrière chaque euro engagé, il y a un choix politique : celui de corriger les déséquilibres ou de les entretenir.
L’argent public ne peut pas servir de simple amortisseur face aux dérives d’un système économique déséquilibré. Il ne doit pas devenir l’outil discret qui compense les excès sans jamais les remettre en cause. Sa vocation est toute autre : il doit être un levier de transformation, capable d’orienter le développement vers plus de justice, de transparence et de responsabilité.
À La Réunion, cela signifie investir pour rompre avec la dépendance, notamment en matière énergétique. Continuer à subventionner des hausses de prix revient à financer l’impasse. À l’inverse, contrôler, évaluer et réorienter la dépense publique ouvre la voie à une véritable autonomie, au service de l’intérêt général.
Continuer sur la voie actuelle, c’est choisir la facilité à court terme et l’enfermement à long terme. Rompre avec cette logique suppose du courage politique : celui de réguler, de diversifier, et surtout de mettre fin à un système où la collectivité paie pour préserver les privilèges de quelques-uns.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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