Valoriser l’énergie solaire

Électricité : l’Afrique mise sur les batteries pour son autonomie énergétique, et La Réunion ?

12 août, par Manuel Marchal

Pendant que certains pays continuent de dépendre des énergies importées, l’Afrique accélère sa révolution énergétique. En Afrique du Sud comme en Égypte, le solaire associé aux batteries devient une composante majeure des nouveaux projets électriques. Une évolution qui montre qu’il est désormais possible de produire une électricité renouvelable tout en répondant aux besoins du réseau, y compris lorsque le soleil a disparu. La Réunion sera-t-elle le pays africain le plus en retard dans ce domaine pour préserver le système néocolonial qui repose sur la dépendance à des sociétés étrangères qui contrôlent l’économie et importent massivement de la biomasse ?

Photo : la centrale solaire de 500 MW à Abydos, près d’Assouan en Egypte, a été associée à un système de stockage de 300 MWh. Elle alimente plus de 500000 foyers.

Le stockage par batteries change la donne. L’électricité solaire produite en pleine journée peut être conservée pour être utilisée le soir, lorsque la consommation augmente. Les batteries contribuent également à stabiliser le réseau et à réduire la pression sur des infrastructures électriques parfois saturées.
L’Afrique du Sud est en train de passer à l’échelle industrielle. Le pays a attribué des contrats représentant environ 1 744 mégawatts de puissance et près de 7 000 mégawattheures de stockage. Ces installations doivent être mises en service en 2027 et 2028. Le système de batteries de Kenhardt fonctionne déjà et le projet Red Sands, d’une capacité de 612 MWh, est en construction.
Le mouvement dépasse les seuls programmes publics. Environ la moitié des projets sud-africains d’énergies renouvelables intègrent désormais du stockage. Les grandes entreprises installent elles aussi des batteries associées au solaire pour mieux contrôler leur consommation et réduire leur dépendance au réseau.

L’Égypte accélère à son tour

L’exemple égyptien est encore plus spectaculaire. Il y a à peine plus d’un an, le pays ne possédait aucune installation de batteries à grande échelle. En juillet 2025, une centrale solaire de 500 MW à Abydos, près d’Assouan, a été associée à un système de stockage de 300 MWh.
Depuis, les projets ont changé d’échelle. En janvier 2026, Scatec a signé un contrat pour une installation associant 1,95 GW de solaire et 3,9 GWh de batteries. Il s’agit du plus important projet solaire couplé au stockage annoncé en Afrique.
Deux autres installations, Nefertiti et Horus, doivent ajouter 1,5 GWh de stockage. L’investissement prévu atteint 442 millions de dollars, avec le soutien potentiel de financements internationaux.
Derrière ces chiffres se joue une transformation fondamentale : le stockage permet au solaire de devenir une véritable source d’électricité disponible à la demande. Il ne s’agit plus seulement de produire lorsque le soleil brille, mais de construire un système capable de stocker localement l’énergie et de la restituer lorsque la population en a besoin.

Une leçon pour La Réunion

Cette évolution devrait interpeller directement La Réunion. Notre île dispose d’un ensoleillement exceptionnel, mais continue de dépendre massivement d’énergies importées. Pourquoi importer des combustibles alors qu’une partie considérable de notre énergie pourrait être produite localement à partir du soleil ?
La réponse ne relève pas seulement de la technologie. Elle est aussi politique. Le modèle énergétique réunionnais a longtemps été construit autour de la dépendance aux importations et de grands opérateurs étrangers. Pendant ce temps, le potentiel solaire du pays reste insuffisamment exploité.
L’expérience de l’Afrique du Sud et de l’Égypte montre pourtant une voie différente : produire massivement de l’électricité solaire, stocker les excédents dans des batteries et les restituer aux heures de pointe.
Pour La Réunion, cette stratégie pourrait permettre de franchir une nouvelle étape. L’objectif ne devrait pas être de faire du photovoltaïque une énergie d’appoint, mais de faire du soleil la principale source d’électricité du pays, avec les batteries, l’hydraulique, l’éolien et les autres renouvelables assurant la complémentarité.

La Réunion en retard par rapport aux autres pays africains ?

Alors que des pays africains mettent en place les infrastructures de cette nouvelle révolution énergétique, La Réunion ne peut accepter de rester enfermée dans la dépendance aux importations. Le soleil est ici. La technologie existe. Les batteries permettent désormais de lever l’un des principaux obstacles au développement massif du photovoltaïque.
Ce qui est possible en Afrique doit aussi être possible à La Réunion. La véritable question est donc de savoir quand les responsables politiques décideront enfin de mettre les moyens nécessaires pour transformer cette richesse naturelle en souveraineté énergétique.
Alors que le continent africain, longtemps présenté comme incapable de rattraper son retard technologique, déploie des batteries à grande échelle pour valoriser son soleil, La Réunion, département français situé au large de l’Afrique, resterait enfermée dans un système énergétique qui importe massivement sa biomasse pour produire l’électricité.

Le soleil appartient à tout le monde

La question est donc politique. Le soleil appartient à tout le monde. Mais tant que La Réunion ne maîtrise pas les moyens de le transformer, de stocker son énergie et de l’utiliser pour répondre à ses besoins, cette richesse naturelle ne pourra pas être pleinement exploitée.
L’enjeu de la prochaine décennie devrait être clair : faire du solaire la première source d’électricité du pays, développer massivement le stockage et valoriser en priorité les ressources locales. Autrement dit, passer d’une énergie simplement « renouvelable » à une énergie véritablement réunionnaise.

M.M.

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