Annulation d’une course automobile en pleine crise des carburants à La Réunion

Interdiction du rallye de Petite Île pour raisons de sécurité

25 avril, par Manuel Marchal

En pleine crise des carburants, l’interdiction du rallye de Petite Île prévu les 2 et 3 mai apparaît comme une décision de bon sens. Au-delà des risques sécuritaires rappelés par plusieurs drames passés, ces courses en milieu urbanisé, spécificité réunionnaise rare ailleurs, posent question. Maintenir un tel événement en période de pénurie relevait d’une contradiction, illustrant le décalage entre impératifs de sobriété, sécurité publique et persistance d’un culte du tout-automobile.

À l’heure où La Réunion traverse une crise des carburants préoccupante, le maintien d’une compétition automobile prévue les 2 et 3 mai prochains apparaissait comme une aberration. Dans ce contexte tendu, la décision du préfet d’interdire ce rallye pour des raisons de sécurité relève du bon sens. Elle rappelle qu’au-delà du simple spectacle sportif, ce type d’épreuve pose de vraies questions, tant sur le plan de la sécurité publique que sur celui du sens politique et écologique.

Le préfet a d’ailleurs souligné une singularité réunionnaise rarement interrogée : les courses automobiles en milieu urbanisé ou semi-urbanisé, telles qu’elles se pratiquent sur l’île, n’ont quasiment pas d’équivalent ailleurs. Cette exception n’a rien d’anodin. Elle expose riverains, spectateurs et concurrents à des risques importants. Ces dernières années, plusieurs drames ont rappelé la dangerosité de ces compétitions, avec des décès liés à des pertes de contrôle de véhicules surpuissants, parfois manifestement hors de portée de certains pilotes.

Le sport automobile a ses passionnés et sa culture, nul ne le conteste. Mais peut-on ignorer qu’il s’agit aussi d’une exaltation de la vitesse, de la puissance mécanique et d’un modèle centré sur le tout-automobile, alors même que les tensions sur l’approvisionnement en carburant rappellent notre dépendance énergétique ? Organiser un rallye en pleine crise des carburants envoyait un signal pour le moins contradictoire.

Comment demander à la population sobriété et patience face aux pénuries, tout en maintenant des événements gourmands en carburant et mobilisant d’importants moyens logistiques et sécuritaires ? Cette incohérence interroge. Elle l’est d’autant plus à La Réunion, territoire particulièrement vulnérable aux enjeux climatiques et énergétiques.

L’interdiction de ce rallye n’est donc pas seulement une mesure de circonstance. Elle invite à une réflexion plus large sur la place de ces “cérémonies du culte automobile” dans une société confrontée aux impératifs de sécurité, de transition écologique et de responsabilité collective. Peut-être est-il temps de repenser ce modèle.

M.M.

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