Face au trouble à l’ordre public causé par la hausse des profits des compagnies pétrolières, l’urgence du retour à l’autonomie énergétique de La Réunion

La responsabilité au lieu d’acheter la paix sociale

17 avril, par Manuel Marchal

La crise des carburants révèle une réalité coloniale persistante : La Réunion reste dépendante à plus de 90 % d’énergies importées, soumise aux décisions de compagnies pétrolières étrangères. Face à cela, certains demandent d’utiliser l’argent public pour subventionner les prix, au lieu d’affronter les causes. L’urgence est ailleurs : relancer l’autonomie énergétique,faire cesser les prix abusifs et mettre fin à un système qui appauvrit la population.

La hausse brutale des carburants n’est pas un simple accident économique. Elle met à nu une dépendance structurelle héritée d’un modèle imposé : celui d’un territoire maintenu sous perfusion d’importations, au bénéfice d’intérêts extérieurs.

Plus de 90 % de l’énergie est importée

À La Réunion, plus de 90 % de l’énergie est importée. Cela signifie que le quotidien de la population dépend de décisions prises ailleurs, par des compagnies pétrolières étrangères dont l’objectif est clair : maximiser leurs profits. La récente explosion du prix du gazole hors taxe en est une illustration flagrante. Derrière le prétexte des tensions internationales, ce sont des marges qui augmentent.

Halte à l’entretien du système

Dans ce contexte, la proposition de financer par l’argent public une baisse du prix des carburants apparaît pour ce qu’elle est : une impasse. Subventionner les prix, c’est accepter le système tel qu’il fonctionne. C’est faire payer la population pour compenser les abus de quelques-uns. C’est, en réalité, organiser la dépendance au lieu de la combattre.
Ce choix envoie un message dangereux aux compagnies pétrolières : vous pouvez augmenter vos prix, les collectivités paieront pour maintenir la paix sociale. On ne régule pas, on compense. On ne remet pas en cause, on s’adapte. C’est une logique de soumission économique.
Le recul des communes sur cette mesure évite une dérive immédiate, mais ne règle rien sur le fond. Car tant que la question de la dépendance énergétique ne sera pas posée frontalement, les Réunionnais continueront de subir.

Une autre voie existe : l’autonomie énergétique

Pourtant, une autre voie existe. Elle avait été engagée : celle de l’autonomie énergétique. Un projet ambitieux, visant à sortir progressivement de la dépendance aux énergies fossiles importées, en s’appuyant sur les ressources locales. Ce projet a été saboté depuis 2010, par ignorance, incompétence ou pour satisfaire des intérêts particuliers ?
Aujourd’hui, la crise impose de le remettre au centre. Relancer le plan d’autonomie énergétique doit devenir une exigence commune à toutes les collectivités avec une stratégie concrète : développement massif du solaire, de l’éolien, de la biomasse, investissement dans le stockage, maîtrise de la consommation.

Rompre avec le tout-automobile

Cela suppose aussi de rompre avec le tout-automobile. Repenser les mobilités, développer des transports collectifs performants, relancer le ferroviaire : autant de moyens de réduire la dépendance au pétrole.
Mais cette transformation ne pourra se faire sans un rapport de force. Les collectivités doivent interpeller l’État, exiger un soutien financier à la hauteur des enjeux, mais aussi demander qu’il fasse cesser ce qui s’apparente à un trouble à l’ordre public : des hausses de prix alimentées par des profits abusifs, qui fragilisent toute une société.

Le choix de la dignité et de la responsabilité

Car il ne s’agit pas seulement d’économie. Il s’agit de dignité. Tant que La Réunion restera enfermée dans ce modèle, chaque crise extérieure deviendra une crise sociale locale. Chaque hausse enrichira des intérêts lointains, pendant que la population s’appauvrit.
Sortir de cette logique, c’est faire un choix politique. Celui de la responsabilité.

M.M.

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Messages

  • Très juste. Et il n’y a pas que par les compagnies pétrolières que nous dépendons de l’extérieur pour notre production d’électricité.Nous dépendons aussi des producteurs canadiens de pellets, pour 30% de la production. Nos sources d’énergie renouvelables et autonomes sont connues : thermie des mers, géothermie, hydraulique (avons-nous fait tout ce qu’il est possible défaire ?), solaire… C’est tout cela qu’il faut remettre en chantier d’urgence.


Témoignages - 82e année


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