Application de l’APE : vers plus de chômeurs que de salariés à La Réunion
8 août, parUne catastrophe se prépare dans l’indifférence
Péréquation tarifaire et monopole d’une société française, EDF, dans la vente de l’électricité à La Réunion
7 août, par

« Le Monde » du 6 août 2026 révèle qu’EDF prévoit d’investir près de 9 milliards d’euros sur quinze ans pour adapter ses centrales nucléaires aux conséquences du changement climatique. Pour les Réunionnais, cette annonce dépasse largement la seule question énergétique. Elle rappelle qu’en l’absence d’autonomie énergétique, notre pays reste prisonnier d’un système où les décisions prises à Paris déterminent le prix de l’électricité, tandis que les immenses richesses renouvelables de La Réunion demeurent sous-exploitées.
Photo EDF
Le changement climatique impacte désormais le nucléaire français. Les sécheresses réduisent le débit des fleuves, les canicules réchauffent les cours d’eau indispensables au refroidissement des réacteurs et EDF estime nécessaire d’investir près de 9 milliards d’euros pour adapter son parc au cours des quinze prochaines années.
A moins d’être donnés par l’État, ces milliards finiront inévitablement par être intégrés au coût de l’électricité. Or, à travers la péréquation tarifaire, les Réunionnais sont intégrés au système électrique français. Ils pourraient donc être appelés à contribuer au financement de la modernisation des centrales nucléaires françaises, alors même que cette technologie ne produit pas un seul kilowattheure pour La Réunion.
Cette perspective met en lumière une contradiction majeure. La Réunion possède l’un des meilleurs potentiels solaires du monde, des ressources éoliennes, hydrauliques, marines et géothermiques importantes. Pourtant, la production d’électricité reste largement dépendante de combustibles importés. Cette dépendance n’est pas une fatalité géographique : elle est le résultat de choix politiques et économiques.
Pendant des décennies, EDF et Albioma ont construit un modèle fondé sur l’importation de charbon, de fioul, puis de biomasse venue de l’extérieur. Ce système garantit des débouchés à des filières industrielles internationales et maintient La Réunion dans une situation de dépendance permanente, le système néocolonial ou départementalisation. Plus notre pays importe son énergie, plus il reste soumis aux décisions prises hors de son territoire.
C’est précisément le fonctionnement du système néocolonial installé par la départementalisation pour maintenir la société de classes coloniale. Les secteurs stratégiques de l’économie réunionnaise demeurent contrôlés par de grands groupes étrangers, tandis que les Réunionnais supportent les conséquences économiques de décisions qu’ils ne maîtrisent pas. Les bénéfices sont privatisés, mais les surcoûts sont socialisés.
L’histoire de la lutte pour l’autonomie énergétique illustre parfaitement cette logique. En 1998, La Région Réunion s’était fixé l’objectif de produire à La Réunion, dès 2025, l’ensemble de l’énergie nécessaire à notre pays à partir de ses ressources renouvelables. Cet objectif aurait permis de réduire fortement les importations de combustibles et d’abaisser durablement le coût de production de l’électricité.
Mais cette stratégie a été progressivement démantelée. La création de GERRI par le gouvernement français a retiré à la Région le pilotage du projet, l’échéance a été repoussée à 2030 et l’ambition réduite. L’arrivée de Didier Robert à la présidence de la Région a ensuite marqué un tournant : abandon du projet de tram-train, arrêt de la couverture photovoltaïque de la route des Tamarins, priorité donnée à des infrastructures renforçant la dépendance aux carburants importés. Des milliards d’euros d’argent public ont ainsi été orientés vers un modèle qui prolonge la dépendance énergétique au lieu de préparer le développement, ennemi du clientélisme et de la corruption.
Pendant ce temps, le contexte mondial évolue rapidement. Le coût du solaire photovoltaïque continue de baisser et il est déjà inférieur, dans de nombreux pays, à celui des nouvelles centrales à charbon ou à gaz. Le coût du nucléaire, lui, est appelé à augmenter sous l’effet du vieillissement des réacteurs, des investissements de maintenance et d’un approvisionnement en uranium devenu moins favorable depuis la fin des conditions privilégiées dont bénéficiaient les groupes français au Niger.
La Réunion risque ainsi de subir une double peine. D’un côté, elle demeure dépendante d’énergies importées alors qu’elle dispose de ressources renouvelables abondantes. De l’autre, elle pourrait contribuer au financement d’un nucléaire français dont le coût ne cesse de croître.
Le premier scandale est l’augmentation prévisible du prix de l’électricité à cause de la péréquation tarifaire avec la France. Le second est d’avoir privé La Réunion des moyens de construire son autonomie énergétique au moment où les énergies renouvelables devenaient les moins coûteuses. Plus de quinze ans après le sabotage du projet d’autonomie énergétique, les Réunionnais continuent de payer le prix d’un système qui organise leur dépendance. Il est temps de rompre avec cette logique néocoloniale et de redonner au peuple réunionnais la maîtrise de son avenir énergétique.
M.M.
Une catastrophe se prépare dans l’indifférence
Dopi bann zané soissant néna dann lo mond in gran mouvman d’dékolonizassion. La plipar bann péi la vni koloni momandoné la kass zot shène épi la (…)
In kozman pou la rout
Traité liant l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie
L’île-fracture : l’aménagement en question (5/5)
Protection bénéficiant à un pilier du néocolonialisme français à La Réunion
Impact de conflits lointains dans un pays insulaire dépendant de lointaines importations
Combattre les causes du chômage de masse
Alliance entre Paris et Tereos pour exploiter au maximum les planteurs en recourant à l’argent public pour acheter la paix sociale ?
Derrière les fuites dans les réseaux, des choix politiques
Accélération de la crise du système néocolonial
À La Réunion l’école est obligatoire et doit être gratuite