Prix des carburants : la préfecture annonce une hausse « d’une ampleur inédite » le 1er avril

Les Réunionnais vont lourdement payer le sabotage depuis 2010 du projet d’autonomie énergétique pour 2025

26 mars, par Manuel Marchal

Le communiqué préfectoral du 25 mars annonce une hausse « d’une ampleur inédite » des prix des carburants en avril. La Réunion dépend presque totalement d’énergies fossiles importées. Chaque crise internationale frappe le peuple. Cette vulnérabilité résulte du sabotage depuis 2010 du projet d’autonomie énergétique pour 2025. Rompre avec la dépendance est un choix politique.

Le communiqué diffusé le 25 mars confirme pourtant ce que redoutaient les Réunionnais : une hausse « d’une ampleur inédite » des carburants dès avril.

Après un mois de mars provisoirement amorti par la fixation administrée des prix, le rattrapage sera brutal. Les cotations internationales du sans-plomb et du gazole ont explosé, et la facture sera présentée sans détour aux Réunionnais.
Voici les explications : « La baisse et le blocage de la production au Moyen-Orient ont entraîné une dégradation rapide de la conjoncture énergétique mondiale, qui s’est traduite par une augmentation très significative des cours des produits pétroliers, affectant le monde entier. »

Cette situation met en lumière une réalité : La Réunion dépend quasi totalement d’énergies importées. Chaque crise internationale — guerre, tensions géopolitiques, spéculation financière — se répercute immédiatement ici, dans les stations-service et les commerces.

Nous payons le prix du sabotage d’une stratégie d’avenir

Cette vulnérabilité n’est pas une fatalité géographique. Elle est le produit de choix politiques.

En 1998, un cap ambitieux était fixé : atteindre l’autonomie énergétique en 2025. L’île devait devenir un laboratoire mondial des énergies renouvelables insulaires, en développant massivement le solaire, la biomasse, la géothermie et les énergies marines. L’objectif était clair : réduire la dépendance aux énergies importés, sécuriser l’approvisionnement et créer des emplois locaux.

Mais à partir de 2010, ce projet a été méthodiquement démoli. Sous la présidence de Didier Robert à la tête de la Région Réunion, le plan d’autonomie énergétique a été abandonné pour satisfaire le lobby des énergies fossiles. La dépendance aux importations d’hydrocarbures et autres sources d’énergie venues de l’extérieur s’est accentuée.

Aujourd’hui, le résultat est sans appel : nous payons le prix du sabotage d’une stratégie d’avenir.

Toute l’économie réunionnaise repose sur les carburants importés

Car le carburant n’est pas un produit comme les autres. Toute l’économie réunionnaise repose sur lui. L’ensemble des marchandises — produits alimentaires, matériaux de construction, biens de consommation — est transporté par des camions, des fourgons, des navires fonctionnant aux carburants importés.
Quand le gazole augmente, le coût du transport augmente. Quand le transport augmente, les prix en rayon suivent. Cette mécanique implacable frappe d’abord les pauvres, déjà confrontés à un coût de la vie supérieur à celui de la France. Le plein d’essence conditionne l’accès à l’emploi, aux services publics, aux soins. La hausse du carburant devient une hausse généralisée.
La préfecture peut bien assurer que la sécurité énergétique est « pleinement assurée » en termes de volumes. Mais une énergie disponible à un prix inaccessible ne protège personne. Elle creuse les inégalités.

L’urgence du réveil face à un système à bout de souffle

Continuer sur cette voie, c’est accepter que l’économie réunionnaise reste suspendue aux décisions des marchés pétroliers mondiaux et aux tensions internationales. C’est accepter que chaque crise à des milliers de kilomètres se traduise ici par une facture plus lourde. C’est accepter un modèle où la dépendance énergétique nourrit la dépendance économique.
À l’inverse, relancer un véritable plan d’autonomie énergétique, c’est faire un choix de dignité collective. C’est investir dans nos ressources locales : le soleil abondant, le vent, la biomasse issue de la canne, les énergies marines. C’est créer des emplois non délocalisables. C’est stabiliser les coûts à long terme. C’est protéger le pouvoir d’achat.
La hausse des prix d’avril 2026 n’est pas un simple épisode conjoncturel. Elle est le symptôme d’un système à bout de souffle, celui d’une économie insulaire maintenue dans une dépendance structurelle. Pendant qu’une classe dominante bénéficie du confort sans précédent que lui procure le système néocolonial, la majorité subit les conséquences des crises décidées ailleurs.
La Réunion a les moyens techniques, scientifiques et humains d’être un territoire exemplaire de l’autonomie énergétique fondée sur les énergies renouvelables réunionnaises. Ce qui manque, ce ne sont pas les ressources naturelles. C’est la volonté politique de rompre avec un modèle qui privilégie les intérêts d’une classe dominante et de rendre au peuple réunionnais la maîtrise de son avenir énergétique.
La question est désormais posée : subir encore, ou décider enfin en responsabilité ?

M.M.

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Messages

  • Une bonne analyse, constat dramatique de l’histoire qui se déroule et dont la Réunion, comme pas mal d’autres territoires subissent les conséquences, ceci étant, je pense qu’il ne faudrait pas oublier les énergies solaires créées ici, de plus en plus, pour chauffer de l’eau, faire de l’électricité "propre", c’est vrai que quand on y pense, on réalise que le volcan est sous nos pieds, qu’il vit et pourrait être exploité comme au Japon, en NZélande, Islande et que la Guadeloupe s’y intéresse enfin. Il faudrait donner le pourcentage d’énergie renouvelable déjà présent, en attendant les 100 pour cent. Créateur d’emplois durables eux aussi bien sur, un modèle à suivre, une révolution qui pense au long terme enfin, bonne fin de semaine Arthur.


Témoignages - 82e année


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