Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Quand Madagascar montre encore à La Réunion l’exemple à suivre
18 mars, par

La guerre contre l’Iran révèle la dépendance dramatique de La Réunion aux énergies fossiles importées. Ruée sur le gaz, spéculation, pénuries : le sabotage du plan d’autonomie énergétique se paie aujourd’hui au prix fort. Pendant ce temps, Madagascar rationne et protège sa populationpour éviter une ruée sur les carburants à cause d’un retard dans les approvisionnements. Il s’agit d’éviter ce qu’il s’est passé à La Réunion : laisser prospérer la loi du plus rapide et du plus et du plus riche de ceux qui peuvent acheter plusieurs bouteilles de gaz pendant que d’autres repartent les mains vides. Madagascar montre l’exemple à suivre : organiser une distribution équitable.
La guerre lancée contre l’Iran agit comme un révélateur brutal : à La Réunion, notre dépendance aux énergies fossiles importées n’est pas une fatalité, c’est le résultat de choix politiques. Depuis 2010, le plan d’autonomie énergétique pour 2025 a été méthodiquement saboté. Résultat : au moindre choc international, la panique s’installe.
Ces derniers jours, des Réunionnais se sont massivement rués sur les bouteilles de gaz. À 18 euros la bouteille — prix rendu « supportable » grâce à une subvention de la Région Réunion — chacun tente de sécuriser ce produit indispensable à la cuisson. Derrière cette ruée, une angoisse légitime : celle de manquer d’un bien de première nécessité.
Mais cette situation n’a rien d’une surprise. En continuant à dépendre d’un gaz importé, soumis aux tensions géopolitiques et à la spéculation internationale, notre île reste à la merci des marchés. La hausse des prix causée par les spéculateurs pose une question simple : l’argent public va-t-il continuer à soutenir indirectement les compagnies pétrolières pendant que les familles trinquent ?
Un rationnement préventif aurait permis d’éviter la pénurie. Plutôt que de laisser prospérer la loi du plus rapide et du plus riche— ceux qui peuvent acheter plusieurs bouteilles pendant que d’autres repartent les mains vides — les autorités auraient pu organiser une distribution équitable. Car quand le marché dérégulé crée la rareté, c’est toujours le peuple qui paie.
Pendant ce temps, Madagascar montre qu’une autre voie est possible. Face aux perturbations de l’approvisionnement en Supercarburant 95, les autorités malgaches ont choisi d’anticiper. Le 17 mars 2026, l’Office malgache des hydrocarbures (OMH) a annoncé un rationnement dans les stations-service d’Antananarivo et de Toamasina.
Cette décision intervient alors que le navire Advantage Passion, transportant la cargaison mensuelle de carburants depuis Sohar (Oman), accuse plusieurs jours de retard avant son arrivée au port de Toamasina. Plutôt que d’attendre la rupture, les autorités ont pris leurs responsabilités.
Rationnement ciblé, transfert stratégique de carburant depuis Mahajanga vers les zones les plus touchées, ouverture exceptionnelle des stocks au dépôt d’Alarobia : tout est mis en œuvre pour limiter l’impact sur les usagers et éviter la paralysie totale. Les autorités appellent au calme et mettent en garde contre le stockage excessif, qui aggrave mécaniquement la pénurie.
Un retour progressif à la normale est envisagé à partir du 20 mars, une fois les opérations de déchargement achevées. D’ici là, la régulation prévaut sur le laisser-faire.
La comparaison est éclairante. D’un côté, une île qui subit et improvise dans l’urgence, faute d’avoir poursuivi son ambition d’autonomie énergétique. De l’autre, un État qui assume la régulation pour protéger l’intérêt général.
La crise actuelle doit servir d’électrochoc. L’autonomie énergétique n’est pas un slogan : c’est une condition de la souveraineté populaire et de la justice sociale. Investir massivement dans le solaire, la biomasse, la géothermie, développer des solutions locales de cuisson et réduire la dépendance aux importations ne relève pas de l’utopie, mais de la responsabilité.
Chaque euro englouti dans la subvention d’un gaz importé est un euro qui ne finance pas la transition et enrichit des sociétés étrangères. Chaque renoncement politique se traduit aujourd’hui par une file d’attente devant un point de vente.
La Réunion mérite mieux que la peur de manquer. Elle mérite une politique énergétique cohérente, planifiée et tournée vers l’intérêt collectif. La crise actuelle le prouve : sans maîtrise publique et sans cap clair vers l’autonomie énergétique, nous resterons dépendants des guerres des autres et des profits de quelques-uns.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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