Energies

Philippe Chalmin : "les matières premières sont une malédiction"

Trois illustrations de la conférence de presse de Paul Vergès

Témoignages.re / 5 janvier 2006

Dans son édition datée du 23 décembre dernier, “Le Monde” publie un entretien avec l’économiste Philippe Chalmin, pour lequel 2005 a été une nouvelle année record pour les cours mondiaux des matières premières. C’est une illustration de la conférence de presse tenue le même jour par le président de la Région Réunion sur les effets de la mondialisation de la loi du marché sur la planète. Et en particulier les conséquences de cette évolution pour La Réunion.

Quelles matières premières ont le plus augmenté en 2005 ?
- Philippe Chalmin : On parlera de l’année 2005 dans les livres d’Histoire comme de la poursuite du choc commencé en 2003 dans le domaine des matières premières. En fait, le point haut de l’augmentation des cours a été atteint au début de l’année 2004 et, si l’on fait abstraction du pétrole, la poussée de 2005 n’est pas énorme. Les indices globaux sont restés presque stables à un niveau élevé, mais avec des "vagues".
Les stars de l’année ont été le cuivre, le zinc, le tungstène, les métaux précieux - c’est-à-dire l’or, l’argent et les platinoïdes. Parmi les produits agricoles, le caoutchouc s’est distingué.
Dans le domaine alimentaire, la situation a été plus calme, à l’exception du sucre, dont le cours a plus que doublé. Pour les autres produits agricoles, la récolte de 2004 avait été tellement exceptionnelle que les stocks se sont regarnis : les cours se sont repliés, quand ils ne se sont pas effondrés comme pour le cacao et le coton.
Deux secteurs ont connu un retournement et leurs prix ne montent plus ou chutent : l’acier et le fret maritime.

À quoi attribuez-vous cette poursuite de la flambée des cours ?
- Nous avions terminé le 20ème siècle avec des prix pour les matières premières extrêmement bas, ce qui ne poussait pas à y investir, d’autant que la mode était, chez les investisseurs, à la nouvelle économie et aux dotcom [les sociétés Internet].
Il ne faut pas oublier non plus que les matières premières sont une "malédiction" pour les pays qui les produisent. Le Prix Nobel [néerlandais] Jan Tinbergen a parfaitement démontré le phénomène deutsche disease, c’est-à-dire le déséquilibre économique que l’exploitation du gaz naturel avait provoqué aux Pays-Bas. Il n’y a que la Norvège qui ait su se prémunir contre cette calamité en sanctuarisant sa rente pétrolière.
De ce point de vue, je trouve dramatique les projets de centrer le développement de la Nouvelle-Calédonie sur le nickel ; cette île va s’enfoncer dans l’assistanat. En tout cas, il n’y aucun besoin de subventionner la construction d’une usine en Nouvelle-Calédonie.
Dans les pays pauvres, les recettes en provenance des matières premières sont des facteurs de corruption et multiplient les risques géopolitiques que redoutent tant les investisseurs. Ce n’est donc pas un hasard si les capitaux ont fui la Russie, le Moyen-Orient ou le Katanga en République démocratique du Congo.
Ce déficit en matière d’investissements est d’autant plus dommageable que le temps de rattrapage est long : acheter un navire vraquier à une seule coque suppose de s’inscrire sur une liste d’attente de 2 ou 3 ans ; en revanche, ouvrir une mine prend beaucoup plus de temps.
Face à cette offre sans marge de manœuvre, la demande a connu des bouleversements. Le monde roule à la vitesse de 4% ou 5% de croissance annuelle. Dans ce contexte haussier, un pays qui disposait pourtant d’énormes ressources naturelles, la Chine, a passé la surmultipliée en 2001 : il est devenu le premier importateur de tout, de l’acier au fret et du caoutchouc au coton, et même au soja, une plante qui est pourtant née en Chine ! Ces tensions sur les ressources expliquent l’extraordinaire nervosité des marchés en 2005.
D’autre part, les matières premières sont devenues pour les fonds de pension ou les assureurs une classe d’actifs, au même titre que les actions ou les obligations.
Ces investisseurs passent d’un produit à l’autre, induisant une forte capillarité des marchés. Enfin, dans le domaine énergétique - mais pas seulement -, on a constaté des Offres publiques d’achat (OPA) ou des tentatives d’OPA importantes : Conoco-Burlington, Chevron-Unocal, Occidental Petroleum-Vintage Petroleum, Falconbridge-Noranda, etc...

Cette poussée des prix des matières premières est-elle appelée à se poursuivre en 2006 ?
- Je crois à un maintien de tensions très fortes sur les produits miniers et agricoles destinés à l’industrie, et particulièrement dans le domaine énergétique.
Les produits "flambeurs" se tasseront : le nickel a baissé, et je prends le pari qu’il va y avoir un "coup de bambou" sur le cuivre au début 2006, car les Chinois se sont lancés dans une manipulation à laquelle personne ne comprend rien...
Les "vagues" de hausse vont continuer, et j’attends qu’elles concernent, en 2006, les produits "calmes" de cette année.
Resteront atones les cours du papier pour cause de surproduction, ceux du cacao pour cause d’absence d’augmentation de la consommation et ceux du coton pour cause de subventions.
Baisseront l’or - à moins que les banques centrales asiatiques ne diversifient leurs réserves avec ce métal précieux - et le platine, lequel, à 1.000 dollars l’once, pose un sérieux problème aux fabricants de pots catalytiques, qui lui cherchent activement un produit de substitution.
Les stars de 2006 seront notamment l’aluminium, les céréales et les protéagineux.
L’année 2006 promet donc d’être tout aussi passionnante que 2005, mais les vedettes ne seront pas les mêmes.


o Record d’émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis en 2004
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) des États-Unis ont atteint en 2004 un niveau record, selon un rapport du Département américain de l’énergie rendu public il y a 3 semaines. Ces émissions ont augmenté de 2% par rapport à 2003, passant de 6,98 millions à 7,12 millions de tonnes d’équivalent CO2. Ce taux de 2% est supérieur à la moyenne enregistrée depuis 1990 pour la progression annuelle des émissions de GES, qui est de 1,1%. Le rapport souligne cependant que les rejets de GES ont augmenté moins vite que la croissance et que, ramenée au PIB, la hausse est moindre qu’en 2003.
L’administration Bush a refusé de ratifier le protocole de Kyoto fixant des objectifs contraignants de réduction des gaz à effet de serre. Lors du dernier Sommet de l’ONU sur le climat, qui s’est tenu à Montréal fin novembre-début décembre, le gouvernement des États-Unis a campé sur ses positions.
Cela n’empêche pas d’autres élus américains de s’engager dans la lutte contre l’effet de serre. Ainsi, 4 États du Nord-Est des États-Unis ont signé le 20 décembre dernier un accord de réduction des gaz à effet de serre. Cette “Initiative régionale pour les gaz à effet de serre” (RGGI), lancée par le gouverneur républicain de New York, George Pataki, prévoit que les émissions de GES seront stabilisées à partir de 2009 jusqu’en 2015, date à laquelle elle devront commencer à diminuer. L’objectif est de les réduire de 10% en 2019 dans les États signataires.

o L’Espagne de plus en plus éolienne
Selon une étude publiée lundi dernier par le cabinet spécialisé SDEO, la capacité de production d’énergie éolienne de l’Espagne a augmenté de 20,3% en 2005 pour atteindre 9.947 mégawatts (MW).
La production espagnole d’énergie éolienne a par ailleurs fortement augmenté l’année dernière (+ 25 %) à quelque 20.000 gigawatts-heure (GWh), ce qui représentait 8,25 % de la demande d’électricité du pays, précise l’entreprise Réseau Électrique d’Espagne (REE).
L’Espagne se situe au second rang mondial pour la capacité d’énergie éolienne installée, loin derrière l’Allemagne et juste devant les États-Unis (9.200 MW). La France vient loin derrière (moins de 500 MW).
Quelque 436 “parcs” éoliens assurent la production de cette énergie renouvelable en Espagne, dont le quart est installé en Galice (Nord) et dont plus de la moitié sont contrôlés par les producteurs espagnols d’électricité, Iberdrola et Endesa notamment. L’Espagne compte avec l’entreprise Gamesa le deuxième fabricant mondial d’éoliennes, après le Danois, Vestas Wind Systems.



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Messages






  • lettre amicale à Philippe Chalmin

    Monsieur ,j’ai eu le plaisir de vous écouter à l’AG de la coordination rurale 17.
    Vous nous avez présenté avec talent la situation des denrées agricoles dans le monde .
    Sur le dossier des OGM, je suis resté en symbiose avec vos propos.
    Votre intervention sur la PAC et en particulier sur les propositions que vous faites me conduisent à vous faire quelques remarques auxquelles je souhaiterais avoir des éléments de réponse.
    Avant d’aborder la politique de l’agriculture je voudrais attirer votre attention sur un élément qui est rarement pris en compte par les responsables politiques et qui n’apparait à aucun moment dans votre "prose" il s’agit de la reconnaissance de l’homme,de sa dignité autravers de la rémunération de son travail.

    Une bonne politique agricole doit me semble t’il répondre en priorité à cet objectif fondamental.Le reste "est du pipi de chat".
    C’est ce que vous nous avez servi malheureusement dans la 2ème partie de votre intervention.
    J’ai le sentiment que vous ignorez le salaire d’un paysan ramené à l’heure de travail.
    Je vous invite à faire quelques stages chez ces paysans "intolérents,raleurs,fonctionnarisés,coutants cher à l’état ,assis sur leurs tas de blé.
    Vous n’avez pas été tendre avec nous ,j’espère que vous accepterez la contreverse.
    Vous appartenez malheureusement à cette classe d"hommes savants" mais profondemment inculte quant à notre culture.
    En toute chose ,il doit y avoir des règles .Le libre marché n’en n’est pas une.
    Toucher des honoraires de 4000€ /jour et se payer des chemises à 6 sous fabriquées par des mineurs tuberculeux n’a pas que des desavantages,je vous l’accorde.Mais je crains que ,ainsi que vous l’avez annoncé,dans un proche avenir 4000€ ne permette pas de se payer 1 kg de patates,fût elles chaudes.En parfait économiste ,je pense que vous conviendrez de la nécessité d’une réglementation,d’un CTE par exemple(dont vous êtes un farouche défenseur......Connerie Technocratique Exemplaire) .
    Je vous invite à vous inspirer de l’analyse faite par les vrais paysans de ce pays au travers de leur quotidien et non pas d’une certaine approche vèhiculée dans les salons Parisiens .
    Merci de votre réponse en souhaitant vous avoir dérangé
    Bien cordialement f Mainguet agriculteur,éleveur à la recherche d’un métier rémunérateur

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