Relance des forages dans les anciennes colonies intégrées à la République française

PPL Hydrocarbures au Sénat : les pays comme La Réunion face au retour d’un vieux monde fossile

29 janvier, par Manuel Marchal

la veille du débat au Sénat sur la relance des hydrocarbures en outre-mer, onze organisations dénoncent une proposition de loi climaticide, néocoloniale et dangereuse. Derrière le mirage fossile, ce sont les anciennes colonies intégrées à la République française, leur biodiversité et leur avenir qui sont sacrifiés.

Une fois encore, les anciennes colonies intégrées à la République française servent de laboratoire aux renoncements climatiques de l’État français, selon 11 ONG. À la veille de l’examen au Sénat de la proposition de loi visant à relancer la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures en outre-mer, onze organisations environnementales, sociales et de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Ce texte est une aberration écologique, économique et politique. Pire : il tourne le dos aux intérêts mêmes des populations concernées.

Alors que la France aime se présenter comme une championne de la transition énergétique sur la scène internationale, cette proposition de loi acte un retour en arrière de plus de dix ans. Relancer le pétrole et le gaz dans des territoires déjà en première ligne du dérèglement climatique est un contresens historique. Cyclones plus intenses, montée des eaux, érosion côtière, perte de biodiversité : les outre-mer paient déjà le prix fort d’une crise qu’ils n’ont pas causée. Et c’est précisément là qu’on voudrait forer ?

Adoptée en commission grâce aux voix de la majorité présidentielle, de la droite et des centristes, cette PPL révèle surtout l’incapacité persistante de certains responsables politiques à rompre avec un modèle extractiviste hérité de l’histoire coloniale. Pour lesanciennes colonies intégrées à la République française, le logiciel reste le même : exploiter les ressources, exporter les profits, laisser les dégâts. Un modèle dépassé, peu créateur d’emplois locaux, dont les bénéfices seraient captés par des multinationales étrangères, pendant que les territoires assumeraient les risques.

Car les risques sont connus, documentés, rappelés encore dans un rapport parlementaire de 2023 : instabilité économique, corruption, accaparement des richesses, dépendance accrue, sans parler des dégâts environnementaux irréversibles. Les anciennes colonies intégrées à la République française concentrent l’essentiel de la biodiversité de la RF. Mettre en péril leurs écosystèmes, c’est fragiliser durablement leurs économies, leur souveraineté alimentaire et énergétique, et les conditions de vie des populations.

Le silence du gouvernement est d’autant plus assourdissant que la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a elle-même brandi la menace d’une démission. En laissant planer l’ambiguïté, Matignon cautionne de fait une vision incompatible avec l’urgence climatique et les engagements internationaux de la France. À l’heure du bilan des quinquennats d’Emmanuel Macron, sacrifier l’un des rares acquis environnementaux serait un signal désastreux.

Les anciennes colonies intégrées à la République française n’ont pas besoin de pétrole ni de gaz. Elles disposent d’un potentiel immense en énergies renouvelables, en sobriété énergétique, en solutions locales créatrices d’emplois et de résilience. La justice climatique, la souveraineté énergétique et la dignité des territoires passent par là. Tout le reste n’est qu’un mirage fossile, dangereux et profondément injuste.

M.M.

A la Une de l’actuImpasse du modèle

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus