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Grave crise aux Charbonnages de France-Ingénierie
13 mai 2004

La société chargée de l’étude sur l’extension du Gol traverse une très grave crise financière, dont une étape doit se jouer devant le tribunal de Nanterre le 18 mai prochain. Cette crise souligne l’importance de laisser la porte ouverte, à La Réunion, à tout choix alternatif permettant de faire face, en temps voulu, à nos besoins de production d’électricité.
Il y a deux jours (voir notre édition du 11 mai), “Témoignages” signalait la décision de l’administration - Préfecture et Direction régionale de l’Industrie... - de ne pas clore l’instruction du dossier présenté par la société Promergy Réunion SAS, en vue de l’exploitation d’un complexe de co-génération d’une puissance de 60 MW, couplé avec un projet de raffinerie sucrière. La décision de laisser courir un délai de six mois à compter du 4 mai s’explique en partie par le fait qu’EDF n’a toujours pas répondu au souci formulé par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) en octobre dernier.
Par un courrier du 21 octobre dernier, le directeur général de l’organisme de régulation, s’adressant à Robert Durdilly, directeur de la distribution à EDF (DEGS), soulignait qu’il est souhaitable "que la concurrence se développe sur l’offre de production dans les zones non-interconnectées, de manière à pouvoir identifier les meilleures pratiques et faciliter les progrès collectifs.
Cette concurrence permettra ainsi aux opérateurs d’accomplir les missions de service public auxquelles ils sont tenus en application de la loi du 10 février 2000, au moindre coût pour le consommateur.
Dans cette perspective, il appartient aux opérateurs non seulement d’effectuer leur choix d’investissement au meilleur rapport qualité/prix et dans le respect des délais imposés par la PPI, mais également de s’assurer que la sollicitation des moyens de production choisis s’inscrit bien dans une logique de mérite économique appliquée à l‘ensemble des unités constituant le parc de production du territoire considéré."
Depuis plus de six mois maintenant, un vrai marasme s’est installé parce qu’EDF n’a pas répondu à l’esprit de ces orientations. D’une part, son “choix” d’éviter la mise en concurrence et de distordre les données économiques a créé une situation malsaine et empêché la Commission de régulation de l’énergie de valider l’un ou l’autre, ou les deux projets présentés à EDF.
D’autre part, les choses pourraient s’aggraver aujourd’hui, du fait de la crise que traverse la filiale des Charbonnages de France choisie par la Centrale du Gol pour conduire l’étude de son extension. CdF-Ingénierie a reçu pour mandat au début de cette année de piloter dans un délai de dix-huit mois le dossier de l’extension du Gol, le projet retenu par EDF à la fin de l’année dernière, dans un manque de transparence qui n’a fait qu’ajouter au contentieux.
Pour ne rien arranger, cette société (CdFI) est secouée actuellement par une grave crise et les syndicats CGT et FO ont engagé une procédure de droit d’alerte qui vise à remettre en question son rachat, entre février et juin 2002, par le groupe Gaudriot, un concepteur d’environnement de dimension européenne, pris dans une tourmente financière (voir encadré) .
Selon un article paru dans “l’Humanité” du 11 mai, les 55 salariés de CdFI veulent obtenir leur réintégration dans l’entreprise publique et "ont entamé une lutte dans l’entreprise et devant les tribunaux", dont la prochaine étape sera le mardi 18 mai, date attendue pour la décision des juges dans la procédure ouverte par le comité d’entreprise de CdFI.
Quelle que soit l’issue de cette lutte intestine, à laquelle le sort du groupe Gaudriot lui-même semble être très lié, elle doit inciter les Réunionnais - qui se trouvent à 10.000 kilomètres du champ de bataille - à la plus grande vigilance dans l’exercice du principe de précaution, en raison du retard substantiel qui risque d’affecter le chantier du Gol - et ce serait le moindre des maux qui le guettent.
Est-il possible de faire dépendre l’équilibre énergétique de La Réunion, déjà très précaire, de la seule santé d’une société privée dont la rumeur, à l’intérieur du groupe, évoque avec persistance l’éventualité d’un dépôt de bilan ? Dans le cas d’espèce, le principe de précaution ne commande-t-il pas de se garder des appétits des uns et des autres, pour conserver intactes une marge de manœuvre et notre liberté de choix dans la recherche de toute solution alternative et/ou complémentaire ?
Pascale David
Gaudriot, groupe d’ingénierie français
Au bord du gouffre ?
"Nous ne sommes pas en dépôt de bilan. Nous traversons une situation particulière et un peu compliquée. Nous sommes face à un problème de sortie de présentation des comptes 2003 et d’audit réalisé mais pas rendu. Notre action a été suspendue en Bourse le 30 avril mais ce n’est pas la fin de la cotation. Quant à l’opération au Gol, elle suit son cours, avec la confiance du client SIDEC avec lequel nous gardons de bonnes relations". Tels sont, en résumé, les propos de Pierre-Henri Gaudriot, PDG du groupe du même nom, démentant le “dépôt de bilan” sur lequel “Témoignages” l’avait interrogé. S’il dément ce que les syndicalistes de CdFI annoncent comme acquis et évoque "des rumeurs très intéressées", le PDG confirme tous les indices de la crise.
Gaudriot est une entreprise française de près d’un millier de salariés, spécialisée dans l’ingénierie et le conseil en environnement. La situation du groupe est le résultat de deux années de croissance très rapide, avec des augmentations de capital à répétition et un endettement croissant, lié à des acquisitions dans le cadre d’une privatisation de l’ingénierie publique.
Après les réserves émises sur les exercices 2001 et 2002, les commissaires aux comptes ont refusé de valider les comptes 2003, motivant l’audit en cours. D’après les spécialistes en la matière, la suspension de cotation en Bourse est une "mesure de protection des actionnaires et intervenants au marché". Elle est "soit l’indice d’une transaction imminente sur le titre (offre publique d’achat ou autre...), soit le résultat d’un manque de visibilité sur la situation de la société cotée, pouvant conduire à une chute brutale du titre au détriment des petits actionnaires". Gaudriot est entré en Bourse en 2000. Sa cotation a été suspendue la semaine dernière à 5,93, après avoir perdu 29,32% depuis le 1er janvier 2004 et 36,24% sur les douze derniers mois.
"Les dettes sociales et fiscales du groupe sont faramineuses", estimait mardi Gabriel Pfeiffer, secrétaire CGT du comité d’entreprise de CdFI, dont une partie des membres dénoncent les conditions d’acquisition par Gaudriot de la filiale des Charbonnages de France.
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